Josef Schovanec, autiste : « Je ne suis pas si bizarre »

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Josef Schovanec, docteur en philosophie. © Bruno Levy
Josef Schovanec, docteur en philosophie.
Josef Schovanec, docteur en philosophie. © Bruno Levy

Le 2 avril a lieu la Journée internationale de sensibilisation à l’autisme. Rencontre avec Josef Schovanec. Autiste, il n'a pas prononcé un mot jusqu'à l'âge de 6 ans. Aujourd'hui, il est diplômé de Sciences-Po et docteur en histoire.

À propos de l'article

  • Créé le 08/06/2013
  • Modifié le 08/06/2013 à 12:00
  • Publié par :Alice Le Dréau
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6800, 28 mars 2013

Josef Schovanec, 31 ans,  milite pour que le trouble dont il souffre soit mieux connu en France. Avec un humour qu’il met avant tout au service de sa cause. Le jeune homme livre le témoignage de sa vie d’autiste dans Je suis à l’Est  (Ed. Plon).

Pèlerin.  Le 2 avril a lieu la Journée internationale de sensibilisation à l’autisme. Croyez-vous à l’utilité de ce genre de dispositif ?

Josef Schovanec . Oui, si on l'utilise pour donner un coup de projecteur sur ce trouble. C'est le cas aux États-Unis, dans les pays scandinaves, en Allemagne. Moins en France où l'autisme reste mal connu, bien qu'il ait été désigné « grande cause nationale » l'an passé.

Pourquoi ce retard ?

Pour moi, la communauté scientifique française est mal informée et mal formée sur le sujet. Selon un sondage paru en 2010, près de la moitié des médecins pensent que l'autisme touche une naissance sur 1 500. Et non sur 150, comme c'est le cas. Il existe peu de statistiques mais on estime aujourd'hui que 400 000 à 600 000 personnes autistes vivraient en France.

Vous-même avez été diagnostiqué très tard, à 22 ans. Que disaient les médecins ?

Ils ont cru que je souffrais de surdité, puis d'anxiété, de troubles alimentaires, du langage, de l'écriture... Pendant trois ans, j'ai été traité pour schizophrénie. Je vivais sous camisole chimique. Aucun de mes trois psys n'osait se prononcer. Enfin, en 2004, l'un d'eux a parlé du « syndrome d'Asperger », une forme d'autisme. C'est parce qu'il cumule des symptômes différents que l'autisme est dur à repérer. Certains autistes passent des années en psychiatrie. Pour rien. Dans l'idéal, un diagnostic devrait être posé avant l'âge de 2 ans.

Quelle est votre définition de l’autisme ?

Officiellement, on dit : « Trouble envahissant du développement ». Mais à mes yeux, ce n'est pas une maladie car ce terme suppose un état transitoire qui peut être guéri. Ce n'est pas non plus un handicap total. En effet, à côté des difficultés, l'autisme (de haut niveau, du moins) englobe des qualités : des dons pour le calcul, l'apprentissage des langues... Et si l'autisme était juste une manière d'être différente ?

Que voulez-vous dire ?

La personne a du mal à interagir avec les autres. Elle n'arrive pas à apprendre le jeu social et ses codes. Vous pouvez avoir un prix Nobel et ne pas savoir dire bonjour de façon adaptée. Imaginez que vous soyez propulsé au Japon. À quelle distance de l'autre se tenir ? Quelles formules de politesse employer ? C'est ça l'autisme. À l'école, par exemple, je parlais avec un langage pédant, je disais « bonjour monsieur » à mes camarades. À 7 ans ! J'avais des centres d'intérêt spécifiques : l'Égypte ancienne, les moisissures. Du coup, je me faisais tabasser à la récré. À la fin de ma grande section, il a été question de me faire redoubler car je n'avais pas les compétences relationnelles requises. S'il avait fallu attendre que je les acquière, je ne serais toujours pas passé au CP !

Vidéo . Interview de Josef Schovanec.

 

Et pourtant, vous militez pour la scolarisation dans des filières classiques des enfants avec autisme. Pourquoi ?

Parce que l'école est un lieu essentiel de socialisation ! Or, la France, si fière de son service public, ne scolarise que 20 % des enfants autistes grâce au combat mené par les associations et le vote de la loi sur le handicap en 2005. Ils sont 80 % aux États-Unis, 100 % en Grande-Bretagne. Inadmissible !

Vous avez mené des études brillantes. Bac, mention très bien, Sciences-Po Paris, doctorat de philo… Comment avez-vous surmonté les embûches ?

L'autisme, c'est la roulette russe. Il y a des sacrifiés et des survivants. J'ai été plus chanceux que d'autres. Personne n'aurait parié un centime sur mon avenir. Cependant, j'aimais l'histoire, les maths, la lecture... Le jour du bac, j'étais bien plus stressé par d'éventuels problèmes de transports ou de changement de salles - les autismes sont très soucieux de leurs repères - que par les épreuves elles-mêmes. L'entourage compte beaucoup. Mon père, ma mère, ma sœur n'ont jamais baissé les bras. Peut-être, parce que mes parents sont immigrés politiques tchèques. Avoir vécu dans le bloc de l'Est vous oblige à remettre en question tout discours officiel. Ils n'ont jamais pris pour argent comptant ce que disaient les médecins ou les enseignants.

► Lire l'intégralité de l'article d'Alice Le Dréau dans Pèlerin , n° 6 800 du 28 mars 2013.

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Paru le 15 novembre 2018

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