Sida : chronologie d'une pandémie

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Sida : histoire d’une épidémie mondiale © Mehau-Kulyk/AFP
Sida : histoire d’une épidémie mondiale
Sida : histoire d’une épidémie mondiale © Mehau-Kulyk/AFP

Aussi dramatique que la tuberculose au XIXe siècle, la pandémie de sida a fait 25 millions de victimes dans le monde depuis 1981. Chronologie de la pandémie et des outils développés pour la contrecarrer.

À propos de l'article

  • Créé le 18/09/2013
  • Modifié le 18/09/2013 à 12:00
  • Publié par :Sophie Laurant
  • Édité par :Sophie Laurant

5 juin 1981 : les médecins américains lisent dans le bulletin hebdomadaire des centres chargés de la surveillance épidémiologique un court article qui attire l’attention sur de curieuses observations cliniques. Le docteur Michael S. Gottlieb et son équipe d’immuno-allergologie de l’université de Californie y décrivent cinq cas atypiques de pneumonie, observés ces six derniers mois.

Tous ces malades avaient moins de trente-six ans, des défenses immunitaires étrangement faibles et se reconnaissaient comme des homosexuels ayant de multiples partenaires… Y aurait-il un lien entre leur mode de vie et l’infection ? s’interrogent les spécialistes.

Ils sont d’autant plus perplexes qu’à l’autre bout du territoire américain, à New York, d’autres équipes leur ont signalé depuis quelques mois des manifestations pathologiques inhabituelles : des pneumonies rares, mais aussi huit sarcomes de Kaposi, une forme rare de cancer de la peau qui affecte d’habitude les personnes âgées. Or, là encore, les patients sont de jeunes homosexuels !

Une maladie qui annihile les défenses immunitaires

Le 4 juillet 1981, le bulletin épidémiologique fait le rapprochement et révèle que depuis 1979, vingt-six jeunes hommes ont été victimes d’un sarcome de Kaposi… L’information est alors relayée dans la presse grand public qui s’interroge sur l’apparition d’un « cancer gay ».

Durant deux ans, les chercheurs tâtonnent : quel est l’agent à l’origine de cette épidémie naissante ? On avance l’hypothèse des conditions d’hygiène déplorables dans les lieux de rencontres homosexuels qui auraient favorisées des bactéries virulentes, on soupçonne aussi la toxicité de produits chimiques inhalés…

A Paris, de jeunes médecins de l’Assistance publique commencent à être confrontés au même type de patients et font le rapprochement avec les cas américains.

En 1982, la mystérieuse maladie est nommée « AIDS » ( Acquires Immuno-Defiency Syndrome), traduit en français par « SIDA » pour « Syndrome Immuno-Déficitaire acquis ».

Le 3 janvier 1983, l’un des médecins français, Willy Rozenbaum, envoie au virologiste Luc Montagnier, à l’Institut Pasteur, un ganglion prélevé sur l’un de ses malades. Ce dernier, avec Françoise Barré-Sinoussi et Jean-Claude Chermann met en culture le prélèvement. Les quatre chercheurs veulent vérifier un fort soupçon : et si cette étrange maladie qui se manifeste par une diminution importante des défenses immunitaires était causée par un virus ?

En France, l'institut Pasteur découvre un virus inconnu

Le 20 mai 1983, ils publient leurs résultats dans Science, revue scientifique de niveau internationale : ils ont découvert, en effet, un virus inconnu, de la famille dite des anti-rétroviraux, qu’ils baptisent LAV (Lymphadenopathy Associated Virus). Mais ils ne peuvent encore démontrer scientifiquement son lien avec la maladie. L’article passe inaperçu.

Le 24 avril 1984, le gouvernement américain annonce de son côté que le professeur Robert Gallo, du National Institut of Health, a découvert un virus qu’il a nommé HTLV3. Le Pr Gallo a réussi à prouver que c’est bien HTLV3 qui détruit les lymphocytes T4 (ou CD4), des cellules normalement chargées de la défense l’organisme contre les infections. Il est la cause du SIDA.

Va s’ensuivre une longue querelle entre les équipes américaine et française sur la paternité de ce virus. Finalement, en 1987, un accord à l’amiable est conclu et en 1991, Robert Gallo reconnaît que la souche qu’il a analysée provenait, par accident, du même patient que celle de l’Institut Pasteur. Car les deux laboratoires échangeaient du matériel d’études. En épilogue, Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi obtiendront le 6 octobre 2008, le prix Nobel de médecine pour leur découverte.

La pandémie s'étend, un test de dépistage est mis au point

Entretemps, l’épidémie se répand dans le monde comme une traînée de poudre : on parle désormais de « pandémie ». Aucun continent n’est épargné. Et l’on s’aperçoit assez vite que le virus se transmet tout aussi bien aux femmes. Les voies de contamination sont désormais bien établies : sang, sperme et lait maternel.

Partout, des associations de malades se mobilisent pour informer, rendre accessible la prévention, lutter contre les discriminations et faire pression sur les laboratoires pharmaceutiques et les gouvernements.

Dès 1985, un test de dépistage a été mis au point. Il permet de sécuriser le don du sang en éliminant les donneurs séropositifs. En outre, il a été démontré, fin 1984 qu’en chauffant  les produits sanguins, on pouvait éliminer le virus. Mais en France, ces mesures sont appliquées avec un retard de plusieurs mois : les stocks de produits non chauffés, distribués en connaissance de cause, ont ainsi contaminé plus de la moitié des hémophiles. Le scandale de « l’affaire du sang contaminé » éclatera dans la presse en 1991.

En mai 1986, une commission de virologues forge un sigle pour désigner le virus isolé : HIV (Human Immunodeficiency Virus) que les Français transcrivent en VIH.

Ce virus vient-il d’Afrique comme semble le démontrer l’étude rétrospective d’étranges cas anciens, remontant jusqu’en 1959 ? Le VIH provient-il plus précisément du chimpanzé qui est porteur de virus proches et dont la viande est consommée en Afrique ? Comment détruire ou contrôler ce virus qui investit les cellules humaine ? Toutes ces questions agitent la communauté scientifique qui veut comprendre et surtout trouver la parade. Jamais dans l’histoire de la recherche médicale, on est allé si vite.

Des médicaments de plus ne plus efficaces

Dès mars 1987, un médicament prometteur est mis sur le marché en Europe et aux Etats-Unis : l’AZT. C’est le premier antirétroviral. Son efficacité est loin d’être parfaite mais c’est un premier pas sensationnel pour les malades qui succombent par centaines de milliers - la planète compte en 1990, plus d’un million de personnes touchées par la maladie. D’autres molécules suivent à partir de 1992.

En 1996, un grand tournant a lieu : il est établi que la lutte contre le sida est plus efficace si les médicaments sont combinés. C’est le tout début des trithérapies. Les patients reprennent espoir alors même que leur condition physique s’améliore. On peut désormais vivre avec le sida. Cependant, ces traitements de pointe sont très chers. Conséquence : les pays du Sud, où la maladie fait pourtant des ravages, n’y ont pas accès.

1998 : le Sénégal, l’Ouganda et la Côte d’Ivoire sont les premiers pays africains à lancer des programmes d’accès aux traitements.

En 2000, lors du congrès mondial contre le sida, à Durban, en Afrique du Sud, le Brésil fait sensation en proposant d’aider tous les pays du sud décidés à copier les anti-rétroviraux. Ce pays, en effet, profitant d’une brèche dans la législation sur les brevets, a entrepris depuis deux ans, de produire à grande échelle des génériques des principaux médicaments et de distribuer gratuitement les traitements.Malgré leur colère, les laboratoires sont obligés d’entamer une politique de baisse des prix.

En 2002, un Fonds mondial contre le sida est enfin créé pour collecter des sommes importantes au plan international et soutenir les programmes de lutte publics et privés dans les pays les plus pauvres. Peu à peu, les pays du Sud accèdent aux traitements.

Le sida a causé la mort de plus de 25 millions de malades dans le monde depuis 1981. Au total, 60 millions de personnes ont été contaminées. 25 millions vivent toujours avec le sida. Dans les pays émergents, la maladie a particulièrement décimé les jeunes cadres des grandes métropoles et les soutiens de famille : une catastrophe économique double le drame humanitaire.

Mais, depuis 2005, grâce à des années de politique de prévention et d’information, à des diagnostics plus précoces et mieux acceptés, l’épidémie commence à marquer le pas. Le nombre de nouvelles contaminations a diminué de 17% depuis 2001. Une lueur d’espoir qui ne signe pas encore la fin de l’épidémie.

► Diaporama sonore : au Togo, le combat de soeur Marie Stella contre le sida.
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Paru le 6 décembre 2018

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