Sœur Marie Stella, la miséricorde contagieuse

agrandir Sœur Marie Stella (à droite) donne  ses médicaments à la jeune Mariétou.
Sœur Marie Stella (à droite) donne ses médicaments à la jeune Mariétou. © Julien Pebrel / M.Y.O.P.
Sœur Marie Stella (à droite) donne  ses médicaments à la jeune Mariétou.
Sœur Marie Stella (à droite) donne ses médicaments à la jeune Mariétou. © Julien Pebrel / M.Y.O.P.

Au nord du Togo, la miséricorde a un visage : celui de sœur Marie Stella. Pèlerin soutient depuis 2010 cette religieuse qui s’occupe des pauvres parmi les pauvres : les malades du sida. Avec une énergie et une pétillance rares.

À propos de l'article

  • Créé le 17/02/2016
  • Publié par :Bénédicte Jeancourt-Galignani
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    6051 du 18 février 2016

Au nord du Togo, dans une région oubliée des enjeux économiques de la mondialisation, la petite ville de Dapaong s’étend pauvrement sur la terre rouge de la savane.

Dix heures de route cahoteuse depuis Lomé, c’est dur !

Pourtant, la chaleur de l’accueil vous laisse entendre qu’il sera difficile de repartir…

Ici, tout le monde connaît sœur Marie Stella. Elle est la seule, à des centaines de kilomètres à la ronde, à accueillir, soigner et accompagner jusqu’à la mort les malades du sida. Depuis vingt ans, elle soulève des montagnes à la force de ses bras et de sa foi, avec des moyens médicaux qui ne sont pas ceux des Européens.

Retrouvez ici le blog de Soeur Marie Stella.

Son moteur, c’est cette phrase de la Bible :


Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu.

" Ce qui compte quand un malade se présente à moi, dit-elle, c’est de le rejoindre dans sa souffrance pour l’apaiser. Parfois, je ne comprends pas son dialecte, mais mes gestes, mon regard, lui disent qu’il est ici dans sa maison et qu’il peut se reposer. Je cherche à réparer ce que la maladie a brisé en lui : son humanité sacrée. "

Sœur Marie Stella n’a pas attendu que l’Église célèbre cette année le Jubilé de la miséricorde pour y travailler.

Elle fait siennes les réflexions du pape François et confie :


La miséricorde, c’est voir la misère au cœur de l’homme. Et le rejoindre dans cette misère pour y ouvrir une porte d’espérance.

Lutter contre le sida, ici, c’est comme vouloir repousser la mer.

« Mais si chacun s’occupe d’une goutte d’eau, on y arrivera », dit sœur Marie Stella.

Et ça marche ! Comme le souligne avec humour Isaïe, l’assistant médical de l’association :


En fait ici, la plus contagieuse, c’est la sœur. Tu travailles avec elle et tu attrapes le virus. Mais c’est celui de l’amour !

Une maladie encore diabolisée

Beaucoup de femmes ayant perdu un proche, ou elles-mêmes contaminées, se sont engagées aux côtés de sœur Marie Stella.

Elles passent dans les villages pour visiter les malades isolés, leur apporter des repas, des médicaments, faire leur toilette.

Elles mènent surtout un gros travail de communication sur le sida. Car cette maladie étant souvent considérée comme diabolique, ceux qui en sont atteints se trouvent rejetés et abandonnés à leur sort. La présence bienveillante de ces femmes change peu à peu le regard porté sur les malades.

Au fil des années, des centaines d’orphelins se sont retrouvés abandonnés, parfois porteurs du virus.

Sœur Marie Stella les accueille dans deux « maisons familiales » dont l’une a été agrandie grâce aux dons des lecteurs de Pèlerin. Mais elle essaie, si possible, de retrouver une grand-mère ou une tante pour permettre à ces enfants de grandir en famille. Et un réseau de mamans d’adoption s’est constitué d’année en année pour accueillir les bébés.

Irène en fait partie :


Quand j’ai connu sœur Marie Stella, j’étais malade. Je me demandais alors comment une femme qui n’a pas elle-même engendré la vie trouvait tant d’énergie pour sauver les enfants des autres. Je me suis dit, si elle peut le faire, je le peux aussi.

Et depuis, Irène élève la petite Delphine en plus de ses propres enfants.
L’énergie, sœur Marie Stella la puise dans sa foi. Sa vocation, c’est de rencontrer celui qui se trouve en souffrance. Son moteur, la prière.


Si je ne prie pas, je deviens nerveuse. J’ai alors plus de mal à me rendre disponible aux autres. Et je passe à côté du Christ sans le voir 

⟶ dit-elle.

Tellement consciente que seule cette foi permet de lutter contre les tempêtes, elle encourage les malades à prier.

Ce jour-là, elle visite Mariétou, 15 ans. La petite musulmane, d’une maigreur à faire peur, ne peut plus se mettre à genoux pour faire ses prières car elle a trop mal. Alors elle ne prie plus.

« Tu crois vraiment que Dieu sera choqué que tu restes assise ? lance en riant sœur Marie Stella. Que voudrais-tu demander à Dieu dans ta prière ? » Mariétou répond : « La vie. »

Un silence se pose alors dans la pièce où la malade vit avec sa grand-mère. Un silence de compassion. Un silence qui porte la prière de Mariétou vers Celui dont tout le monde ici sait qu’il dépasse les différences d’ethnie ou de religion.

En sortant, sœur Marie Stella confie : « Je m’engage à donner la vie. Non pas la durée de vie, car pour cela je ne peux rien. Mais l’intensité de vie au moment présent. Si cette petite devait mourir demain, il y aurait eu au moins ce moment pour la rétablir dans son humanité blessée. »

La magnifique équipe que sœur Marie Stella a rassemblée autour d’elle l’a bien compris. Au fil des jours, chacun creuse en lui-même une profondeur d’humanité en se mettant au service de ceux qui ont perdu leur dignité. Et cette humanité-là est capable d’autant de joie que de compassion.

Oui, à Dapaong, la miséricorde se révèle bien contagieuse.

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Paru le 18 octobre 2018

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