Ismaël Saidi : "Malgré l’horreur nous allons vers le mieux"

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Avec son spectacle Djihad, Ismaël Saidi espère susciter le dialogue. © Frederic Sierakowski/Isop/SIPA / SIPA
Avec son spectacle Djihad, Ismaël Saidi espère susciter le dialogue.
Avec son spectacle Djihad, Ismaël Saidi espère susciter le dialogue. © Frederic Sierakowski/Isop/SIPA / SIPA

À l’adolescence, ce musulman de Bruxelles a connu la tentation d’un islam djihadiste. À 39 ans, après quinze ans passés dans la police belge, devenu écrivain et scénariste, il a écrit Djihad.*

Pèlerin : Djihad met en scène trois « bras cassés » qui partent pour la Syrie…
Ismaël Saidi : J’aurais pu être l’un d’eux et, grâce à cela, beaucoup de jeunes se reconnaissent dans mes personnages… Sans prétendre éradiquer l’islamisme, cette pièce leur permet d’avoir une parole et de rencontrer quelqu’un comme moi qui a traversé les mêmes difficultés.

► Vidéo. "Djihad", la pièce : un pari réussi. Source: Euronews.

 

Vous avez reconnu des copains de classe sur des photos de djihadistes…
I. S. : Et à chaque fois je me suis demandé : "Pourquoi lui et pas moi ?" Là-dessus, je n’ai pas de réponse…

À l’adolescence, vous traversez une terrible crise d’identité…
I. S. : L’adolescence, c’est dur pour tout le monde. Mais en plus, je me suis demandé : « Qui suis-je ? D’où je viens ? » À la maison, on me parle d’un Dieu. À l’école catholique, on me parle d’un autre ! J’ai été déchiré par un schisme, une vie coupée en deux.

Cette douleur, vous l’apaisez en fréquentant des prédicateurs venus d’Arabie saoudite…
I. S. : Ils utilisent des mots qui portent. Ils nous disent « Regardez comment on vous traite ! » ou encore : « Ici, vous ne servez à rien » et nous proposent d’aller étudier le Coran au Pakistan, l’antichambre de l’Afghanistan. Déjà une filière ! Quant à leur littérature, la seule disponible, c’est « Nous contre eux », un monde en noir et blanc. Pourtant, ayant grandi en Belgique, je savais que je faisais aussi partie des « autres »

Sauf lorsque vous fréquentez ce collège bruxellois à majorité musulmane…
I. S. : Là, dans cet « entre nous », j’ai éprouvé l’impression dangereuse d’une identité protégée. On s’y enfonce, on s’y sent bien. Heureusement, un changement d’école a brisé cet enfermement que recherchent aussi les gens d’extrême droite.

Comment cela ?
I. S. : Ils ont peur de voir leur identité diluée à cause des « envahisseurs » que nous sommes. Or, nos parents ont éprouvé cette même crainte : celle de voir leurs enfants devenir – du fait du monde extérieur – autre chose que des musulmans. Aujourd’hui, l’identité unique n’existe plus. Nous devons assumer des identités multiples.


Je suis un Belge musulman de culture judéo-chrétienne ! Je fête le ramadan et mes yeux brillent à Noël.

Il m’arrive même d’aller me recueillir dans une église…

Que diriez-vous à vos anciens copains enfermés dans le djihadisme ?
Reviens ! Tu t’es fait avoir ! On t’a menti ! Quand on lit le Coran, on s’aperçoit qu’il prêche les mêmes valeurs universelles que la Torah : une vie digne, dans la justice et la tolérance. Les passages violents, comme ceux de la Bible, sont liés à l’histoire… Croire en Dieu, c’est une recherche. C’est se débarrasser des certitudes que nous vendent les radicaux.

Allons-nous sortir de l’horreur ?
I. S. : Les terroristes ont perdu toute humanité. Moi, je continue à y croire. Grâce à ma foi, je sais que, malgré l’horreur, nous allons vers le mieux.

* Éd. La boîte à Pandore, 208 p. ; 7,90 €.

Djihad est aussi une pièce destinée à susciter le débat.

Prochaine représentation le 15 avril, à 13 h 15, au lycée de la Plaine de Neauphle, 3 place Naguib-Mahfouz, Trappes (Yvelines).

À lire aussi : Les aventures d’un musulman d’ici, 181 p. ; 17,90 €.

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Paru le 6 décembre 2018

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