La sainteté, une belle invitation pour les couples

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© ÉRIC GiRIAT
La sainteté, une belle invitation pour les couples
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Le 18 octobre 2015, alors que le synode sur la famille bat son plein, le pape François a déclaré saint un couple de parents, Louis et Zélie Martin. Une première dans l’histoire de l’Église, pourtant riche en exemples de couples et de familles unis dans la foi.

À propos de l'article

  • Créé le 19/10/2015
  • Publié par :Dominique Lang
  • Édité par :Aude Loyer-Hascoët
  • Publié dans Pèlerin
    6933 du 15 octobre 2015

Préparation au mariage et accompagnement des couples. Familles séparées ou recomposées. Couples divorcés ou remariés. Éducation à la vie affective, cultures polygames ou homosexuelles… Les sujets ne manquent pas pour les évêques réunis depuis le 4 octobre pour le synode sur la famille.

À mi-parcours, le temps est désormais aux réjouissances, avec le signe fort qu’a voulu poser le pape François : la première canonisation commune d’un couple.

Une première par son caractère officiel, mais non par le constat, ancien, que des couples peuvent vivre une expérience humaine et spirituelle suffisamment lumineuse pour toucher à la sainteté.

► Sur ce sujet, lire aussi notre portrait de Aude et Josselin en direct du Vatican : « Avec les époux Martin, mettre la foi au cœur de notre couple »

Ainsi, les récits bibliques n’ont jamais omis de présenter des couples, juifs ou chrétiens, qui ont été des « justes », tels Tobie et Sara dans l’Ancien Testament, Priscille et Aquila dans le Nouveau, sans oublier le singulier destin de Marie et Joseph. La fidélité conjugale fait ainsi écho à l’amour de Dieu pour chacun. 

Une vie de prière régulière

Dans l’aventure des sociétés chrétiennes, l’Histoire a aussi canonisé, parfois un peu vite, des couples royaux, mis sur un piédestal pour légitimer les régimes en place.

Dans d’autres cas, la sainteté individuelle de l’un de ses membres a rejailli sur la vie de sa famille tout entière.

Les exemples du roi Louis IX (1214-1270), en France, ou de la reine Élisabeth (1207-1231), en Hongrie, sont évocateurs et ont frappé les esprits. Cette dernière, marquée par l’esprit franciscain, renoncera d’ailleurs, au moment de son veuvage, à tous ses privilèges pour se consacrer, tout entière, au service des plus pauvres. 

Transfiguration

Le couple que le pape François s’apprête à canoniser ne fait pas partie de ce monde-là. Ce sont des gens ordinaires qui ont assumé les joies et les peines d’une simple vie de couple et de famille.

Ainsi, Louis Martin (1823-1894) a dirigé une petite horlogerie-bijouterie à Alençon (Orne) et son épouse, Zélie, née Guérin (1831-1877), s’occupait d’une fabrique de dentelles.

Rien d’extraordinaire si ce n’est qu’au cœur de leur rencontre amoureuse, c’est une vie de prière régulière et une bienveillance mutuelle qui ont transfiguré leur humanité. De quoi traverser la vie malgré ses épreuves : ainsi, des neuf enfants qu’ils auront, quatre meurent en bas âge.

Un chemin d’humanité

Cinq filles deviendront religieuses, au carmel de Lisieux ou chez les visitandines de Caen (Calvados). Parmi elles, la petite dernière – et future sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus –, ne connaîtra sa maman que quatre années, puisqu’elle décède d’un cancer du sein.

Son papa lui survivra dix-sept années, mais finira ses derniers moments dans un hôpital psychiatrique. Dans les lettres qu’ils se sont échangées, l’amour de ce couple se dévoile avec simplicité : « Ton mari et vrai ami qui t’aime pour la vie », signe-t-il parfois.

Elle lui répond par un « Toute à toi », qui seront aussi les derniers mots qu’elle lui écrira. « La vie de famille est un chemin d’humanité et de sainteté, commente Mgr Boulanger, évêque de Bayeux et Lisieux (Calvados). Louis et Zélie se sont profondément aimés. Thérèse peut, en effet, dire : “ Aimer c’est tout donner et se donner soi-même ”, puisqu’elle l’a vu vivre chez ses parents. » 

Des existences rayonnantes

Si la reconnaissance de la sainteté des époux Martin est désormais officielle, d’autres demandes sont en cours.

Celle concernant Cyprien et Daphrose Rugamba est particulièrement touchante. Mgr Ntihinyurwa, évêque de Kigali (Rwanda), a officialisé la demande, le 17 septembre, pour ce couple tué en 1994, avec six de leurs dix enfants, au premier jour du génocide rwandais.

Mais bien avant leur martyre, leur vie commune rayonnait déjà. Cyprien (1935-1994), haut fonctionnaire estimé, doublé d’un musicien réputé, s’est réconcilié avec sa foi chrétienne après avoir rencontré Daphrose (1944-1994), sa future épouse.

Fondateurs de la communauté de l’Emmanuel au Rwanda, ils se sont engagés ensemble dans l’évangélisation des familles tout en accueillant des enfants de la rue.

Dans les derniers temps, Cyprien a régulièrement refusé d’entrer dans le jeu cynique des appels à la violence entre ethnies, se mettant ainsi lui-même en danger. Début avril 1994, la situation était devenue intenable : le couple avait passé la nuit précédant leur mort en prière, pressentant l’imminence d’événements graves.

Faire attention à l’autre

Et que dire des Italiens Luigi Beltrame Quattrocchi  (1880-1951) et de son épouse Maria, née Corsini (1884-1965), qui sont béatifiés depuis 2001 ?

Lui, juriste de formation, est un chrétien engagé, notamment dans le scoutisme italien naissant. Il résiste au fascisme ambiant en cachant volontairement des personnes poursuivies par le régime du Duce.

Son épouse, Maria, après des études de commerce, s’est engagée dans l’Action catholique et se consacre à l’éducation de leurs enfants, avec une intense vie spirituelle alimentée par une forte dévotion au Sacré-Cœur de Jésus.

« Avec quelle joie j’attendais, puis j’entendais Luigi mettre la clé dans la serrure, chaque fois bénissant le Seigneur de toute mon âme, racontait Maria en évoquant leur vie quotidienne. Nous avions alors des conversations sereines qui se faisaient joyeuses et espiègles, la main dans la main. »

Ce qui nourrissait cette attention à l’autre ? La fréquentation quotidienne de la messe et la prière du chapelet. Sans oublier leur retraite spirituelle mensuelle, en compagnie d’un moine bénédictin, le P. Schuster, lui-même béatifié par Jean-Paul II en 1996.

De quoi marquer aussi la quête spirituelle de leurs quatre enfants, qui deviendront prêtre diocésain, moniale bénédictine, moine trappiste et laïque consacrée.

Le 21 octobre 2001, trois d’entre eux ont pu assister à la béatification de leurs parents. Ce jour-là, on fêtait aussi le 20e anniversaire de l’exhortation apostolique Familiaris consortio   (1981). Un document qui concluait le travail du premier synode de l’histoire sur la famille.

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Paru le 18 octobre 2018

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