Sœur Marie Stella : "Vos dons nous encouragent à continuer"

De passage à Paris, sœur Marie Stella, directrice de l’association Vivre dans l’espérance qui accueille, au Togo, des orphelins et des malades du sida, nous parle de son futur centre de soins. Un projet qui mobilise nos lecteurs.

À propos de l'article

  • Créé le 12/05/2015
  • Publié par :Sophie Laurant
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6911, du 14 mai 2015

Pèlerin. Il y a un an, les lecteurs de Pèlerin ont répondu à votre appel aux dons pour construire un centre de soins pour les malades du sida, à Dapaong, au Togo. Où en est ce projet ?
Sœur Marie Stella.Les travaux devraient commencer d’ici à deux semaines. Nous venons – enfin ! – d’obtenir le dernier papier administratif qui nous manquait. Le président du Togo, Faure Gnassingbé, a été élu pour la troisième fois, le 25 avril 2015.

Mais la campagne électorale, ponctuée de grèves, a ralenti tous les services publics. Notre chantier a pris six mois de retard. Le ciment est arrivé, les entreprises locales sont réservées, tout devrait aller très vite à présent pour construire la première tranche.

Avez-vous assez de fonds ?
M. S. Il en faudra encore autant pour achever la construction.

Déjà, les lecteurs de Pèlerin ont été très généreux : nous avons récolté 32 000 euros auprès de quatre cents d’entre eux !

Je suis toujours émue de penser à ces donateurs anonymes. Leur générosité a eu un effet multiplicateur : l’association Aide à l’Église en détresse, voyant que nous étions soutenus par votre journal depuis cinq ans, nous a accordé 60 000 euros.

Nous pouvons donc réaliser le rez-de-chaussée, les salles de consultation et d’hospitalisation. Il y a urgence. La maison Maguy, notre centre actuel, est trop petite. Nous assurons des centaines de consultations par mois et nous n’avons aucun espace pour les malades en fin de vie.

Nous ne pouvons pas renvoyer les patients rejetés par leur famille ou qui viennent de très loin. Et j’ai peur que, bientôt, nous devions faire face à davantage de décès.

Pourtant, l’épidémie semble se stabiliser…
M. S. Certes, il y a moins de nouvelles contaminations car les gens sont mieux in­formés. Grâce aux traitements, des patients vivent depuis seize ans avec la maladie.

orphelinat togo

L'orphelinat au Togo.

Qui l’aurait cru en 1998, quand l’association démarrait et que nous passions notre temps à accompagner les mourants ? C’est merveilleux ! Mais les malades deviennent résistants et nous ne pouvons pas leur proposer d’antirétroviraux dits de « troisième » ou de « quatrième ligne », trop coûteux.

En octobre, nous avons eu le chagrin de perdre Émile, un jeune de 17 ans de la maison d’enfants Saint-Augustin. C’était la première fois que nous enterrions un adolescent que nous avions élevé. Il était gai et participait à la chorale. Ses frères et sœurs de l’orphelinat ont été très éprouvés par ce deuil qui a cruellement ravivé le souvenir de décès dramatiques dans leur famille.

D’autant que nous avons accompagné Émile, durant ses derniers jours, à Saint-Augustin même, car nous n’avions aucun lieu pour lui ailleurs. Cette proximité a accru l’émotion des enfants.

Y aura-t-il une salle pour l’accompagnement psychologique ?
M. S. Oui, c’est très important pour la santé psychique de nos adolescents. Nous passons beaucoup de temps à surveiller les signes de dépression, d’agressivité ou à calmer les cauchemars.

Parmi les 1 800 enfants que nous suivons, 200 « seulement » sont séropositifs mais tous sont traumatisés par le sida.

Le centre de soins sera un « minihôpital » avec une dizaine de lits, une salle d’ergothérapie, une aire spéciale pour les enfants. Nous pallions l’absence de structures publiques.

Le gouvernement togolais le sait bien, et c’est pourquoi il nous a donné ce vaste terrain. Voyez l’histoire de notre dernière petite orpheline : à l’hôpital régional, sa maman, à cause des grèves, est décédée, sans soins, d’une hémorragie post-accouchement. La Providence a voulu que je découvre à temps le bébé, totalement déshydraté.

Comment va-t-elle à présent ?
M. S. Nous avons réussi à la sauver. Mais au village, la famille n’a pas voulu s’occuper de cette enfant « qui porte malheur », selon eux ! La petite est en nounou chez Maman Élisabeth, la jeune femme qui gère la maison Saint-Augustin. Nous l’avons appelée « Emmanuelle-Charité ».

Emmanuelle qui signifie « Dieu avec nous », car cette enfant est une grâce que nous fait le Seigneur, et Charité car elle aura besoin d’être entourée de charité, sécurisée par notre affection, pour se construire malgré la culpabilité que fait porter sur elle son village.

Quel message avez-vous envie de transmettre à nos lecteurs ?
M. S. Quand j’assiste au décès d’une maman comme celle d’Emmanuelle-Charité, ou quand je lis vos articles qui montrent le séisme au Népal, je suis tentée de baisser les bras devant tant de malheurs.

Alors, je pense à tous ces gens généreux que Dieu a mis à nos côtés, dont je reçois mille signes d’amour, de solidarité, de paix et de fraternité. C’est grâce à eux que nous puisons, à l’association, la force de réellement « vivre dans l’espérance » pour mener à bien nos activités. Qu’ils soient assurés que nous les portons dans nos prières.


Rendez-vous
Le mardi 19 mai 2015 à 19 heures, sœur Marie Stella sera l’invitée de Pèlerin à l’Université catholique de Lille, 60 boulevard Vauban, à Lille. Entrée libre.



Solidaires avec l’action de sœur Marie Stella : aidez l’association Vivre dans l’espérance. Cliquez ici pour agrandir l'image.

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Paru le 6 décembre 2018

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