Françoise, mère de détenu : "Enfermée dehors à attendre mon fils en prison"

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Françoise, mère de détenu. © Alain Tendero
Françoise, mère de détenu.
Françoise, mère de détenu. © Alain Tendero

Troisième portait de femme dans l'attente, dans notre marche vers Noël, celui de Françoise, mère de détenu. Quand l'attente est aussi une prison.

Il y a sept mois, un coup de fil a fait tomber Françoise dans un monde d'attente et d'angoisse. « C'était la police. J'ai tout de suite pensé à mon fils, j'ai cru qu'il s'était suicidé. C'était un autre qu'il avait tué », raconte-t-elle, assise dans un canapé du centre d'accueil.

Dans une heure, elle entamera le parcours du combattant jusqu'à son fils. En attendant, la récente retraitée, cheveux courts d'un blond peroxydé, les traits marqués par l'épreuve, se confie. « Ça a vraiment été le début de l'enfer. Entre quatre murs pour lui, dehors pour moi. Les questions des journalistes, et un père qui ne veut pas pardonner. Mon fils était un assassin, et je me retrouvais seule. »

Au bout de quinze jours, première visite. « Je suis arrivée ici, je n'étais plus rien... J'avais perdu dix kilos. Pendant l'attente pour le parloir, je me demandais qui j'allais visiter : mon fils ou un assassin ? » C'est « son garçon » qu'elle retrouve. Et elle pardonne, instantanément. « Je me suis rendu compte de la force du lien mère-fils. Si fort que je voudrais faire la peine à sa place... »

Désormais, c'est autour de ces trois quarts d'heure de parloir hebdomadaire que tourne la vie de Françoise. « J'y pense tout le temps, du moment où je sors jusqu'au mercredi suivant, explique-t-elle. Je réfléchis à un petit quelque chose à mettre dans son colis pour lui faire plaisir... » Elle apporte aussi les dernières nouvelles de l'avocat. Elle a vendu sa voiture, pris deux crédits pour pouvoir lui payer un bon défenseur.

Une peine qui touche la famille entière

 « Vous savez, la prison, c'est une peine familiale. Ça met mon couple en difficulté et je n'ose pas en parler à une partie de la famille, qui ne sait même pas ce qui s'est passé. J'ai honte. » Souvent, elle pense à la mère de l'autre garçon, celui qui est mort à cause de son fils. Elle imagine le jour où elle la verra pour la première fois, au palais de justice.

« Dans la presse, elle a dit que son fils ne méritait pas de mourir comme ça. Si ça avait été moi, j'aurais dit la même chose. » Mère de victime, mère d'assassin, elles sont aussi sûrement désemparées l'une que l'autre. Mais Françoise pense à son fils d'abord. L'attente du jugement est une torture.

« Il paraît qu'il ne passera pas au tribunal avant début 2013, soupire Françoise. Ma plus grande peur, c'est qu'il soit déclaré irresponsable et envoyé en hôpital psychiatrique, ou alors qu'il prenne le maximum, prison à perpétuité. Ou vingt ans ? Avec un bon avocat, on arrivera peut-être à dix ans, sept ans avec les remises de peines. Mais c'est toujours sept ans de trop pour une maman qui attend son fils. »

Elle ne peut s'empêcher de se projeter. « Est-ce qu'après le jugement, il sera transféré dans une centrale ? Il a 34 ans. S'il sort dans dix ans, moi, j'en aurai 75. Est-ce que j'aurai la force de l'aider ? »

Françoise essaye de sortir, d'oublier. Et surtout, elle a la foi. « Si je n'avais pas cru, je serai morte », constate-t-elle simplement. « J'ai la chance d'avoir la foi, et je ne pense pas que Dieu va me laisser tomber. Si mon fils s'en tire avec une peine pas trop longue, je vais direct à Lourdes ! »

Son fils garde le moral, son nouveau codétenu semble sympathique. Et puis, elle sait enfin ce qu'elle aura le droit d'amener pour Noël. Cinq kilos de nourriture, emballés dans des sacs de congélation.

C'est l'heure de partir. Françoise se tourne vers l'enceinte du centre de détention, à quelques mètres à peine. « Mon fils est là, juste à côté, et je vais devoir attendre mercredi prochain... »


Françoise, mère de détenu

Retrouvez dans Pèlerin n°6732 du jeudi 8 décembre 2011, un reportage de trois pages sur François, mère de détenu : "Enfermée dehors". La journaliste Laurence Desjoyaux a rencontré Françoise, 65 ans, qui attend son fils enfermé en prison pour avoir tué quelqu'un.

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Paru le 20 septembre 2018

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