Frère David Vern, aumônier à la maison d’arrêt de la Santé : "Pour entrer en prison, on se dépouille"

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Frère David Vern, ofm, aumônier à la maison d’arrêt de la Santé, à Paris © Jean-Marie HEIDINGER/CIRIC
Frère David Vern, ofm, aumônier à la maison d’arrêt de la Santé, à Paris
Frère David Vern, ofm, aumônier à la maison d’arrêt de la Santé, à Paris © Jean-Marie HEIDINGER/CIRIC

"Je n'ai ni argent, ni or ; mais ce que j'ai, je te le donne" (Actes 3, 6). Cette phrase de l’Évangile résume la mission qu’accomplit le frère David Vern avec l'un de ses frères franciscains et un prêtre du diocèse de Paris auprès des détenus.

« Pour entrer en prison, on se dépouille. Physiquement, en vidant ses poches pour passer les contrôles, mais aussi spirituellement, en se reconnaissant de la même nature humaine et fragile que les détenus. Certains n'avaient pas prémédité leur acte. Cela m'interroge sur mes propres limites.

En maison d'arrêt, les détenus restent environ neuf mois, en attente de leur jugement et de leur transfert vers d'autres lieux. Un temps de réflexion, où ils éprouvent beaucoup de culpabilité.

Vidéo. Le pape François lave les pieds de détenus romains. Source : Euronewsfr

 

Nous, aumôniers, ne sommes ni juge, ni avocat, ni personnel de l'administration pénitentiaire. Nous sommes parmi les rares personnes autorisées à les visiter jusque dans leurs cellules, au cœur de leur privation de liberté, de leur souffrance.

Surtout, nous pouvons poser sur eux un autre regard, d'homme à homme, gratuit. Un regard qui est pour tous, chrétiens ou non. Et même pour les plus défigurés par la violence ou la pauvreté : là est la véritable fraternité, celle qu'a prônée saint François.

Une fraternité auprès de ceux que je n'aurais pas naturellement choisi comme frères, ceux qui me dérangent, qui sont à la marge. Cette relation n'est pas à sens unique. Je me souviens par exemple que, partant pour Lourdes, j'avais proposé aux détenus d'inscrire sur une feuille les personnes qu'ils souhaitaient confier à ma prière. L'un d'entre eux avait écrit mon nom !

Le dépouillement et l'austérité de l'univers carcéral font aussi apparaître, par contraste, la présence lumineuse de Dieu.

Le dépouillement et l'austérité de l'univers carcéral font aussi apparaître, par contraste, la présence lumineuse de Dieu. Je n'oublierai jamais ce jeune homme, qui m'a déclaré au cours d'une visite : "Avant, j'étais libre de mes mouvements, mais prisonnier du mal. Aujourd'hui j'ai perdu ma liberté de mouvement, mais j'ai retrouvé celle de ne plus faire le mal."

Vidéo. La vocation franciscaine de Fabien. Source: Le Jour du Seigneur. Durée: 3 minutes

Le credo dit que le Christ est "descendu aux enfers". Je me sens témoin de ces "enfers" que vivent les détenus, avec empathie mais aussi distance. Je sais que seul le Christ est capable de les en faire sortir.

J'ai beaucoup apprécié que le pape François, le Jeudi Saint, se soit déplacé dans une prison de Rome pour laver les pieds de jeunes détenus. Il a osé quitter le faste de la basilique saint-Pierre, pour retrouver le bois de la croix. »

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Paru le 4 octobre 2018

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