Vive les mariés !

agrandir Paradoxalement, les plus jeunes (en dessous de 30 ans) considèrent moins souvent que les autres le mariage comme une institution dépassée
Paradoxalement, les plus jeunes (en dessous de 30 ans) considèrent moins souvent que les autres le mariage comme une institution dépassée © Pierre Morel
Paradoxalement, les plus jeunes (en dessous de 30 ans) considèrent moins souvent que les autres le mariage comme une institution dépassée
Paradoxalement, les plus jeunes (en dessous de 30 ans) considèrent moins souvent que les autres le mariage comme une institution dépassée © Pierre Morel

Ce qui est rare est cher, ici dans tous les sens du terme. En 2015, on se marie moins et plus tard, mais sérieusement et en grande pompe. Avec un idéal affirmé, des traditions revisitées, et un désir de fêtes spectaculaires. Vive les mariés de l’été !

À propos de l'article

  • Créé le 09/06/2015
  • Modifié le 09/06/2015 à 12:44
  • Publié par :Guillemette de La Borie
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6915, du 11 juin 2015

Oui la courbe fléchit toujours : autour de 305 000 mariages civils en l’an 2000 en France, 251 000 en 2010, 241 000 en 2014, y compris les 10 000 mariages homosexuels, selon la loi votée en 2013.

Le nombre de mariages catholiques suit la même pente : 122 000 en l’an 2000, sous la barre des 75 000 en 2010, 62 000 en 2012, dont 52 000 où les deux sont baptisés catholiques. En déclin, le mariage ?

« En évolution, répond le sociologue Jean-Claude Kaufmann. C’est un mouvement lent et profond, qu’il ne faut pas réduire à la libération sexuelle de mai 1968. Jusque dans les années 1960-1970, le mariage était une institution qui, après les présentations et les fiançailles, fondait l’entrée dans la vie de couple ; sans guère de questions, ni de divorces. D’une société organisée, avec une morale et des pratiques collectives, on est passé à une autre, où chacun doit définir ses propres choix, inventer ses rites. D’où des étapes différentes : on entre en couple de manière plus progressive, en se posant mille et une questions, sur soi, sur l’autre, en mettant à l’épreuve ses sentiments. On vit d’abord ensemble au présent, pour “s’essayer” ; après seulement, on peut choisir de se projeter dans l’avenir et de s’engager. »

Quels bouleversements sur une à deux générations, que les parents et grands-parents peinent parfois à comprendre ! Les lecteurs de Pèlerin, consultés sur le forum Internet du journal, les voient de façon plutôt positive : « Le mariage garde du sens pour les jeunes qui s’y engagent, d’autant plus que ce n’est plus automatique, ni obligatoire pour partager une vie commune, remarque Véronique Belen. Ils tentent un pari fou : conjurer ce que la génération précédente leur montre en matière de séparations et de divorces. »

Jean Gauci, fort de cinquante-quatre ans de mariage, souligne :

Le concubinage, bien que considéré comme immoral par l’Église, peut être révélateur des affinités et des incompatibilités, pour ceux qui envisagent une union au long cours…

Dans la dimension religieuse, le P. Philippe Demoures, curé de la cathédrale de Sarlat, en Dordogne, observe aussi une nouvelle donne, depuis une quinzaine d’années : « Parmi ceux qui viennent demander le mariage, il y a moins de 10 % de pratiquants réguliers ; et dans une grande majorité, seul l’un des deux a été catéchisé. Les couples qui ne vivent pas ensemble sont très minoritaires. Beaucoup ont déjà des enfants. J’ai célébré de très beaux mariages entre deux non catéchisés à l’origine ! Quelles sont les motivations des candidats au mariage ? Ils sont à la recherche de repères, d’engagement, et l’Église est la seule institution qui propose quelque chose pour toute la vie… Beaucoup y voient un accomplissement de leur couple ; là est le danger, car ce n’est qu’un début… En tout cas, c’est rarement pour faire plaisir à la famille ! »

Ce mariage choisi et longuement réfléchi – puisque aujourd’hui on se marie pour la première fois à 31,8 ans en moyenne pour les hommes et 30 ans pour les femmes, contre respectivement 29,8 et 27,7 ans en 1998 (Haut Conseil de la famille) – « est alors quelque chose de très fort, qu’il faut marquer symboliquement, proclamer à soi-même et aux autres.

Ce sont les mariés qui le décident et qui le paient en grande partie car ils sont déjà engagés dans leur vie professionnelle ; chaque famille bricole désormais sa clé de répartition, poursuit Jean-Claude Kaufmann ; contrairement au pacs, qui joue un rôle intermédiaire dans le processus, l’idée du mariage est définitive : on ne s’engage jamais en pensant que cela n’aura qu’un temps ! Plus encore, paradoxalement, lorsque l’on est issu d’une histoire familiale tourmentée, avec des parents divorcés : on a envie d’être plus fort dans l’engagement, de réussir quand même ».

Et, toujours selon le sociologue, un « vrai mariage » se célèbre à l’église :

Même ceux qui sont peu ou mal croyants y découvrent quelque chose de fort et d’important.

Très logiquement, les pratiquants sont cinq à sept fois plus favorables à une célébration religieuse que les personnes sans religion.

Paradoxalement, les plus jeunes (en dessous de 30 ans) considèrent moins souvent que les autres le mariage comme une institution dépassée (Arnaud Regnier-Loilier/France Prioux pour l’Union nationale des associations familiales (Unaf) : « Les opinions sur le mariage reflètent-elles l’évolution des comportements ? »). « Ils n’éprouvent plus de révolte contre celle-ci, comme aux lendemains de mai 1968 ; au contraire, la famille doit être largement associée à la fête, pour qu’elle soit complète », conclut le sociologue. Alors, vive les mariés de l’été !

Animation. Les chiffres clés du mariage en France.

 

Mettre en plein écran pour profiter pleinement de l'animation, et utiliser les flèches pour vous déplacer.



A lire aussi dans Pèlerin, la suite du dossier sur le mariage en 2015.  Un dossier avec comme fil rouge, le sociologue Jean-Claude Kaufmann. Un dossier réalisé par Guillemette de La Borie et Sabine Harreau.

mariage 02

► La préparation spirituelle. En entrant dans une préparation au mariage religieux, les fiancés pressentent que mettre la présence de Dieu au sein de leur union les rendra plus forts pour faire grandir leur amour et rester fidèles à leur engagement.

► La fête en pratique.

► Des témoignages.

► Cadeaux de mariage : de la soupière au voyage de rêve.  Si le temps des trousseaux est bel et bien révolu, les cadeaux restent des incontournables du mariage. Là encore, des nouveautés : exit le service à café en porcelaine et bienvenue aux voyages de noces exotiques.

► Lendemains de fête. Le mariage n’est pas la fin d’une aventure, mais plutôt le début ! Quand le carrosse redevient citrouille, les jeunes couples doivent créer une nouvelle dynamique.

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 18 octobre 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières