Le cas de Vincent Lambert : aux limites de la loi Leonetti

agrandir Vincent Lambert est en soins palliatifs au CHU de Reims depuis 2009.
Vincent Lambert est en soins palliatifs au CHU de Reims depuis 2009. © PhotoPQR/L’Union de Reims / MaxPPP
Vincent Lambert est en soins palliatifs au CHU de Reims depuis 2009.
Vincent Lambert est en soins palliatifs au CHU de Reims depuis 2009. © PhotoPQR/L’Union de Reims / MaxPPP

Autour de Vincent Lambert, patient jeune, en état de conscience minimale depuis 2008, les positions se brouillent. Des médecins opposés à l’euthanasie – en particulier de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs –, se sont prononcés pour l’arrêt des traitements, y compris des catholiques comme le docteur Kariger. Comment y voir clair ?

À propos de l'article

  • Créé le 06/01/2015
  • Modifié le 12/01/2015 à 16:02
  • Publié par :Sophie Laurant et Sabine Harreau
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6893, du 8 janvier 2015 et 6894, du 15 janvier 2015

Affaire Lambert, l’ultime étape

C’est un drame affectif et humain, mais aussi un marathon juridique qui se joue avec l’affaire Lambert, examinée depuis le 7 janvier 2015 par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).  Le verdict que la CEDH rendra dans quelques semaines, donnera un cap aux états européens sur une question éminemment controversée : comment s’applique le « droit à la vie » (article 2 de la Convention européenne des droits de l’homme), dans le cas de malades en état végétatif irréversible, comme Vincent Lambert ? Alors que ses médecins et son épouse défendent son droit à ne pas subir une « obstination déraisonnable », ses parents ont saisi la CEDH, dénonçant une « euthanasie déguisée ». De son côté, le Conseil d’État avait jugé, en juin 2014, l’arrêt des soins conforme à la loi Leonetti de 2005.


Autour de Vincent Lambert, patient jeune, en état de conscience minimale depuis 2008, les positions se brouillent. Des médecins opposés à l’euthanasie – en particulier de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs –, se sont prononcés pour l’arrêt des traitements, y compris des catholiques comme le docteur Kariger. Comment y voir clair ?

Pour le P. Bruno Saintôt, jésuite, les enjeux éthiques dépassent ce cas et la question de l’appartenance religieuse. Responsable du département d’éthique biomédicale du Centre Sèvres, à Paris, il se dit « d’abord en accord avec le cadre éthique du docteur Kariger, qui est celui des soins palliatifs : refus de l’euthanasie, de l’assistance médicale au suicide et de l’acharnement thérapeutique, soulagement de la douleur et accompagnement global, usage de la sédation (Diminution partielle ou totale de la conscience permettant de soulager une souffrance réfractaire ».

Mais il souligne aussi « dans le cas des patients en état de conscience minimale ou en état végétatif chronique, la difficulté spécifique d’appréciation de l’obstination déraisonnable ».

Cette dernière se définit, dans la loi Leonetti, comme le fait de poursuivre des traitements « inutiles, disproportionnés ou n’ayant d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie ».

La loi permet de les suspendre ou de ne pas les entreprendre. Le cas de Vincent Lambert ne relève pas des deux premiers critères : « Comme l’a rappelé le Conseil d’état, en juin 2014, le patient n’est pas en fin de vie, précise Bruno Saintôt. L’alimentation et l’hydratation artificielles ne sont ni inutiles, ni disproportionnées. Reste le troisième critère, le plus ambigu : ce traitement contribue-
t-il au « seul maintien artificiel de la vie »?

Les interprétations divergent car il n’existe pas de définition claire de ce critère. Au final, le docteur Kariger retient le critère de la volonté de Vincent Lambert, ce qui est acceptable si on peut l’établir. »

Les conséquences d’une confiance rompue

Ce spécialiste d’éthique critique l’affirmation du docteur Kariger selon laquelle l’homme est déjà « un peu mort » si les capacités neurologiques et sensitives qui le mettent en relation avec les autres sont très affectées.

« Il n’est pas en état de mort cérébrale ! A quel degré de perte de capacités neurologiques, correspond ce fait d’être “un peu mort” qui permettrait d’arrêter les traitements ? Qui va en décider ? », interroge Bruno Saintôt.

Sachant que les médecins ne peuvent déterminer le degré de conscience des patients en état de conscience minimale, comme l’a rappelé l’Académie nationale de médecine. « Le livre montre bien, conclut l’éthicien, ce qui peut arriver lorsque la relation de confiance entre le patient, la famille et le médecin est rompue. »

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Paru le 20 septembre 2018

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