Le pape François dit non à la peine de mort

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© Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons
Le pape François dit non à  la peine de mort
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Le pape François inscrit dans le catéchisme de l’Église catholique une opposition catégorique à la peine de mort, la déclarant « inadmissible », voire « inhumaine ».

À propos de l'article

  • Créé le 02/08/2018
  • Publié par :Mikael Corre / Christophe Chaland
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7035 du 19 octobre 2017

Déjà, le 11 octobre dernier, à Rome, le pape avait appelé à inscrire dans la doctrine catholique une opposition catégorique à la peine de mort, qu'il juge « inadmissible ». C'est chose faite.

Enfin, une posture sans compromis et une opposition morale à la peine de mort par la plus haute autorité de l'Église… » Ces lignes, publiées le 12 octobre dans la revue jésuite America, sont signées sœur Helen Prejean. Cette religieuse américaine lutte depuis trente ans pour son abolition et accompagne des condamnés américains dans le couloir de la mort.

La veille, le pape François prenait la parole lors d'une conférence à Rome organisée pour le 25e anniversaire de la publication du Catéchisme de l'Église catholique (CEC): « La peine de mort est inadmissible, a-t-il déclaré, parce qu'elle s'en prend à l'inviolabilité et à la dignité de la personne » et ce « malgré la gravité du crime qui a pu être commis ». Or, la version actuelle du Catéchisme de l'Église catholique n'exclut pas explicitement la peine capitale, envisagée en cas « d'absolue nécessité » . Le pape François estime, lui, que cet ouvrage, qui résume la doctrine de l'Église, doit désormais évoluer sur cette question.  En juin 2016, le pape argentin avait déjà rappelé que la peine de mort « ne rend pas justice aux victimes mais attise la vengeance ».

L'ambiguïté de l'institution vis-à-vis de la peine de mort vient du concept de « guerre juste » théorisé notamment par saint Thomas d'Aquin...

Plus de cinquante états ont aboli la peine de mort au cours des vingt dernières années. Pourquoi cette condamnation de l'Église – pourtant très claire lorsqu'il s'agit de défendre la vie – intervient-elle si tard ? Pour le théologien néerlandais Hendro Munsterman, l'ambiguïté de l'institution vis-à-vis de la peine de mort vient du concept de « guerre juste » théorisé notamment par saint Thomas d'Aquin, et qui a amené l'église à s'interroger sur la notion de « moindre mal ». Empêcher un agresseur de nuire pouvait ainsi apparaître comme un moindre mal si cela « protège […] la vie d'êtres humains* ». En 1997, lorsque Jean-Paul II amende une première fois le Catéchisme sur la peine capitale, il ne le fait d'ailleurs pas au nom de la morale. Mais, explique-t-il dans Evangelium vitae « étant donnés les possibilités dont l'État dispose (aujourd'hui) pour réprimer efficacement le crime en rendant incapable de nuire celui qui l'a commis ». Pour le pape polonais, « les cas d'absolue nécessité de supprimer le coupable sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants ». « Pour le pape François, poursuit le théologien Hendro Munsterman, l'abolition complète de la peine de mort n'est pas motivée par '' les possibilités dont l'état dispose '', mais par des raisons plus profondes, plus morales. En ce sens, il rejoint la radicalité de Jésus dans les évangiles. »

Dans des pays comme le Liban, des réticences

« Depuis des siècles, l'Église pratique cette tradition vivante, mais c'est avec le concile Vatican II qu'a été pensé théologiquement le lien entre la foi et la culture de telle époque, explique notre théologien. Le pape Jean XXIII, dans son discours d'ouverture du Concile, a souligné la distinction entre le « dépôt de la foi » et la forme dans laquelle les vérités sont énoncées. Jean-Paul II affirmait même que si la foi ne devient pas culture,elle n'est pas reçue. » 

Je voudrais qu'un juge chrétien qui prononce la peine de mort se sache en contradiction grave avec l'enseignement de l'église, comme un médecin qui pratique l'euthanasie.

Dans les 57 états où la peine de mort est encore appliquée, les autorités catholiques sont parfois conservatrices sur ce point crucial. C'est par exemple le cas au Liban, où l'église n'a pas réagi officiellement à la déclaration du pape François. « Les patriarches militent moins contre la peine de mort car ils vivent dans un contexte de conflits et de tensions communautaires, où une telle attitude abolitionniste pourrait être perçue comme un signe de faiblesse », décrypte Fadi Daou, prêtre libanais, coordinateur en 2003 d'une campagne contre la peine de mort (non suivie par l'église libanaise). Lui accueille « très favorablement » les dernières clarifications du pape François, mais demande à « l'église catholique de franchir encore un pas, pour passer du stade des déclarations à une condamnation formelle dans son enseignement ». « Je voudrais qu'un juge chrétien qui prononce la peine de mort se sache en contradiction grave avec l'enseignement de l'église, comme un médecin qui pratique l'euthanasie », insiste le P. Fadi Daou. C'est aussi l'avis de sœur Helen Prejean, qui en appelle aujourd'hui à l'engagement de tous les chrétiens contre la peine de mort : « Cette torture, ces tueries continuent aujourd'hui dans de nombreux états, le plus souvent sans que nous le voyons. Les paroles du pape François ou un changement de l'enseignement de l'église ne peuvent pas transformer cette réalité. C'est seulement nous, en tant que personnes, nouvellement réveillés par l'appel de l'Esprit, qui pouvons changer les choses. »

* § 2 267, CEC. Catéchisme de l'Église catholique


La Tradition, transmission vivante de l'évangile

Cela n'arrive pas tous les jours, mais faut-il s'étonner qu'un pape demande à changer un article du Catéchisme de l'Église catholique ? Non.

La mention « édition définitive », qui figure depuis vingt ans sur la couverture des exemplaires de ce texte de référence, ne signifie pas que son enseignement soit immuable. « Dans le langage ecclésial, l'expression « édition définitive » marque simplement l'aboutissement de la phase de rédaction d'un document, et sa promulgation », explique un théologien, responsable d'une institution catholique.

François invoque « l'évolution dans la conscience du peuple chrétien » pour justifier sa demande. Il met ainsi en évidence une caractéristique essentielle de l'Église : elle chemine dans le temps des hommes, dans l'Histoire.

« L'Évangile est reçu progressivement dans la conscience des hommes, justifie notre théologien. Jésus lui-même dit à ses apôtres : ''Je vous donne l'Esprit, vous ferez des choses plus grandes encore que celles que j'ai faites, car vous allez vivre de mon Esprit''. »

La déclaration du pape François est une manifestation, parmi d'autres, du fait que l'enseignement de l'Église est vivant, en mouvement, tout en étant fidèle à la Révélation. L'Église a ainsi changé son enseignement sur le prêt à intérêts, qui était condamné au Moyen Âge, à partir d'une lecture littérale de certains versets de l'Ancien Testament. Plus récemment, elle a abandonné la doctrine des limbes, estimant ne plus avoir besoin de cette construction théologique au sujet du salut des enfants morts sans baptême.

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Paru le 18 octobre 2018

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