Être une famille catho aujourd’hui

agrandir Marie-Alix, Amaury et trois de leurs filles.
Marie-Alix, Amaury et trois de leurs filles. © DR
Marie-Alix, Amaury et trois de leurs filles.
Marie-Alix, Amaury et trois de leurs filles. © DR

Alors que le pape s’apprête à participer à la rencontre des familles à Philadelphie les 25 et 27 septembre 2015, Pèlerin donne la parole à quelques-unes d’entre elles pour qui la foi catholique fait partie de l’aventure quotidienne. Certaines sont déjà connues de nos lecteurs puisqu’elles ont commenté l’évangile dans le livret Croire +.

À propos de l'article

  • Créé le 22/09/2015
  • Publié par :Dominique Lang
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6930, du 24 septembre 2015

C’était en juin dernier. Pauline, quatrième fille d’Amaury et de Marie-Alix (tous deux trentenaires), pointait le bout de son nez. Un moment inoubliable de plus à rajouter à l’aventure, peu commune, que vit cette famille.

Depuis trois ans, en effet, avec le soutien de l’association Le Rocher, ils ont décidé de partager la vie des habitants de ce quartier populaire et multiculturel du nord de Marseille (Bouches-du-Rhône).

Un choix qui s’est imposé à eux du fait même de leur enracinement chrétien. Une manière aussi de rappeler à leurs amis que leur catholicité est bien plus qu’une simple identité sociologique.

En vivant ici, comme chrétiens au milieu de nombreuses familles musulmanes notamment, nous nous mettons simplement au service de tout le monde, sans distinction. Et nous voyons bien à quel point cela étonne les gens

→ confie Amaury, intarissable sur leur quotidien (Ceux du 11e étage, carnet de bord d’une famille catho en cité HLM, Ed. du Cerf, 208 p. ; 18 €).

Un sens de l’universalité qui traduit bien ce que veut dire le mot « catholique ». « Mais pour autant, je ne me sens pas citoyen du monde, poursuit le jeune papa. J’habite à Marseille. Je vis en France. Et ce sont là mes racines. À partir de là, en partageant le quotidien d’hommes et de femmes issus d’autres cultures, nous nous enrichissons d’une manière incroyable. »

Vivre et communiquer l’espérance chrétienne

Pour Françoise et Pascal (64 et 68 ans, photo), couple de retraités installé dans un petit pavillon au sud de Paris, c’est le désir de la rencontre qui marque notamment le caractère catholique de leur vie de famille.

Avec une question récurrente, pour l’un et pour l’autre : « Comment mener une existence où l’espérance chrétienne se vit et se communique, plutôt que de se complaire dans des atermoiements sur un passé révolu ou sur un avenir qui fait peur ? »

Mais, au fait, chrétienne ou catholique, cette espérance ? « Si je me sens d’abord spontanément chrétienne, confie Françoise, je sais aussi que c’est par l’Église catholique que j’ai reçu l’Évangile. »

De fait, la parole de Dieu est bien au cœur de leurs engagements respectifs. Pour Françoise, c’est par l’écoute et l’accompagnement vécu au sein de la Communauté de vie chrétienne (CVX) qu’elle l’expérimente.

Pascal, engagé dans une équipe de préparation de funérailles dans sa paroisse, apprécie les rencontres simples et essentielles qu’il peut y vivre avec des familles en deuil. Dans ces lieux d’église et d’humanité, l’un et l’autre pensent souvent à la remarque de Jésus : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 8, 21).

Alors, facile à vivre, la vie d’une famille catholique ? Pour Benoît et Camille (35 et 29 ans), les difficultés sont d’abord celles de toute vie de famille ordinaire. « Ce n’est pas notre foi catholique qui fait débat entre nous. Bien au contraire », confient ces jeunes parents de quatre garçons, installés dans un petit village de l’Eure-et-Loir.

« Car cette foi commune est d’abord un trésor à vivre », explique Camille, qui est aussi enseignante de musique. Du coup, la question de sa transmission ne paraît pas insurmontable :

Nous avons besoin d’aller avec nos enfants à la messe, chaque dimanche. Tout comme cela nous semble indispensable de prier en famille, tous les jours. 

 Il faut dire que, s’étant rencontrés dans un groupe des fraternités franciscaines, ils en ont gardé les bonnes habitudes. Une retraite spirituelle en famille, par exemple, chaque année durant les grandes vacances.

Sans oublier une manière d’être au quotidien : « Parler de notre lien personnel à Jésus ou de notre communion avec les saints nous est vraiment naturel, à Benoît et à moi. Nous aimons aussi accueillir régulièrement des amis prêtres à la maison. » Des attentions qui témoignent, sans grands discours, de la dimension spirituelle de leur vie commune.

La prière au soutien de l’engagement

Cette vie de prière est aussi un précieux soutien pour le couple vivant à Marseille. « Par cet engagement vécu ici, nous avons redécouvert les bienfaits pour notre famille d’une vie de prière régulière et intense », racontent, encore surpris, Amaury et Marie-Alix.

De quoi renouveler en profondeur la relation que chacun entretient avec le Christ. Le ressourcement quotidien dans l’eucharistie ou la prière silencieuse, quand il est possible, aide ainsi « à se mettre à l’écoute de ce que Dieu veut pour nous ». Cela passe par des décisions très pratiques : « Après réflexion, nous avons décidé de scolariser nos enfants dans le quartier. Cela leur a ouvert les yeux sur des formes de pauvreté que nos filles n’auraient jamais rencontrées autrement : en rentrant de leurs vacances au soleil cet été, passées au bord d’une piscine dans la maison des grands-parents, nos filles ont découvert que certains de leurs amis n’avaient pas quitté leur HLM de tout l’été. »

couple famille catho

Pour Pascal et Françoise (photo © Pauline Le Goff), qui, ont eux, de grands enfants en train de fonder leurs propres familles, c’est aussi l’étonnement devant ce que recouvre l’idée d’une famille « catholique » qui s’impose à eux.

« Je me souviens d’avoir pris conscience de cela lors d’un accompagnement spirituel vécu dans une paroisse, se souvient Françoise. J’ai rencontré là une jeune femme originaire du Bangladesh dont le mariage catholique avait été arrangé. »

Une rencontre qui l’a fait beaucoup réfléchir sur les situations de vie particulières que l’on trouve désormais dans la société et dans nos communautés chrétiennes : familles monoparentales ou recomposées, couples divorcés remariés ou homosexuels, personnes confrontées au veuvage ou à un célibat non choisi.

« À quelle charité nouvelle ces situations nous invitent-elles au nom de l’Évangile ? » s’interroge Françoise. Pour avancer, elle essaye, désormais, de toujours parler « des » familles, au pluriel, pour respecter cette pluralité de fait. Une première conversion dans le regard, qui en appelle beaucoup d’autres, au sein des communautés chrétiennes.

Pascal et Françoise savent que leurs propres enfants ne reproduisent pas toujours, dans leurs couples, le modèle catholique qu’ils ont connu dans leur enfance.

« Mais quand nos jeunes prennent soin les uns des autres, ne font pas de l’argent le bien le plus précieux, respectent la relation à autrui, etc., nous nous disons que quelque chose de l’esprit de l’Évangile vit bien en eux. »

Et il y a toujours ces instants où, dans un échange anodin avec l’un ou l’autre, la question de la foi chrétienne rejaillit, témoignant de la quête intérieure qui se poursuit chez chacun. « À nous de témoigner, à ce moment-là, de la cohérence qu’elle a toujours donnée à notre vie de famille. »

Pour Benoît et Camille, qui ne sont encore qu’au début de leur aventure familiale, la foi est aussi un soutien de chaque instant.

Savoir que notre vie ne s’arrête pas à la mort et que nous sommes faits pour la vie éternelle nous donne une grande paix intérieure. 

Et de rajouter, confiants : « Nous aimerions tellement que le prochain synode souligne la grâce, le cadeau immense qui nous est fait de pouvoir croire en Dieu. Vivre et témoigner de notre foi, c’est simplement laisser couler hors de nous ce bonheur que nous recevons du Père qui nous aime tant. » 



Les familles et le pape François

meditations-sur-la-famille

35 textes du cardinal Bergoglio. Et 130 autres de celui qui est devenu, depuis, le pape François. L’ouvrage, publié par les éditions Bayard, est une mine pour découvrir la pensée du pape argentin sur la vie des familles aujourd’hui. Dans ce style si caractéristique du pasteur attentif qu’il est, le pape François appelle sans cesse les communautés chrétiennes à se convertir à la miséricorde de Dieu pour chacun.

Méditations sur la famille, Ed. Bayard, 650 p. ; 22,90 €.


Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 20 septembre 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières