Emmanuel Macron aux Bernardins : L’Église et la République réconciliées

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Emmanuel Marcron, président de la République et monseigneur Michel Aupetit, archevêque de Paris, au collège des Bernardins. © Ludovic Marin / Pool / AFP
Emmanuel Marcron, président de la République et monseigneur Michel Aupetit, archevêque de Paris, au collège des Bernardins.
Emmanuel Marcron, président de la République et monseigneur Michel Aupetit, archevêque de Paris, au collège des Bernardins. © Ludovic Marin / Pool / AFP

9 avril 2018, au collège des Bernardins, à Paris : la rencontre entre les forces vives de l’Église catholique et le président de la République fera date. Dans un discours fleuve, Emmanuel Macron a réaffirmé la laïcité comme un espace de libre expression dans la société, et a invité les catholiques à s’engager. Analyse.

À propos de l'article

  • Créé le 11/04/2018
  • Publié par :Christophe Henning
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7064 du 19 avril 2018

C’est une rencontre unique, non seulement dans le calendrier mais surtout par les accents solennels de réconciliation et d’estime réciproque. Tous ceux qui comptent parmi les responsables catholiques ont patiemment écouté Emmanuel Macron, découvrant un autre ton, une autre manière de respecter la laïcité, un président ouvert à la transcendance et prêt au dialogue.


« Nous avons, vous et moi bravé, les sceptiques de chaque bord », a souligné Emmanuel Macron.

Il était temps : le passif était de taille. En répondant à l’invitation de l’Église catholique, le président de la République, dans un discours charpenté et engagé de plus d’une heure, a profondément redéfini le lien de l’Église et de l’État.

C’est ce qu’il annonçait d’entrée de jeu, prenant à témoin Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France, qui intervenait en début de soirée.  « Nous avons, vous et moi bravé, les sceptiques de chaque bord, a souligné Emmanuel Macron, et si nous l’avons fait, c’est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et qu’il nous importe de le réparer. »


La rencontre est plus que symbolique, car c’est le retour solennel à l’esprit de la loi de 1905

Dont acte, avec au passage, un coup de griffe à ses prédécesseurs : « Un président de la République prétendant se désintéresser de l’Église et des catholiques manquerait à son devoir. » La rencontre est plus que symbolique, car c’est finalement le retour solennel à l’esprit de la loi de 1905 : « La laïcité n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens », rappelle Emmanuel Macron. En acceptant cette rencontre, il a pris des risques, et les réactions des vieux grognards d’une laïcité étriquée n’ont pas tardé à se faire entendre...

Pour autant, sûr de son fait et garant de la liberté de croire – ou pas –, le président voulait rendre aux catholiques leur juste place dans la société : « Il ne me semble ni sain, ni bon que le politique se soit ingénié soit à les instrumentaliser, soit à les ignorer. » Et si le chef de l'État rappelle le rôle historique qu’a pu jouer le catholicisme, il se tourne résolument vers une nouvelle manière à inventer : « Ce ne sont pas les racines qui nous importent, car elles peuvent aussi bien être mortes. Ce qui importe, c’est la sève », insistait-il dans son allocution aux accents lyriques.


le chef de l'État rappelle le rôle historique qu’a pu jouer le catholicisme mais prône un « humanisme réaliste ».

Une fois reconnu la légitimité de l’Église dans le débat public, il faut bien aborder les « sujets qui fâchent ». Dans son intervention, Mgr Pontier, archevêque de Marseille, avait notamment mis l’accent sur les questions de bioéthique et l’accueil des migrants. « Ces sujets mobilisent notre part la plus humaine », lui répond Emmanuel Macron, qui rappelle immédiatement les conditions d’une politique gouvernementale entre « la nécessité humaine d’accueillir et celle, juridique, d’héberger et intégrer ». En clair, le président prône un « humanisme réaliste » assumé, et fait appel, tout comme pour les questions familiales, à « l’expérience du réel ». « Là aussi, il faut trouver la limite car la société est ouverte à tous les possibles, mais la manipulation et la fabrication du vivant ne peuvent s’étendre à l’infini ».


Et le président de demander trois dons à l’Église.

A travers les auteurs cités, les envolées humanistes, le président, scolarisé chez les jésuites et compagnon de Paul Ricœur, ne craint pas de dévoiler un tant soit peu sa parenté intellectuelle et même spirituelle : « Nos contemporains ont besoin, qu’ils croient ou ne croient pas, d’entendre parler d’une autre perspective sur l’homme que la perspective matérielle. Ils ont besoin d’étancher une autre soif, qui est une soif d’absolu. »

Lire aussi l'analyse de Mgr Philippe Bordeyne, recteur de l'Institut catholique de Paris.

Et le président de demander trois dons à l’Église qui en est donc, à ses yeux, dépositaire : le questionnement, la sagesse et la liberté. Mais il réquisitionne aussi les catholiques en les invitant à s’engager : « Je crois que la politique a besoin de l’énergie des engagés, de votre énergie (…) pour faire exister dans le réel les principes fondamentaux qui structurent la vie morale. (…) Ne restez pas au seuil, ne renoncez pas à la République que vous avez si fortement contribué à forger ; ne renoncez pas à cette Europe dont vous avez nourri le sens ».


 Le courant est bien passé, révélant une complicité inédite.

De l’avis général, le courant est bien passé, révélant une complicité inédite. Certes, une année après l’élection du jeune président, il n’échappe à personne qu’il est aussi venu chercher du renfort ou apaiser les craintes, alors que les dossiers lourds s’annoncent, loi de bioéthique et la gestion de la crise migratoire, pour ne citer que ces deux chapitres brûlants.


Reste à espérer que ce n’est que le début d’un dialogue constructif.

Mais la profession de foi d’Emmanuel Macron dépasse largement l’unique préoccupation politicienne ou le seul cadre catholique. Sa vision de la laïcité, affirmée avec conviction, remet en selle toutes les obédiences et devrait permettre à tous – y compris aux catholiques -, d’intervenir sereinement dans le débat public. La forme solennelle de cette rencontre n’a pas à être forcément copiée : reste à espérer que ce n’est que le début d’un dialogue solide et constructif.

Lire aussi les extraits du discours

Vidéo de la soirée des Bernardins, avec les discours de Mgr Pontier et du président de la République

 

Vos commentaires

2 Commentaires Réagir

LE FLATTEUR VIT AUX DEPENS DE CELUI QU4IL FLATTE ....

DE VAUDICOURT 12/04/2018 à 08:40

BONJOUR, C'est beau de "faire des ronds de jambe" aux BERNARDINS ... en quelque sorte une allégeance. Histoire de se mettre la hiérarchie dans la poche ? Seront-ils dupes nos évêques et autres décideurs de la catholicité ? Car malgré de ... lire la suite

Église et etat

penelope 11/04/2018 à 20:31

L’Église se réjouit de la rencontre avec Macron, cependant rien n’est changé. C'est même pire. il flatte, congratule, fait un mea culpa. Cependant ce monsieur demande à l’Église de faire de la politique (alors que très longtemps on lui a demandé de ... lire la suite

Paru le 18 octobre 2018

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