Le cri du cœur du père Sébastien Antoni

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© Nicolas Lascourrèges
Le cri du cœur du père Sébastien Antoni
© Nicolas Lascourrèges

Le P. Sébastien Antoni, assomptionniste, est à votre écoute chaque semaine dans le pages de Pèlerin. Vos doutes, votre peine face aux scandales qui éclaboussent l'Église, il les partage. Son témoignage fort nous invite à répondre à l'appel du pape François.

À propos de l'article

  • Créé le 05/09/2018
  • Publié par :Sébastien Antoni
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7084 du 6 septembre 2018

Chers amis,

Une fois n'est pas coutume, je vous écris une lettre pour vous faire part de ma peine, de ma colère, mais aussi, et malgré tout, de mon espérance. En écrivant, je pense d'abord aux victimes d'hier et d'aujourd'hui, à ces enfants devenus hommes et femmes et qui souffrent du mal que des prêtres ou des consacrés leur ont infligé. Je ne peux pas prendre leur douleur, je ne peux que mesurer, à travers les témoignages entendus, combien est vive leur souffrance, et ce même des dizaines d'années après les faits. Je voudrais leur dire que nous prions pour eux dans ma communauté, que j'ai honte, que je leur demande pardon au nom de l'Église. Je leur promets de les soutenir, en les assurant que nous sommes nombreux dans l'Église à vouloir les aider à panser leurs plaies.

Ces mots, je les écris au nom de tant de prêtres, séminaristes et consacrés qui souffrent autant que moi de cette boue qui s'abat sur nous tous, emportant tout sur son passage : « les mauvais comme les bons ». Les coupables sont des hommes ou des femmes que nous avons côtoyés, tous les jours, dans nos communautés, dans nos presbytères. Nous leur avions fait confiance, nous les avons appelés nos frères et nos sœurs… Ces paroles du psaume 54 résonnent particulièrement à mes oreilles : « Si l'insulte me venait d'un ennemi, je pourrais l'endurer ; si mon rival s'élevait contre moi, je pourrais me dérober. Mais toi, un homme de mon rang, mon familier, mon intime ! » Ces intimes, nous ne savions pas le mal qu'ils commettaient. Certains savaient, oui. Mais comme les parents des victimes, la très grande majorité ne savait pas.

Mais cela n'excuse rien, il faut aujourd'hui réagir, car à présent, nous sommes au courant. Oui, il y a des loups dans l'Église. Il y a des loups jusque dans nos maisons ! Et, à cause de leurs crimes, en de nombreux endroits, la confiance en l'Église est à l'agonie ! Le scandale éclabousse jusqu'à nos proches, quand ils annoncent que leur fils, leur frère est prêtre. Certains de mes confrères sont tentés de quitter leur ministère tant l'écœurement les gagne. Mais si nous perdons confiance, comment pourrons-nous réparer le mal commis ? Cette parole du Christ, nous l'entendons tous : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Mais alors : « Seigneur, à qui irions-nous ? » (Jn 6, 67-68.) Fuir est irresponsable. Ce n'est pas à cause de Judas que l'on quitte le Seigneur et la communauté !

Pourtant, je suis en colère contre les responsables de l'Église qui ont caché ces déviances au nom de la « miséricorde » fraternelle qu'ils estimaient devoir à leurs pairs. Ils ont perverti ce trésor en lui faisant porter le chapeau de leur lâcheté ! Je suis agacé aussi par ceux qui, pour se vanter « d'avoir des vocations », ont accepté des candidats dont on soupçonnait les travers. Il est en effet des séminaires et des couvents « refuges » qui concentrent des candidats pour qui des avis négatifs ont pourtant été donnés par d'autres séminaires ou instituts religieux. Il n'est plus temps de leur trouver des excuses. Le mal est fait ! Le mal est là.

Il faut désormais le reconnaître, le stopper et réparer par tous les moyens ce qui doit l'être. Oh bien sûr, certains estimeront peut-être que ces mots que je vous livre ne servent à rien. Peut-être. Il est toujours plus confortable de ne pas se mouiller, et de marcher au pas de la cohorte des résignés. Je le refuse. Aujourd'hui, le pape François appelle le peuple de Dieu tout entier à prendre à bras-le-corps les scandales en contradiction directe avec l'Évangile. Laïcs et clercs ensemble, avançons main dans la main pour sortir l'Église de ce marasme dans lequel elle est engluée. La sortie sera sans doute longue et difficile. Ne prêtons pas d'intérêt à ces voix qui, à l'intérieur ou à l'extérieur de l'Église, émettent des doutes sur les intentions du pape. Ne nous laissons pas égarer par ces « bergers mercenaires ». (Jn 10, 12.) Soyons de ceux qui, courageusement, là où nous sommes, retroussent leurs manches. Soyons des hommes et des femmes de prière, d'écoute, d'accueil, de consolation, de justice, de vérité, de compassion, de miséricorde… L'heure de la conversion a sonné. C'est là toute mon espérance aujourd'hui. En communion,

Père Sébastien Antoni, aa

Vos commentaires

2 Commentaires Réagir

Courageux mais Incomplet

Fidolux 11/09/2018 à 15:54

Bravo pour votre prise de position. Mais je le juge incomplet, car nous sommes des chrétiens mais aussi des citoyens. Et ne pas dénoncer 1 crime (et le viol en est 1 )ou se taire, nous en fait les complices. Il serai temps que l'église s'imprègne de ... lire la suite

Vives félicitations pour votre cri du coeur

Père Pierre Vignon 09/09/2018 à 20:28

Cher Père Sébastien, je viens de lire votre lettre d'une haute tenue et je désire vous en féliciter. La vague de médiatisation m'a atteint le 21 août et j'ai décidé de ne pas reculer à cause des victimes. On me le reproche beaucoup dans une certaine ... lire la suite

Paru le 20 septembre 2018

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