Vincent Leclercq, médecin généraliste : « La fin de vie n’est pas la fin de la vie »

agrandir Vincent Leclercq
Vincent Leclercq © Stéphane Grangier
Vincent Leclercq
Vincent Leclercq © Stéphane Grangier

Alors que le gouvernement pourrait légiférer sur le suicide assisté, Vincent Leclercq, médecin généraliste, professeur d'éthique et prêtre assomptionniste, publie un livre sur le sujet, Fin de vie.  Il explique pourquoi ce débat nous concerne tous.

À lire aussi

À propos de l'article

  • Créé le 30/05/2013
  • Modifié le 30/05/2013 à 14:00
  • Publié par :Marie-Christine Vidal
  • Édité par :Caroline Chabir
  • Publié dans Pèlerin
    6803 du 18 avril 2013

Voix douce, regard attentif, soucieux de répondre aux attentes de son interlocuteur, ce professeur de théologie morale à l'Institut catholique de Paris prend le temps d'écouter et de réfléchir, afin de répondre le plus précisément possible aux questions de Pèlerin.

D’où vient votre intérêt pour ce sujet ?

Quand j'étais interne en médecine, il y a presque vingt ans, j'avais été choqué par une fin de vie. Le chef du service où je travaillais a demandé aux infirmières de poser un cocktail lytique (NDLR : mélange de médicaments qui accélère la mort) à un patient. Une euthanasie clandestine. Tout le service était en pleurs. Le cocktail n'a pas marché, on a dû le refaire. Le patient a mis deux jours à mourir. À la même époque, dans un autre hôpital, qui s'occupait de malades du sida, j'ai vu que l'on pouvait mourir autrement. Avec sérénité. Ces expériences m'ont amené à m'intéresser à la fin de vie et à suivre une formation.

Faut-il modifier la loi actuelle sur la fin de vie, la loi Leonetti, votée en 2005 ?

Non. À mon sens, en refusant tout acharnement thérapeutique, en respectant la volonté du patient et en obligeant à soulager la douleur, elle est tout à fait équilibrée. Elle est précieuse car elle oblige le patient, ses proches et les soignants à se mettre d'accord, à écouter le malade. Ce n'est pas un hasard si ce texte a été voté à l'unanimité à l'Assemblée nationale. Pourquoi devrait-on changer la loi alors que les conditions de la fin de vie se sont plutôt améliorées depuis 2005 ?

Si le suicide assisté était autorisé par la loi, qu’est-ce que cela changerait ?

Cela pourrait signifier que certaines formes de fin de vie échappent à la dignité, au respect. En outre, une telle mesure renforcerait, chez nos concitoyens, la crainte devant les différentes formes de dépendance ou de handicap. Les plus vulnérables en viendraient immanquablement à s'interroger sur la valeur de leur propre vie. Au moment où la collectivité aurait la capacité de poser un geste de mort, au seul motif de supprimer la souffrance, le doute surgirait en eux. Et peut-être aussi dans le regard de l'autre.

Votre livre paraît dans une collection intitulée Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire. Alors, pourquoi ?

Les chrétiens acteurs en fin de vie, qu'ils soient proches, soignants ou bénévoles, révèlent à l'homme qu'il ne doit pas s'enfermer dans une vision d'un homme, certes autonome, mais aussi très seul devant sa mort. À travers leurs pratiques, ils trouvent des raisons d'espérer que la fin de vie n'est pas la fin de la vie et de toute relation. Il est urgent de partager cette expérience ! 

Vidéo. Le rapport Sicard sur la fin de vie pour orienter le débat sur l'euthanasie.  Source : BFM TV.

 

Les articles Pèlerin pour nourrir la réflexion

Débat sur la fin de vie
Le 17 juillet 2012, François Hollande a relancé le débat sur la fin de vie et l'euthanasie. Antoine d'Abbundo s'interroge : "le droit de mourir dans la dignité peut-il se réduire à choisir le moment de sa mort ?"

Fin de vie : quelle société voulons-nous ?
Depuis une trentaine d'années, le débat sur l'euthanasie s'invite régulièrement dans l'espace public français. Une mission lancée par le président de la République est chargée de recueillir l'avis des citoyens, qui servira de base à un rapport prévu pour décembre 2012.

L'euthanasie n'est pas une solution à la souffrance en fin de vie
La mise en examen d'un médecin de Bayonne pour l'empoisonnement de personnes en fin de vie relance le débat sur la légalisation de l'euthanasie. Pour Mgr Podvin, porte-parole de la conférence des évêques de France, "certains partisans de l’euthanasie veulent nous entraîner dans une aventure inquiétante".

Les témoignages

Patrick Maigret, bénévole : "J'accompagne les malades en fin de vie et leurs familles"
Interview sonore.  Bénévole à l’ASP Fondatrice (Association pour le développement des soins palliatifs) depuis 11 ans, Patrick Maigret accompagne les personnes en fin de vie et leurs proches à l’hôpital des Diaconesses à Paris.

Colette Laforge : "La bénévole qui a accompagné mon mari en fin de vie nous a apporté un grand réconfort"
Interview sonore. Fin 2010, Colette Laforge, 80 ans, a fait appel à une bénévole accompagnante de l'association Les petits frères des Pauvres pour son mari en fin de vie qui a vécu ses derniers mois dans leur domicile parisien. Une aide précieuse pour le couple.


Fin de vie de Vincent Leclercq, Éd. de l’Atelier, Collection Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire, 144 p. ; 14 €.


 Télécharger gratuitement notre supplément :  Fin de vie, le guide complet pour accompagner un proche.


 Pèlerin  chez le marchand de journaux le plus proche de chez vous (entrez "Pèlerin" puis votre adresse postale).

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 20 septembre 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières