Henriette Campan, une éducatrice dans la tourmente

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Madame Campan dirigea la première maison d'éducation dans le château d'Écouen en 1807. © RMN/Gérard Blotnombre Total
Madame Campan dirigea la première maison d'éducation dans le château d'Écouen en 1807.
Madame Campan dirigea la première maison d'éducation dans le château d'Écouen en 1807. © RMN/Gérard Blotnombre Total

La vie d'Henriette Campan demeure un témoignage unique sur l'Ancien Régime et la Révolution. Cette grande éducatrice connaîtra son heure de gloire sous le premier Empire.

À propos de l'article

  • Créé le 11/01/2018
  • Publié par :Sophie Laurant
  • Édité par :Sabine Harreau

Le 10 août 1792, alors que l’assaut est donné contre le palais des Tuileries, une femme réussit à s’échapper : c’est Henriette Campan (1752-1822), lectrice de Marie-Antoinette et fidèle jusqu’au bout à la reine qui vient d’être arrêtée.

Cette roturière, fille du chef des traducteurs de Louis XV, n’a pas hérité de fortune mais du sens du service de l’État –même si elle est lucide sur l’égarement politique de sa maîtresse, elle a surtout bénéficié d’une éducation exceptionnelle par son père, véritable homme des Lumières.


Dès 1794, elle sort de sa cachette et décide de gagner sa vie en ouvrant une pension pour jeunes filles.

À 40 ans, séparée d’un mari qui ne lui apporte que des dettes, Henriette se retrouve sans emploi, dans la tourmente révolutionnaire. Dès 1794 et la fin de la Terreur, elle sort de sa cachette et décide de gagner sa vie en ouvrant une pension pour jeunes filles à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines).

« elle a tout à fait analysé la situation, explique Geneviève Haroche-Bouzinac, qui vient de consacrer une biographie (1) très vivante à cette femme au destin romanesque. tous les repères de l’Ancien Régime sont balayés. Les temps sont incertains pour les jeunes filles nobles ou de bonne famille, premières victimes des revers de fortune de leurs parents. »

Seule certitude, sur laquelle s’appuie Henriette : « Les talents sont la vraie richesse. » Elle en fait sa devise et va consacrer les trente années qui lui restent à vivre à tenter de révéler ces talents chez les élèves qu’on va lui confier, afin qu’elles s’épanouissent, sachent gérer leurs affaires, mais aussi, puissent, en cas de nécessité, exercer une activité professionnelle.


La qualité de l’enseignement qu’elle propose afin de former une véritable élite féminine est stupéfiante.

« La qualité de l’enseignement qu’elle propose afin de former une véritable élite féminine est stupéfiante, explique l’historienne qui a pu retrouver des cahiers d’élèves. Henriette leur fait enseigner calcul, grammaire, histoire, géographie, dessin et musique au plus haut niveau, alors que les couvents, désormais interdits, ne proposent qu’un peu de broderie et de lectures pieuses. »

Dans ces années de recomposition sociale, au tournant du XIXe siècle, son institution est aussi un havre de paix pour une jeunesse traumatisée : certaines sont filles de révolutionnaires, d’autres, comme Hortense, la fille de Joséphine de Beauharnais, ont vu leur père guillotiné. Pour toutes, la pension va être une sorte de bulle où règnent l’affection et l’indulgence des professeurs et de la directrice, Mme Campan, avec laquelle elles correspondent, des années après avoir quitté Saint-Germain.


Napoléon confie à Henriette son projet d’école de la Légion d’honneur.

Protégée par l’impératrice Joséphine, Henriette Campan va connaître son heure de gloire sous le premier Empire. Nombre d’épouses des nouveaux cadres sortent de Saint-Germain, à commencer par sa propre nièce, Églé, qui deviendra la maréchale Ney. Napoléon confie à Henriette son projet d’école de la Légion d’honneur pour les orphelines d’officiers qui ouvre en 1807, au château d’Écouen (Val-d’Oise).

Mais elle n’aura pas les coudées franches : les temps changent et les élites de la fin de l’empire, puis de la Restauration, ne sont plus si attirées par l’idée d’une véritable éducation des filles. Henriette se retire en 1814, écrit ses mémoires. Les mémoires d’une femme de tête qui a traversé les régimes grâce à son intelligence, à son courage et à ses talents.


(1) La vie mouvementée d’Henriette Campan, de G. Haroche-Bouzinac, Éd. Flammarion, 608 p. ; 24,90 €.

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Paru le 18 octobre 2018

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