Gaultier Bès et Marianne Durano : veilleurs au nom de leur foi

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Gaultier Bès et Marianne Durano. © Vincent Moncorgé
Gaultier Bès et Marianne Durano.
Gaultier Bès et Marianne Durano. © Vincent Moncorgé

Le mouvement des Veilleurs, protestataires non-violents et actifs notamment contre le mariage pour tous, a frappé l’opinion ces derniers mois. Rencontre avec Gaultier Bès et Marianne Durano, militants, qui viennent de publier un petit livre percutant sur « l’écologie intégrale ».

À propos de l'article

  • Créé le 23/07/2014
  • Publié par :Dominique Lang
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6869, du 24 juillet 2014

Pèlerin. Agrégé en lettres de l’École normale supérieure de Lyon, vous êtes, à 25 ans, l’une des figures de proue du mouvement des Veilleurs. Qu’est-ce qui vous a mené dans cette voie ?
Gaultier Bès : Les choses se sont faites progressivement. J’ai commencé à m’engager à Lyon, notamment autour de la marche solidaire organisée contre le projet de loi du mariage pour tous, le 17 novembre 2012. Ce rassemblement œcuménique était le fruit du travail d’un collectif de mouvements qui ne voulaient pas laisser le terrain de l’indignation à Civitas (une association catholique traditionaliste, NDLR). Notre initiative a lancé d’une certaine manière le mouvement de la Manif pour tous.Dans ce cadre, nous avons toujours fait attention à rester audibles par tous, pour ne pas tomber dans des oppositions simplistes qui stérilisent toute réflexion.

Marianne, vous venez de soutenir votre agrégation en philosophie. Avec Gaultier Bès et Axel Norgaard Rokvam, vous cosignez un petit essai (Nos limites, pour une écologie intégrale) en faveur d’une « écologie intégrale ». Pourquoi un tel engagement ?
Marianne Durano : D’abord par cohérence avec mes études. Je fais de la philosophie parce qu’elle est pour moi l’art d’établir du lien entre des domaines de réflexions différents. Il s’agit aussi d’une démarche personnelle.

Grâce à des auteurs qui ont éclairé ma pensée, j’ai découvert, après coup, qu’ils avaient pour point commun d’être chrétiens.

Pascal, Thomas d’Aquin, Jacques Maritain : autant de discours sur le monde que je trouvais très pertinents.

En arrivant à l’École normale, j’ai fréquenté certains étudiants qui m’ont semblé avoir perdu ce sens du bien commun, car témoignant d’une liberté poussée à l’extrême, dont le slogan dominant est le « pourquoi pas ? », lequel permet toutes les expériences. Une posture terriblement déshumanisante. J’ai cheminé de mon côté et j’ai vécu une expérience de conversion au Christ. J’ai trouvé là un fondement solide pour ma vie et mes réflexions. On ne peut pas s’ouvrir à la différence de l’autre si on n’a pas un fondement solide de ce type.

Vidéo. Bande-annonce de Nos limites. Pour une écologie intégrale, de Gaultier Bès (avec Marianne Durano et Axel Rokvam).

 
NOS LIMITES - Pour une écologie intégrale par gaultierb

La démarche des Veilleurs a beaucoup surpris, en reprenant les codes de la non-violence et proposant une voie où culture et spiritualité font bon ménage, tout en respectant la laïcité française…
Gaultier Bès : Je crois essentiel de dépasser les vieux clivages droite-gauche qui n’ont plus de sens. De la même manière, dans l’Église, nous interpellons la posture de « l’enfouissement » des générations précédentes : il fallait être d’abord comme le levain dans la pâte de la société. Mais si on n’ose pas parfois être aussi un signe de contradiction, ne risque-t-on pas de devenir simplement de la « farine » comme tout le monde ? Ces questions nous ont poussés à créer les Alternatives catholiques, un petit mouvement indépendant de laïcs qui veut assumer une foi adulte sans toujours sortir les étendards identitaires. Le 1er mai 2014, nous avons défilé au milieu des syndicats avec une banderole qui disait : « Ce n’est pas la filiation qu’il faut fragiliser, c’est le chômage et la précarité ! »

Cet art du contre-pied peut-il nous aider à dépasser nos vieux clivages ?
Gaultier Bès : Disons qu’il faut prendre les moyens pour sortir de nos imaginaires trop figés.

Nous voulons montrer qu’en tant que jeunes laïcs catholiques, il nous arrive d’être « plus sociaux que les socialistes » et « plus républicains que bien des républicains » !

Mais pas question de se laisser aller à la facilité de la violence qui ne produirait rien de bon. C’est ainsi, qu’avec d’autres, est né le mouvement des Veilleurs cherchant à retrouver une capacité d’agir, tout en restant non-violent.


Que voulez-vous dire par « le temps est venu de nous faire la courte échelle » ?
Marianne Durano : Cette expression souligne que nous avons tous besoin de nous appuyer sur ceux qui nous précèdent pour avancer. Et elle rappelle aussi l’importance d’agir à notre échelle locale, pour ne pas rester dans l’impuissance des grands défis mondiaux. C’est à partir de prises de conscience locales que nous pouvons nous mobiliser sur des enjeux plus vastes.

Gaultier Bès : C’est pour cela que nous proposons une pensée d’une écologie « intégrale », qui prend en compte aussi bien les enjeux humains qu’environnementaux.

Marianne Durano : Il est urgent que nous restaurions notre rapport à notre environnement proche, direct. Pas à l’environnement avec un grand E. Notre écologie n’est pas celle du bien-être individualiste mais d’une pensée sociale et politique qui prend en compte toutes les dimensions de l’existence.

Comment mettre en œuvre une telle écologie ?
Marianne Durano : L’urgence pour nous est d’apprendre à discuter avec des gens différents qui ont des questions pourtant proches des nôtres : avec l’écolo radical ou le faucheur d’OGM, il apparaît assez vite que nous avons des « ennemis » communs : tout ce qui pousse au consumérisme, à la marchandisation du monde et donc à la liberté des personnes.

Gaultier Bès : Lors de notre tournée des Veilleurs, nous avons essayé ainsi de rencontrer les militants de Notre-Dame-des-Landes, où une minorité d’irréductibles voulait nous empêcher, par principe, toute discussion. Pourtant, en faisant un pas de côté, de part et d’autre, nous pouvons rencontrer partout des hommes et des femmes de bonne volonté qui veulent résister aux périls que nous dénonçons. Nous avons une vision de l’Homme beaucoup plus proche que ce que l’on croit. Notre livre aimerait être une main tendue pour favoriser ces rencontres.


A lire

livres

Nos limites, pour une écologie intégrale, de Gaultier Bès, Marianne Durano, Axel Norgaard Rokvam, Éd. Le Centurion, 110 p.; 3,95 €.

Vos commentaires

2 Commentaires Réagir

L'intelligence artificielle

GB313 13/03/2016 à 00:06

j'ai découvert Marianne DURANO dans l'émission de Taddéï sur l'intelligence artificielle, où la justesse et la clarté de ses interventions m'ont impressionné. Ce qui ne gâte rien je découvre qu'elle est une membre active de la Manif pour tous.

Merci à vous deux

Bernard 14/08/2014 à 19:07

Bonsoir et merci à vous deux pour votre combat. Je cours chercher votre livre et je reviendrai vers vous. Bon courage et belle fête de l'Assomption.

Paru le 20 septembre 2018

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