Euthanasie : le livre qui dérange

agrandir Pour ou contre l'euthanasie ? Le cas belge.
Pour ou contre l'euthanasie ? Le cas belge. © Bruno Levy
Pour ou contre l'euthanasie ? Le cas belge.
Pour ou contre l'euthanasie ? Le cas belge. © Bruno Levy

Médecin, catholique, pourquoi je pratique l’euthanasie. Ce livre au titre provocateur de Corinne Van Oost, praticienne en Belgique, invite à une réflexion en profondeur sur un sujet grave, alors qu’un projet de loi pourrait voir le jour en France d’ici à la fin 2014.

À propos de l'article

  • Créé le 10/09/2014
  • Publié par :Christophe Henning
  • Édité par :Estelle Couvercelle et Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    6876, du 11 septembre 2014

corinne 2

Corinne Van Oost (photo, © Bruno Levy) exerce en Belgique. Dans ce royaume voisin, l’euthanasie est autorisée sous certaines conditions. Responsable de services de soins palliatifs, le docteur Van Oost est confrontée tous les jours à la question de la mort. Mais la demande à mourir est une autre affaire…

Qui est Corinne Van Oost ?

Médecin généraliste travaillant en Afrique, Corinne Van Oost a un grave problème de santé qui lui fait découvrir dans sa chair la souffrance. Une fois rentrée
en France, elle décide de se former aux soins palliatifs à la Maison Jeanne-Garnier, à Paris. Installée en Belgique avec son mari, elle poursuit dans cette voie
comme responsable d’un service de soins palliatifs à domicile et aussi en secteur hospitalier. Elle prend en compte la loi autorisant l’euthanasie en 2002. Réfléchissant avec d’autres praticiens, théologiens et moralistes, cette femme énergique assume ses responsabilités. Chrétienne convaincue, engagée
dans la communauté Fondacio, elle choisit aujourd’hui de dire dans un livre pourquoi, médecin et catholique, elle pratique l’euthanasie.


Comment cette catholique fervente a-t-elle pu s’affranchir de ce qu’enseigne l’Église ? Avec la journaliste Joséphine Bataille, le médecin catholique explique, dans le livre Médecin, catholique, pourquoi je pratique l’euthanasie, un cheminement qui semblera risqué et bouleversant pour certains, scandaleux et grave pour d’autres, mais ne laissera personne indifférent.

Twitter. Antoine d'Abbundo, rédacteur en chef à Pèlerin.

 

Avant tout, laisser tomber les schémas trop binaires – pour ou contre l’euthanasie ? – et écouter celle qui a passé la frontière. Corinne Van Oost ne fait pas de grands discours : elle nous entraîne dans la chambre des patients, avec les équipes d’accompagnement. On ne peut plus se défausser.

Le médecin appuie sa réflexion sur des visages. Jeanne, Régis, Nicole… Autant d’histoires de vie et de mort, de souffrance et de combat. À commencer par Albertine, qui l’a conduite à pratiquer sa première euthanasie avant même la dépénalisation en Belgique. Si elle a accepté, depuis, sa légalisation, le médecin belge insiste sur la dimension exceptionnelle de cette pratique :


Ce n’est pas un droit mais un dernier recours.

► Vidéo. Humanisme et science : les soins palliatifs. Une conférence de Corinne Van Oost dans le cadre du colloque organisé par l'Abbaye de Maredsous et l'Ecole des Parents et des Educateurs les 29-30 mars 2014. Durée : 28 minutes.

 

Soulager avant tout

Si la mort est toujours un échec, « la société qui admet l’euthanasie est une société qui a gagné en humanité », ose affirmer Corinne Van Oost. « On meurt quand on a fini de vivre », rappelait, avec une simplicité enfantine Françoise Dolto.

Mais aujourd’hui, en Belgique, on peut choisir le moment où tout est fini. Pas à la légère, car les conditions sont précises, les procédures, établies. N’empêche : depuis la loi, les chiffres sont en progression constante : 24 euthanasies en 2002, 822 en 2009, 1 807 en 2013…

Graphiques. Les chiffres de l'euthanasie en Belgique. A noter la différence entre la Wallonie et la Flandre.

 




Fallait-il que les médecins cathos se « salissent les mains » ? Pour Corinne Van Oost, difficile d’accompagner un malade en fin de vie… et de dire stop à la frontière: « Qui étais-je pour lui refuser la mort ? » confie-t-elle en rappelant l’euthanasie d’Albertine.

Acceptant de descendre au plus vif de la souffrance humaine, le médecin se doit de développer toute la panoplie palliative possible. Heureusement, la demande de mort s’épuise bien souvent :

« Le défi qui se présente aujourd’hui à nous, soignants, n’est plus tant de soulager la souffrance physique que d’apaiser une intense souffrance morale, explique l’auteure. C’est de la responsabilité de la société, de l’Église et des soignants que de creuser ce sillon pour trouver une alternative au désir de mort. »

La foi du médecin

Mais quand le malade n’en démord pas, Corinne Van Oost ne veut pas éviter la question. D’ailleurs, elle y voit un effet de la loi reconnaissant le droit des malades, qui se trouvent associés au choix thérapeutique.

Comment la catholique convaincue peut-elle provoquer la mort en dépit de l’enseignement de l’Église, clairement et constamment opposée à l’euthanasie ? C’est à force de formation, de réflexion, de rencontres avec les praticiens, théologiens, moralistes qu’elle se forge une intime conviction.

Et la foi du médecin lui enjoint de ne pas fuir l’instant euthanasique.

Je sais bien qu’en m’écartant du discours officiel, je dérange. Face à mon malade, je cherche la meilleure solution. C’est à moi, médecin, d’en décider.

L’enjeu est de taille : l’euthanasie bouleverse les repères médicaux, familiaux, sociaux, spirituels. Pour cela, cette voix venue de Belgique risque de provoquer émoi et réprobation. Nourrie d’une douloureuse et longue expérience, elle veut pourtant aider à mesurer les enjeux d’un débat auquel les Français – et les catholiques – n’échapperont pas. Et si, sans forcément entraîner l’adhésion, elle pouvait aussi aider à la réflexion ?


livre euthanasie

Le livre

Médecin catholique, pourquoi je pratique l’euthanasie, Corinne Van Oost, Joséphine Bataille, Éd. Presses de la Renaissance, 231 p. ; 16,90 €.


Repères

Ce que disent les lois belge et française…

Votée en 2002, la loi belge accorde un « droit à la demande d’euthanasie » et autorise celle-ci sous certaines conditions.

Le patient doit être confronté à « une souffrance physique ou psychique constante, insupportable et inapaisable », être capable, libre et conscient, de formuler sa demande de façon « volontaire, réfléchie et répétée ». Il peut exprimer ses volontés dans une « demande anticipée », valable cinq ans, nécessaire si le patient n’est plus capable de donner son consentement.

Sont exclues les personnes incapables ou atteintes de maladies mentales dégénératives. En février 2014, la loi est étendue aux enfants « en capacité de discernement », sans imposer un âge minimum, mais uniquement pour le cas de souffrances physiques.

Deux médecins doivent donner leur accord. Un délai d’un mois doit s’écouler entre la demande écrite et l’euthanasie, si la santé du patient le permet. 1 807 euthanasies ont été pratiquées en Belgique en 2013, dont 80% en Flandres; un chiffre en progression chaque année depuis 2002. 48 % des demandes arrivent à leur terme. 25 % des patients meurent avant la mise en œuvre. Les autres demandes ne sont pas acceptées.

En France, la loi dite Leonetti, votée en 2005, maintient l’interdiction de l’euthanasie. Elle instaure un droit au « laisser mourir », et encourage les soins palliatifs. Elle autorise l’administration de traitement soulageant le malade « en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable », même si les substances utilisées (antidouleur, sédation) ont « pour effet secondaire d’abréger la vie ».


euthanasie débat

► A lire aussi dans Pèlerin n° 6876, du 11 septembre 2014. Corinne Van Oost et Vincent Morel, médecins en soins palliatifs : accompagner la fin de vie, jusqu’où ?

Depuis 2002, la Belgique autorise l’euthanasie. La confrontation entre un médecin catholique qui pratique l’euthanasie et un médecin qui s’y oppose révèle la complexité du dossier. Ultime question : la société peut-elle prendre le risque de l’euthanasie ?



Diaporama. Soins palliatifs : être vivant, jusqu’au dernier moment.

 

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

euthanasie

penelope 11/09/2014 à 10:02

cette femme peut choisir de donner la mort puisque cela est permis en Belgique,cependant soins palliatifs et euthanasie sont incompatibles,où l'on soigne et soulage jusqu'à la fin de vie,où on la supprime pour en être débarrassé;ceci en dehors de ... lire la suite

Paru le 18 octobre 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières