Diane Lavoie, lauréate du Prix Pèlerin du Témoignage 2014 : "Des racines pour ma fille"

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Le chaos brutal qu'a été l'arrivée de Mélodine a poussé Dian Lavoie à témoigner de son expérience. © Arthur Gauthier
Le chaos brutal qu'a été l'arrivée de Mélodine a poussé Dian Lavoie à témoigner de son expérience.
Le chaos brutal qu'a été l'arrivée de Mélodine a poussé Dian Lavoie à témoigner de son expérience. © Arthur Gauthier

Mère adoptive d’une petite Haïtienne de 3 ans, Diane Lavoie témoigne, dans L’enfant du séisme, des premières semaines tumultueuses de leur vie commune. Ce récit sur la naissance d’une nouvelle famille vient d’obtenir le Prix Pèlerin du témoignage 2014, décerné par notre jury de 25 lecteurs.

À propos de l'article

  • Créé le 26/11/2014
  • Publié par :Isabelle Marchand
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6887, du 27 novembre 2014

Pèlerin. En octobre 2010, vous entamez des démarches pour adopter un enfant. À peine trois mois plus tard, en janvier 2011, Mélodine débarque dans votre vie. Pourquoi ce récit, publié au Canada sous le titre « Tremblement de mère » puis en France sous le titre « L’enfant du séisme » ?
Diane Lavoie. J’ai voulu donner des petites racines à ma fille. Lorsque Mélodine a débarqué de l’avion quelques jours après le séisme de décembre 2010 en Haïti, elle ne possédait rien. Ni jouet, ni bagage, ni photo, rien ! Elle ne portait que les vêtements d’hiver fournis pour le voyage.

L’association qui organisait l’adoption recommandait aux parents de garder une trace des premiers mois des enfants dans leur nouvelle famille. Les premières semaines avec Mélodine furent extrêmement difficiles, épuisantes pour nous deux. Il m’a fallu six mois pour trouver l’énergie de consigner par écrit ce qui nous arrivait.

J’ai été motivée par l’idée d’avoir une base de discussion si Mélodine venait à me reprocher à l’adolescence de ne pas être sa mère biologique.

Les premiers mots ont été les plus difficiles à écrire. Une fois lancée, ils ont coulé, comme lorsque j’écrivais mes carnets intimes d’adolescente.

Vous ne pensiez donc pas faire éditer ce récit ?
D. L. Non ! Mais l’un de mes amis, animateur de télévision, rêvait de devenir agent littéraire. En plaisantant, je lui ai proposé mon texte. Il m’a prise au mot et l’a envoyé à trois maisons d’édition. Elles ont toutes souhaité le publier. Je n’ai eu qu’à choisir !

Vous avez 47 ans lorsque vous entamez votre démarche d’adoption. Pourquoi ce besoin de devenir maman sur le tard ?
D. L. Je n’ai jamais été particulièrement attirée par les bébés. Puis un jour, j’ai ressenti la pulsion irrésistible de devenir mère. J’ai cherché des réponses auprès de mes proches, dans des livres, dans mon cœur.

J’ai compris que ne pas avoir d’enfant, c’était symboliquement arrêter ma vie.

Et comme au Canada, l’adoption est autorisée seulement jusqu’à 50 ans, je n’avais plus de temps à perdre si je voulais vivre cette expérience fondatrice dans la vie d’une femme.

Pourquoi vous êtes vous tournée vers l’adoption internationale ?
D. L. Je n’avais pas beaucoup de choix, je n’avais aucune chance d’adopter un enfant au Canada, compte tenu de mon âge et du fait que j’étais célibataire.

J’ai opté pour Haïti car je trouvais ce peuple joyeux. Je souhaitais, aussi, un enfant qui ait des traits bien différents des miens.

Je ne voulais pas qu’on puisse me dire au square : « votre fille vous ressemble ». Des mots difficiles à recevoir lorsque l’on n’est pas la mère biologique de l’enfant. Avec une enfant de couleur, aucune ambiguïté possible.

Vous évoquez « une adoption catastrophe par une mère catastrophée ». Expliquez-nous.
D. L. Il s’est passé tout juste trois mois entre le début de ma démarche et l’arrivée de Mélodine. Je venais de recevoir sa photo lorsqu’a eu lieu le séisme en Haïti, le 12 janvier 2010. On m’a informé quelques jours plus tard de son arrivée le 31 janvier.

J’étais paniquée ! Je n’avais pas le temps de me préparer, j’étais débordée de travail à Radio Canada où je suis costumière, je n’avais aucun vêtement pour ma future fille, sa chambre n’était pas prête…

De son coté, Mélodine avait été abandonnée par sa mère seulement trois mois auparavant. Elle n’avait pas fait le deuil de cet abandon et elle venait de vivre un tremblement de terre.

Elle est arrivée très désorientée. Elle ne parlait que créole, on ne se comprenait pas. Je savais que les premières soixante-douze heures ensemble seraient difficiles et elles l’ont été ! Mais par la suite Mélodine ne s’est pas calmée. Nos journées étaient ponctuées par ses crises. Nous n’avions plus d’horaire, le temps n’existait plus.

Comment avez-vous finalement apprivoisé ce petit être désorienté ?
D. L. Le CLSC (centre local de services communautaires) m’a recommandé d’acheter une poussette pour la promener et de pratiquer la contention.

Pour contenir sa rage de petit animal blessé, je l’installais entre mes jambes, les bras croisés sur son torse comme une double ceinture de sécurité et la maintenait ainsi pendant des heures.

Je lui parlais à l’oreille, même si elle ne pouvait pas me comprendre. Je lui disais : « Je ne suis pas la maman que tu veux mais je serai là pour toi, toujours ». Nous vivions l’une et l’autre une très grande détresse et ce contact physique, d’une intensité rare, nous a rapprochées. Nous avons créé un lien, une nouvelle famille.

Vous dédiez ce livre à votre fille : « Je t’écris ce livre pour m’excuser » De quoi voulez-vous vous excuser ?
D. L. Je m’excuse de la tristesse que je ne vais pas manquer de lui transmettre puisque je l’ai en moi. J’ai vécu dans une famille où les filles ont, par principe, moins de qualités que les garçons.

C’est une question de génération. J’en ai fait les frais car je suis très sensible : je dois composer avec une estime de moi-même en dents de scie. J’ai travaillé avec des psys sur mon héritage familial, sur ma mère et les femmes qui l’ont précédée. Ce travail m’a rendue plus savante, pas forcément moins souffrante.

Au bout de deux mois très difficiles avec Mélodine, vous craquez et êtes hospitalisée. Qu’est-ce qui vous redonne la force de vivre ?
D. L. La peur. J’ai eu peur de perdre mes droits, qu’on m’enlève Mélodine. J’écoutais les témoignages des autres patients et l’un d’eux m’a rappelé que j’aimais la vie.

En sortant de l’hôpital, j’ai retrouvé une Mélodine apaisée, mais qui avait tout à apprendre. Nous avons cheminé ensemble. Ma fille m’a appris à entendre et à dire « je t’aime ».

Comment allez-vous toutes les deux aujourd’hui ?
D. L. L’entrée à l’école a été difficile. Mélodine est très habile de ses doigts mais la lecture et l’écriture ne semblent pas l’intéresser. Je suis restée dans mon rôle de mère et j’ai confié à une enseignante à la retraite la tâche de l’aider.

Grâce au livre, nous avons rencontré d’autres familles adoptives. Mélodine s’entend très bien avec la fille de l’une d’entre elles.

Elles parlent ensemble de leur mère biologique qu’elles ne connaissent pas. J’ai promis à Mélodine que pour ses 18 ans, nous irions ensemble à sa recherche.


Notre jury a beaucoup aimé…

Élisabeth Thellier, 55 ans, professeur d’anglais et documentaliste, Arras (Pas-de-Calais)


Authentique et sublime témoignage que toute personne qui s’engage dans l’adoption devrait avoir lu.

► Fabienne Rourre, 42 ans, bibliothécaire, Neufchâtel-en-Bray (Seine-Maritime) :


Diane nous raconte ses maladresses, ses craintes, ses doutes, parfois inavouables, et le long et difficile parcours au terme duquel elle est enfin devenue mère. Bouleversant de vérité.

► Donatienne Gauvin, 35 ans, chef de produit, Paris :

J’ai beaucoup aimé ce récit “coup-de-poing” ; l’auteur ne s’épargne pas, exposant ses blessures vives aux lecteurs et la manière dont elle les surmonte.

► Michèle Clavier, 62 ans, professeur de théologie, Arcachon (Gironde) :


Diane se donne totalement et dépasse ses limites pour aider une enfant plus pauvre qu’elle en tendresse. Une écriture brûlante, qui oblige au respect.

Jeanine Ahamendaburu, 56 ans, infirmière, Ispoure (Pyrénées-Atlantiques) :


On est bien loin des récits de futurs parents bien-pensants. Cet ouvrage est un témoignage spontané, original, chaotique.

André Bourgeois,technicien territorial, Varennes-Saint-Sauveur (Saône-et-Loire) :


Pétri d’espérance et d’humanité, ce témoignage montre que tout est possible grâce à l’amour.



Le palmarès des livres en compétition

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1er L’enfant du séisme, de Diane Lavoie, Éd. Autrement.

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le livvre d'élise

2e Le livre d’Élise,d’Élise Rida Musomandera,Éd. Les Belles Lettres.

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3e Alors voilà, de Baptiste Beaulieu,Éd. Fayard.

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4e Triso et alors, d’Éléonore Laloux, Éd. Max Milo.

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5e La souffrance et la grâce, de Danièle et René Sirven, Éd. Albin Michel.

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6e Moi, Anthony, ouvrier d’aujourd’hui, d’Anthony, Éd. Seuil.

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7e Chemin d’Assise, d’Olivier Lemire, Éd. Bayard.

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8e Les oies des neiges, de William Fiennes, Éd. Hoëbeke.

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Paru le 20 septembre 2018

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