Togo : les rescapés du sida ont trouvé un ange gardien

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Togo : les rescapés du sida ont trouvé un ange gardien © Frédéric Sautereau
Togo : les rescapés du sida ont trouvé un ange gardien
Togo : les rescapés du sida ont trouvé un ange gardien © Frédéric Sautereau

Hervé, Yvette, Rosine ou Mama Rita ont tous perdu des proches du sida. Rejetés, ils ont trouvé refuge à l'association Vivre dans l'espérance, que dirige Soeur Marie Stella au Togo. Aujourd'hui, ils vivent debout. Témoignages.

À propos de l'article

  • Créé le 25/11/2010
  • Modifié le 15/09/2013 à 12:00
  • Publié par :Sophie Laurant
  • Édité par :Gilles Donada

L'association Vivre dans l'Espérance, fondée par Soeur Marie Stella, au Togo, accueille près de 1500 orphelins, dont les parents sont morts du sida, et 125 enfants porteurs du VIH.

Hervé, 16 ans : "Je veux devenir prêtre et aider sœur Marie Stella"

Herve-Sr-Marie-Stella

"J’avais 5 ans quand mon père est tombé malade. Mon oncle paternel est allé à la pharmacie pour ma grand-mère qui était âgée et malade. Il a entendu parler de Sœur Marie Stella. Elle est venue les soigner. Mon père est mort et ma grand-mère aussi.

Puis, ma mère est tombée malade à son tour. La seconde épouse de mon père accusait ma mère d’avoir contaminé leur mari. Dans le village de Toguedjoal, personne ne nous aimait. Les insultes étaient de plus en plus insupportables à mesure que la maladie empirait. J’ai demandé à Dieu ce que j’allais devenir ? Pourquoi tous ces malheurs ?

J’avais un peu plus de 9 ans. Je suis allé jusqu’à l’association « Vivre dans l’Espérance », l'association fondée par Marie Stella à Dapaong, pour annoncer la maladie de ma mère. La sœur était en voyage mais ensuite, elle est venue visiter ma mère jusqu’à la fin ; et elle a assisté à l’enterrement.

Ensuite je suis resté avec ma belle-mère et mes 5 demi-frères. Mais elle me faisait faire toutes les corvées ménagères, refusait de me donner de la nourriture et m’empêchait d’étudier. Pourtant j’ai réussi l’année d’école.

Je me suis plains à mon oncle paternel qui a été trouver la sœur. Il a quatre enfants et n’avait pas les moyens de s’occuper de moi. Sœur Marie Stella a décidé de me prendre à l’orphelinat. J’étais très content ! Ma mère me disait bien qu’elle prierait là-haut pour que la Sœur s’occupe de moi.

Je suis arrivé en 6e, Maman Rita m’a accueilli en me présentant comme un nouveau frère pour les autres enfants. Elle m’a dit d’oublier les insultes des gens du village. Je pleurais souvent ma maman, mais grâce à ses conseils et à ceux de la sœur, j’ai réussi à l’école. J’ai fait le test du VIH pendant les vacances : je suis séronégatif ! J’étais en fête et en prière pendant 2 jours !

A partir de la 5e, j’ai préparé mon baptême puis ma confirmation. Depuis trois ans, je retourne au village aider mon oncle à cultiver pendant les vacances. J’ai même salué ma belle-mère qui me reparle depuis qu’elle sait que je ne suis pas malade.

J’ai décidé que je n’aurai jamais de famille. Je veux aller au séminaire l’an prochain et une fois devenu prêtre, j’aiderai la Sœur."

Rosine, 19 ans : "Je n'ai su la maladie de mes parents qu'après leur mort"

Rosine-Sr-Marie-Stella

« Lorsque j’avais 8 ans, mon père est décédé. Il travaillait dans le sud du pays, aux mines de phosphates. Nous avions une grande maison. J’ai aussi eu une petite sœur qui est morte bébé. Probablement aussi du sida.

Avec ma mère et mes deux frères, nous sommes revenus à Dapaong. Mais personne ne voulait de nous. Heureusement, une voisine nous a fait connaître sœur Marie Stella.

Alors que je rentrais en 6e, en 2001, maman est morte à son tour. Je suis restée avec une tante pendant deux ans. Puis deux ans dans l’internat d’un collège. Puis à la maison Saint-Augustin.

Aujourd’hui, je suis en seconde année d’anglais à l’université. Je voulais être journaliste, puis interprète. Mais il n’y a pas d’école d’interprétariat au Togo. Il faut aller à l’étranger. C’est très cher. J’ai perdu le contact avec mon frère aîné qui est camionneur mais qui ne s’est jamais occupé de nous. Mais Christophe, mon second frère qui a 23 ans, a eu une bourse pour étudier le droit pendant 5 ans au Maroc. Il me manque beaucoup mais m’écrit et me téléphone régulièrement.

Je n’ai su la maladie de mes parents que longtemps après leur mort, lorsque j’étais en 3e. Pendant des vacances de Noël, j’ai entendu dire que nous étions des «orphelins du sida ». Alors j’ai demandé à la Sœur de me raconter. Je n’avais pas réalisé. Je pense que papa a contaminé maman. Je m’en doutais un peu à la façon dont elle souffrait. J’ai des moments de déprime, mais je me dis qu’il faut que j’avance.

Nous sommes cinq filles de l’orphelinat qui logeons ensemble à la fac. Les autres étudiants disent souvent un peu n’importe quoi sur le sida. Ils prennent trop les choses à la légère. Ils obtiennent tout facilement de leurs parents ; ils ignorent la souffrance. Moi aussi j’étais gâtée autrefois. C’est pour cela que je ne me suis pas entendue avec ma tante : elle voulait que je l’aide à la maison et je ne l’avais encore jamais fait ! Cet été, j’ai été invitée dans la famille d’une ancienne amie et c’est là que j’ai compris.

Mon papa était un musulman non pratiquant. Ma maman, catholique, avait recommencé à aller à l’église quand elle a été malade. En 2002, j’ai demandé le baptême et j’ai choisi le nom de Rosine sur un calendrier.

Yvette, 35 ans  : "L'une de mes filles est séropositive, comme moi, l'autre non !"

Yvette-Sr-Marie-Stella

« J’ai perdu deux enfants avant de savoir que j’étais séropositive, en 2006. A l’hôpital pédiatrique, ils ont alors fait les tests pour moi et pour mes deux filles survivantes. Elvire, 8 ans, est aussi contaminée. Heureusement Agathe, 3 ans, n’est pas malade. Je prends des médicaments par le réseau du Bénin.

Je participe aux groupes de paroles de « Vivre dans l’espérance » mais je ne fais pas de témoignage. Lorsque la sœur Marie Stella a su que mon mari ne me soutenait pas financièrement, elle m’a proposé de faire la cuisine pour les orphelins. Mais aujourd’hui c’est trop lourd.

A la place, je tisse des sacs en corde et je garde Clémentine, 4 mois, dont la maman est morte à la naissance. L’association me fournit le lait, le savon et un peu d’argent.

C’est aussi un moyen pour moi de participer, de remercier. Sans eux, je serai morte. S’il vous plait, croyez-vous que les médecins vont un jour trouver un médicament pour guérir cette maladie ? »

Maman Rita : "J'ai réfléchi puis j'ai accepté de prendre en charge 18 orphelins"
Responsable de la maison Sainte-Monique à l'orphelinat de Dapaong.

Mama-Rita-Sr-Marie-Stella

« J’étais déjà là en 1999, quand l’association s’est créée. J’avais perdu mon grand frère, sa femme et l’un de leurs deux enfant, l’année précédente. Mon petit frère venait de tomber malade à son tour. Je n’avais plus d’argent pour le soigner.

J’étais allée en classe avec l’une des religieuses de l’hôpital pour enfants. Elle m’a conseillé de m’adresser à Sœur Marie Stella. Je lui ai raconté le drame que je vivais. Elle a proposé que mon frère se fasse tester. Il a accepté. Il était séropositif. Ce fut un choc ! Et sa copine aussi. Elle était enceinte… Nous n’avions pas les anti-rétroviraux à l’époque.

Je venais tous les mois chercher des antibiotiques pour eux. Le bébé, la petite Delphine est née. Mais la maman n’a pas tenu le coup. Elle est morte en 2000 et mon frère l’a suivi l’année d’après.

Heureusement, grâce aux sœurs qui avaient demandé à sa mère de ne pas l’allaiter, pour ne pas la contaminer, Delphine est séronégative. Elle vit à Sainte Monique et elle est en 6e..

A l’association, j’ai été portée par la force des sœurs et du groupe des « amis de Saint Augustin » qui, comme moi, avaient accompagné des proches jusqu’au bout. Ils allaient repérer les malades qui se cachaient pour les convaincre de venir à « Vivre dans l’espérance ».

Mais mon mari, qui a deux autres femmes, ne supportait pas que je soigne ma famille et que je me montre à l’association. Il avait peur qu’on nous soupçonne d’être malades. Notre couple s’est défait et j’ai quitté le foyer avec mes enfants en 2003.

J’ai réfléchi à ce que je voulais faire de ma vie. Un jour, j’ai vu quatre frères et sœurs qui pleuraient dans la rue : après la mort de leurs parents contaminés, ils avaient été chassés de chez eux par leurs oncles. Je n’en ai pas dormi de la nuit : ces enfants risquaient de sombrer dans la délinquance et la prostitution.

Je suis allée dire à Marie Stella que j’étais prête à prendre en charge les 18 orphelins pour lesquels nous avions des chambres en location car nous n’arrivions pas à les placer dans des familles d’accueil.

Aujourd’hui, je m’occupe de 52 filles et touts-petits. Les grands garçons sont à l’autre bout du quartier, à la maison Saint-Augustin avec une autre maman. C’est dur car ce sont des enfants qui ont beaucoup souffert. Et ceux qui sont séropositifs n’aiment pas prendre les médicaments. Il faut beaucoup les surveiller et les encourager en priant le Seigneur que les chercheurs trouvent enfin un remède qui guérisse définitivement du sida.

Ces enfants sont très solidaires et participent tous volontiers à la vie de la communauté. La prière quotidienne nous réunit et ils expriment alors à haute voix leurs chagrins, leurs préoccupations. Cela leur fait du bien et nous alerte parfois sur leur état psychologique. Nous sommes devenus une grande famille !

Notre inquiétude actuelle c’est que les adolescents et les jeunes adultes que nous avons eu tant de mal à élever ne se contaminent pas à leur tour lorsqu’ils partent étudier. Durant les vacances scolaires, nous faisons une grosse sensibilisation auprès d’eux.

 J’ai encore une sœur et une nièce qui sont séropositives… Je suis d’une famille musulmane et déjà, j’étais en recherche, j’étudiais à l’école coranique. L’accueil des sœurs, leur dieu d’amour et de pardon m’ont éclairée. En 2005, je me suis convertie au catholicisme et j’en suis très heureuse. »

► Comment donner à l'association Vivre dans l'espérance ?

Pierre, Océane, Paul, Pélagie, Monique, Rosine, Hervé… Ils sont 1 450 à devoir leur éducation à l’engagement de sœur Marie Stella et à l’association Vivre dans l’Espérance. Aidez l’association à agrandir la maison Sainte-Monique où vivent 50 d’entre eux. Ou parrainez-les pour les aider à construire leur avenir.

Pour les dons par chèques : envoyer à l'ordre des "sœurs augustines" à l'adresse : Sœurs Augustines hospitalières, 877 route de Roubaix, BP 40 183, 59734 Saint-Amand-Les-Eaux Cedex

Pour les dons par virements : LCL Sébastopol RIB : code bancaire : 30002 indicatif : 00561 ; n° de compte : 0000451029G ; clé RIB : 89

Précisez votre nom pour tout virement afin de recevoir un reçu fiscal puis envoyez un courriel à sahic@orange.fr ou sahic-secretariat@live.fr en précisant votre adresse pour l'envoi du reçu et la mention PÈLERIN pour que le journal puisse comptabiliser les dons reçus grâce à ses lecteurs et amis.

Diaporama sonore. Au Togo, le combat de soeur Marie Stella contre le sida.
Forum. Les enfants accueillis par Sœur Marie Stella confient leur intentions de prière.
Histoire. Sida, chronologie d'une pandémie.

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Paru le 2 août 2018

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