Michael Lonsdale, comédie : "Le film Des hommes et des dieux réveille le meilleur de l’'homme"

agrandir « Le film Des hommes et des dieux réveille le meilleur de l’'homme »
« Le film Des hommes et des dieux réveille le meilleur de l’'homme » © Pascal Bastien/fedephoto
« Le film Des hommes et des dieux réveille le meilleur de l’'homme »
« Le film Des hommes et des dieux réveille le meilleur de l’'homme » © Pascal Bastien/fedephoto

Éblouissant dans le film de Xavier Beauvois Des hommes et des dieux, le comédien Michael Lonsdale nous confie ses convictions d'homme de foi.

À propos de l'article

  • Créé le 05/06/2013
  • Modifié le 05/06/2013 à 12:00
  • Publié par :Joséphine Lebard
  • Édité par :Marine Bisch

Pèlerin : « Effrayant », c'’est le mot que vous avez employé pour qualifier le succès de Des hommes et des dieux…. Quel paradoxe !
Michael Lonsdale : Ce n'est « effrayant » que dans ma vie personnelle. Je ne cesse d'être sollicité depuis la sortie du film. On me demande de préfacer des livres. On me propose des invitations à dîner. Il n'y a pas très longtemps, j'ai reçu vingt-cinq coups de téléphone dans la même journée... Mais, bien sûr, pour le film lui-même, je trouve l'accueil du public formidable !

Vous avez souvent incarné des ecclésiastiques au cinéma. Ce tournage avait-il quelque chose de particulier ?
Les prêtres, les moines que j'ai joués étaient des êtres de papier. Or, avec Des hommes et des dieux, nous nous attaquions à du vécu. Notre souhait était de ne pas trahir et de ne pas défigurer les caractères de ceux que nous incarnions. Pour moi, frère Luc est comme un ami.

À vos yeux et avec le recul, que dit le succès exceptionnel du film de Xavier Beauvois sur les attentes du public ?
Des hommes et des dieux parle de paix, de prière, d'amour, de musique. Donc, d'autre chose que du rythme effréné de nos vies. Il rompt radicalement avec ce que nous offrent nos écrans : des clips ou des histoires de meurtres.

Ce sont de vraies drogues que ces images-là ! Le film a, à l'évidence, touché la part humaine, la soif de sens, que chacun porte en lui. Il réveille le meilleur de l'homme et montre que le partage et le respect entre les peuples, les religions différentes, sont possibles.

Le film a été tourné au Maroc, la terre où vous avez grandi. Avez-vous été ému par ce retour au pays de votre enfance ?
Le Maroc a été très important pour moi. C'est mon pays d'adoption. J'y ai vécu à partir de 1940, de 9 à 19 ans. Nous ne devions y séjourner que six mois, mais la guerre en a décidé autrement. Ce pays, c'est toute mon adolescence... Me reviennent en tête l'éblouissement dû à la lumière, la chaleur, la gentillesse des Marocains...

Nous habitions une petite maison à Setat, sur la route de Marrakech, qui résonnait de bruits et de chants. Ma mère allait tout le temps chez la voisine et moi, je jouais avec les enfants, dans la rue. J'étais jeune et très sensible et chaque sensation s'imprimait en moi avec une force extraordinaire.

C’'est aussi au Maroc que vous avez rencontré Dieu pour la première fois…...
Oui, j'avais alors 15 ans. C'est un artiste musulman qui m'a touché dans sa façon de parler de la grandeur de Dieu. À la maison, il n'en était pas tellement question. Ma mère ne conservait pas un bon souvenir de sa scolarité chez les sœœurs... Elle avait néanmoins gardé Dieu dans son cœœur.

À Paris, après que nous fûmes rentrés en France, une de ses amies m'a parlé des Ateliers d'art sacré, place Furstemberg (VIe arrondissement). J'y ai rencontré des dominicains formidables. Et puis j'ai croisé la route du P. Régamey, qui dirigeait L'art sacré. Cette revue plaidait pour un art chrétien véritable, loin des « bondieuseries ». Il est devenu mon père spirituel.

Vous êtes né le jour de la Pentecôte. Un joli hasard que vous interprétez volontiers comme un signe. En avez-vous reconnu d’'autres au fil de votre vie ?
Dieu m'en a adressé un quand je l'ai appelé au secours. C'était en 1986, j'avais perdu beaucoup d'êtres chers parmi mon entourage. Des deuils auxquels je n'étais pas préparé. Je ne voulais plus vivre. Pourtant, j'ai trouvé la force de dire : « Seigneur, sauve-moi ! Dis-moi quelque chose et je ferai ce que tu me diras. »

Le lendemain, mon parrain passe me voir. Une visite imprévue. Il s'inquiète de mon état et me propose de me joindre à un groupe de prière à Saint-François-Xavier. J'en pleurais presque de joie.

Vous avez rejoint le Renouveau charismatique. Pour quelle raison ?
Chacun reçoit l'appel de Dieu de façon différente. Personnellement, je me suis rendu à des journées de guérison, organisées par le P. Tardif. J'y ai vu des malades retrouver goût à la vie.

Plus généralement, j'aime cette façon de prier ensemble, pour les autres. J'éprouvais des difficultés à prier en solitaire. Ces groupes ont servi de déclencheur. On a prié pour moi. J'ai prié pour les autres. Désormais, la prière surgit, spontanément. N'importe où : dans le métro, pendant un déjeuner. Dans la beauté et le partage.

Les croyants sont-ils nombreux dans le milieu du théâtre et du cinéma ?
Il en est truffé mais, encore récemment, cela ne se disait pas trop. Je me souviens qu'il y a vingt ans, quand j'abordais le sujet, je me faisais rembarrer. Aujourd'hui, c'est plus facile. Mais, vous savez, qu'ils soient croyants ou non, tous les grands artistes sont préoccupés par l'idée de Dieu.

La romancière et réalisatrice Marguerite Duras me disait : « Je ne crois pas en Dieu, mais j'en parle tout le temps. »

L’'art permettrait donc d'’entrevoir Dieu ?
L'art répond à un besoin de beauté et d'émotion. C'est une transposition de la vie, qui tend à nous montrer l'invisible. Cette capacité de sentir et de pressentir est présente chez beaucoup d'artistes. Quant à moi, je suis toujours heureux quand je peux témoigner. J'ai monté des spectacles spirituels sur saint Bernard, sainte Thérèse de Lisieux ou saint François d'Assise.

Là, je travaille autour de Sœœur Emmanuelle. Elle n'hésitait jamais à jeter un pavé dans la mare et à bousculer les gens. Je me souviens d'un déjeuner, à Paray-le-Monial, en Bourgogne. Nous étions là, dans ce lieu magnifique et, soudain, Sœœur Emmanuelle demande à nos hôtes : « Et sinon, vous, la pauvreté, vous la vivez comment ? » Je peux vous dire que ça a jeté un froid !

Quel regard portez-vous sur le monde ? Vous tenez-vous à l’'écart de son bruit ?
Non, je ne vis pas en reclus ! Je lis les journaux et j'écoute la radio quotidiennement. J'aime savoir ce qui se passe dans le monde, même si, parfois, l'avalanche de mauvaises nouvelles m'atteint comme tous les Français.

L'excès d'images catastrophiques, la dimension virtuelle que prennent trop de rapports humains, les conversations interminables sur Internet, ce n'est pas du partage ! La vraie vie, c'est espérer, se voir, se connaître !

Quelles sont vos raisons d'’espérer pour 2011 ?
Croire en la parole du Christ. Elle est, pour moi, la vérité absolue. Pour l'approcher, à nous de mettre en œœuvre son message.

■ Michael Lonsdale met en scène Sœœur Emmanuelle, le temps du plus grand amour. La pièce se joue dans la crypte de l’'église Saint-Sulpice (Paris VIe arrond.), du 16 décembre au 13 février 2013, du mardi au samedi à 20 h 30 et le dimanche à 15 h. Tarifs : 10 ou 15 €. Rés. : 06 79 22 38 59.

■ Le comédien a publié, en octobre, un recueil de florilèges, L’'amour peut tout (Éditions du Livre Ouvert, 32 p. ; 7,50 €€).

La biographie et la filmographie de l'acteur Michael Lonsdale.

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 10 janvier 2019

Notre Librairie

Voyages et croisières