Un synode pour les familles du monde

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Lornalie et Owen Martir et leurs trois filles. La famille habite la ville de Bago (Philippines). © D.R.
Lornalie et Owen Martir et leurs trois filles. La famille habite la ville de Bago (Philippines). Lornalie et Owen Martir et leurs trois filles. La famille habite la ville de Bago (Philippines).
Lornalie et Owen Martir et leurs trois filles. La famille habite la ville de Bago (Philippines). © D.R.

A l’approche du Synode sur la famille qui débute le 4 octobre 2015 au Vatican, Pèlerin est allé à la rencontre de cinq familles sur chaque continent afin de connaître leurs attentes.

À propos de l'article

  • Créé le 29/09/2015
  • Publié par :Marie-Yvonne Buss, Gwénola de Coutard et Sophie Laurant
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6931, du 1er octobre 2015

Europe

Près d’un catholique sur quatre dans le monde vit en Europe. Bousculée par l’évolution des mœurs, la famille y adopte des formes nouvelles (concubinage, mariage homosexuel…) Un défi pour les pères synodaux, partagés entre fidélité doctrinale et bienveillance pastorale.

Maria, compagne de divorcé (Allemagne) : « Jésus n’a pas condamné la femme adultère »

« Notre rencontre a été un cadeau de Dieu : il nous a offert l’un à l’autre », s’anime Maria (à la demande de l’interviewée,les prénoms ont été changés), quinquagénaire, en couple avec Mathias. Un cadeau reçu, pour tous deux, après un parcours chahuté.

Elle, mariée en 1991, a divorcé vingt ans plus tard et obtenu la reconnaissance en nullité de son mariage. Lui, également divorcé, a lancé la procédure, qui n’a pas encore abouti.

« Le procès traîne : déjà deux ans et demi, contre dix-huit mois en moyenne, regrette Maria. Nous aurions préféré nous marier à l’Église avant, mais nous avons fini par nous installer ensemble », avoue-t-elle.

Ce qui revient à un concubinage avec un homme « marié », et donc un adultère selon le Catéchisme de l’Église catholique, l’excluant théoriquement de l’accès aux sacrements tant qu’elle ne s’abstient pas de relations sexuelles avec lui.

Ayant toujours travaillé dans le domaine de la pastorale diocésaine, Maria connaît bien « l’irrégularité » de sa situation, mais, « en conscience », elle a choisi de continuer à communier régulièrement, auprès de prêtres amis.

Elle suit avec attention l’actualité du synode, en espérant une « refondation de la théologie du mariage, et une réflexion profonde sur l’accompagnement de l’échec conjugal ».

Elle-même anime des week-ends pour des couples de divorcés remariés. « Ils ont besoin d’un espace où exprimer leur culpabilité et formuler une demande de pardon.

Ils veulent que leur deuxième union dure, et s’en donnent les moyens. Aujourd’hui, l’Église ne peut pas les bénir en couple : c’est pourtant leur désir », souligne Maria. Une aspiration qu’elle partage : « Que l’Église me dise, non pas que mon chemin a été bon ou mauvais, mais qu’il est en ordre désormais. Car, malgré ses mots durs et clairs sur l’adultère, Jésus a répondu à la femme qui devait être lapidée pour ce délit selon la loi : “Moi non plusje ne te condamne pas. Va et ne pèche plus”. »


Afrique

Dans ce continent immense qui compte plusieurs pays à forte densité catholique (RD Congo, Nigeria, Ouganda…), les situations familiales sont particulièrement hétérogènes. L’urbanisation et la scolarisation y modifient à grande vitesse les modèles éducatifs ancestraux.

famille africaine

Evariste et Chantal Zongo, mariés, trois enfants (Burkina Faso) : « Je veux que nos enfants pensent par eux-mêmes »

« J’ai horreur qu’on me désigne comme "chef de famille", un titre très prisé dans notre société encore patriarcale. Nous ne sommes pas ensemble pour essayer de dominer notre conjoint ! »

Evariste Zongo, 50 ans, est coordinateur de projets de développement dans le domaine de l’éducation et de la santé, au Burkina Faso. Avec sa femme, Chantal, 48 ans, directrice d’école, il tient à former un couple fondé sur « le partage des tâches ».

Un choix certes facilité par leur position sociale « privilégiée », mais qui n’a rien d’exceptionnel : à l’image de la famille Zongo, l’Afrique qui s’urbanise à grande vitesse compte de plus en plus de foyers urbains et éduqués. Evariste et Chantal sont ainsi très attentifs à la scolarité de leurs trois enfants, Alex (25 ans, étudiant en génie civil), Alexandra (19 ans, étudiante en droit) et Anouchka (10 ans).

« J’ai eu la chance d’avoir des parents qui comprenaient déjà l’importance des études. Eux étaient issus de familles de paysans et n’ont pu aller à l’école que grâce aux missionnaires », explique Evariste.

Pour l’éducation de leurs enfants, les Zongo ont choisi de dialoguer plutôt que d’imposer : « Nos frères et sœurs et nos amis ont pensé que nous étions irresponsables car ce n’est pas la coutume, s’amuse ce père de famille moderne. Mais ils reconnaissent que cela a plutôt marché puisque nos enfants réussissent. »

Sur le plan religieux également, Evariste n’a pas voulu forcer leur engagement : « Ils sont allés au caté mais nous ne les avons jamais obligés à pratiquer ou à s’engager dans des mouvements de jeunes. Résultat : ils nous accompagnent volontiers à la messe le dimanche, car ils se sentent libres de penser par eux-mêmes ! »

Evariste estime cependant que les changements intervenus en une ou deux générations sont énormes. « En ville, la polygamie n’existe presque plus.
Mais l’évolution la plus importante concerne la volonté générale des familles, à la campagne aussi, d’éduquer tous leurs enfants, y compris les filles. »

Malheureusement, les plus pauvres se heurtent au manque d’infrastructures scolaires et au coût des fournitures. « La misère est vraiment le premier problème des familles sur lequel le synode devrait se pencher, martèle-t-il. Car tous les autres débats semblent dérisoires et lointains lorsqu’on a le ventre vide. » 


Amérique du Nord

Les catholiques nord-américains (20,4 % de la population aux États-Unis, 38,6 % au Canada) ont accueilli avec joie le pape François. Mais les divergences restent fortes entre les fidèles, notamment sur les questions éthiques (avortement, mariage homosexuel) et sociétales (écologie, libéralisme économique).

famille américaine

Famille Cushing, Philadelphie (États-Unis) : « Utiliser les nouvelles technologies au service du bien commun »

Le nez devant son iPhone, Cara, 15 ans, lui dicte à haute voix sa date de naissance. Siri, le logiciel parlant intégré à ce « téléphone intelligent », ne tarde pas à lui répondre en lui indiquant le jour de la semaine où elle est née. Cette jeune fille trisomique, seconde d’une fratrie de trois adolescents, utilise ce compagnon de chaque instant pour écouter sa musique favorite, noter des listes, ou encore poster sur Internet des photos de ses proches.

« Il l’aide à bien articuler et à entretenir des relations : à chaque publication, elle obtient des dizaines de commentaires », sourit sa mère, Donna, 55 ans. Elle-même fut la première à posséder un smartphone, offert par son mari avec la complicité de ses deux autres enfants.

Depuis, la sœur de Donna et même sa mère, qui vivent aussi sous le toit de cette grande maison de la banlieue de Philadelphie, ont suivi le mouvement. À presque 84 ans, la grand-mère garde ainsi le contact avec tous ses petits-enfants.

Pour Anna, 17 ans, et Colin, 13 ans, l’iPhone sert principalement à continuer les conversations qu’ils ont commencées avec leurs amis quelques heures auparavant à l’école. Même à table, difficile pour eux de retenir les coups d’œil à leurs écrans… À cette vie de famille connectée, Donna et son mari Michael ont voulu apporter quelques garde-fous.

« Nous utilisons des logiciels de contrôle parental et nous inspectons les téléphones de nos enfants à leur insu. Il faudra réajuster cette pratique pour préserver leur intimité quand ils grandiront mais, pour l’instant, nous voulons les protéger au maximum des images violentes ou pornographiques. C’est tellement difficile d’élever des enfants dans une société qui véhicule tant de messages contraires à la foi catholique », expliquent-ils.

Conscients des conditions de fabrication discutables de ces bijoux de technologie, et des appels du pape François à une consommation responsable, ils attendent, entre autres, de l’Église, qu’elle les aide dans leur mission d’éducateurs en les soutenant et les éclairant « pour utiliser ces outils au service du bien commun ». Car, souligne Donna, « à celui qui a beaucoup reçu, il sera demandé beaucoup, dit l’Évangile ».


Amérique latine

Avec 432,4 millions de fidèles, le  continent sud-américain vient en tête des contrées catholiques. Originaire d’Argentine,  le pape reconnaît sa vitalité, et souligne la richesse de la piété populaire. Mais dénonce aussi le poids des contraintes économiques (migrations, pauvreté) sur la vie des familles.

famille amérique latine

Fabiana et Marcio, parents de 3 enfants, Rio de Janeiro (Brésil) : « Avoir une structure familiale solide est fondamental ici »

Sur le chemin pour arriver chez elle, Fabiana, 37 ans, s’arrête à un croisement et indique le bout d’une route : « La semaine dernière, il y a encore eu des tirs entre la police et les trafiquants, là. » Une situation presque banale.

Elle habite avec son mari, Marcio, et leurs deux enfants, Vinicius, 15 ans, et Guilherme, 5 ans, à Nova Holanda, l’une des favelas les plus dangereuses de Rio de Janeiro. Thaïs, leur fille aînée âgée de 23 ans, s’est mariée en janvier dernier et habite avec son mari chez sa belle-mère dans le même quartier.

Ils sont réunis tous les cinq aujourd’hui dans le salon. Fabiana a préparé un gâteau à l’aipim, le manioc brésilien. Après avoir longtemps vécu chez la mère de Fabiana, faute de moyens, le ménage a réussi à acheter cet appartement il y a quatorze ans.

« Nous avons travaillé toute notre vie pour acquérir tout ça », glisse fièrement la mère de famille, balayant du regard les trois canapés du salon et la télé à écran plat. Comme beaucoup de Brésiliens, la famille de Fabiana a accédé à la classe moyenne et vit aujourd’hui sans peur du lendemain.

Mais élever des enfants dans un climat de violence permanente reste un défi quotidien pour le couple. Ici, la drogue, l’alcool et les « vices » sont plus faciles d’accès qu’ailleurs : « Nous sommes obligés de faire très attention aux activités de nos enfants, aux gens qu’ils fréquentent, explique Marcio. Les jeunes qui tombent dans le trafic de drogue, on en voit souvent. »

Pour lui, une seule protection : « Avoir une structure familiale solide. C’est fondamental. » Grâce à leur foi, la cohésion de la famille s’est renforcée ces dernières années. Marcio et Fabiana s’étaient mariés catholiquement mais n’étaient pas vraiment pratiquants. Ils ont trouvé la foi il y a treize ans, quand Thaïs a commencé la catéchèse. Depuis, ils ont fait leur confirmation et se sont engagés très activement dans leur paroisse, Jésus de Nazaré.

Leur croyance les a aidés à renouer le dialogue entre eux et à offrir « un socle, une base d’éducation » à leurs enfants. « On prie, on lit des textes ensemble », assure Fabiana, qui rappelle que cette année Vinicius prépare sa confirmation. Selon elle, l’Église doit continuer à promouvoir le modèle traditionnel de la famille : « C’est la base de notre société. »


Asie

Aucune commune mesure entre les Philippines, très majoritairement catholiques (81,4 % de la population), et l’Inde ou l’Indonésie, où moins d’un habitant sur 100 est catholique. Pauvreté et émigration économique sont cependant des réalités partagées, qui pénalisent le lien familial.

famille synode

Lornalie Montanez Martir, mariée, trois enfants (Philippines) : « L’Église doit accompagner les familles de manière réaliste »

« Cela fait trois ans et dix mois que je vis loin des miens. » Comme nombre de ses compatriotes, Lornalie Montanez Martir a dû quitter les Philippines pour trouver un poste rémunéré à la hauteur de ses compétences.

Coordinatrice médicale, cette mère de famille de 40 ans travaille dans un centre militaire saoudien, et ne retrouve son foyer qu’une fois par an, pour un mois de vacances.

« S’expatrier est une décision difficile, admet-elle. Je l’ai prise pour des raisons financières. Comme parent, on veut toujours le meilleur pour ses enfants.
Nous avons choisi d’assurer leur avenir. »

Les trois filles de Lornalie et d’Owen, professeur d’université, ont aujourd’hui 10, 11 et 16 ans. « Je leur parle presque chaque jour via Skype. Cela me permet d’être au courant de leurs besoins.

Même si c’est mon mari et une “nanny” qui prennent concrètement le relais à la maison, je ne me considère pas du tout comme une mère virtuelle », poursuit Lornalie. Les enfants sont scolarisés dans le même établissement privé que leur père.

Ils y bénéficient d’une instruction religieuse assurée par la congrégation des Augustins récollets, un atout non négligeable aux yeux de Lornalie : « L’école renforce la foi catholique que nous essayons de transmettre à nos filles. Nous ne sommes pas une famille  parfaite mais, comme beaucoup de Philippins, notre plus grand désir est d’élever nos enfants dans un foyer aimant où l’on respecte Dieu. »

Pour sa part, concède la jeune femme, conserver une pratique religieuse en
Arabie saoudite n’a rien d’évident : « À l’endroit où j’habite, c’est complexe. Mais la foi reste pour moi très importante. »

Du synode, et du pape François en particulier, elle attend beaucoup : « Je compte sur lui pour inciter l’Église à répondre de façon pertinente et réaliste aux besoins des familles d’aujourd’hui, y compris celles qui sont bousculées par l’émigration de l’un des époux. »

Rester fidèle à ses engagements, à la fois dans son foyer et dans l’Église, est une lutte « difficile », insiste la jeune femme, qui conclut lucidement : « Quand la dynamique des relations familiales est aussi lourdement affectée, il faut un accompagnement véritable. »


 A lire

Notre dossier de 13 pages  « Un synode pour les familles du monde » dans Pèlerin n° 6931, du 1er octobre 2015.

dossier synode

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Paru le 18 octobre 2018

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