Le juge Marc Trévidic : "Je ne lâcherai rien sur le dossier Tibhirine"

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Le juge Marc Trévidic : "Je ne lâcherai rien sur le dossier Tibhirine" © Bruno Levy
Le juge Marc Trévidic : "Je ne lâcherai rien sur le dossier Tibhirine"
Le juge Marc Trévidic : "Je ne lâcherai rien sur le dossier Tibhirine" © Bruno Levy

À 45 ans, Marc Trévidic, juge d'instruction au pôle antiterroriste du tribunal de grande instance de Paris, est considéré comme un des experts des filières islamistes. Il collectionne les dossiers sensibles, comme celui de l'assassinat des moines de Tibhirine. Dans un livre Au cœœur de l'antiterrorisme qui vient de paraître, il raconte ses combats.

À propos de l'article

  • Créé le 05/06/2013
  • Modifié le 05/06/2013 à 12:00
  • Publié par :Christophe Henning
  • Édité par :Marine Bisch

Pèlerin : Vous êtes chargé de l’'instruction des affaires terroristes, comme l'’assassinat des moines de Tibhirine. Où en est ce dossier ?
Marc Trévidic : L'enquête étant en cours, il m'est difficile d'en parler. Mais il ne s'est rien passé entre 1996 - date de l'assassinat des religieux - et fin 2003. Il n'y a pas eu d'instruction avant le dépôt de plaintes des parties civiles (une seule famille de moine et Dom Armand Veilleux, à l'époque numéro deux de l'ordre cistercien dont dépendaient les moines), en décembre 2003.

Ce retard pose d'énormes problèmes : une enquête menée tout de suite aurait apporté des informations très importantes. Par exemple, le fait de savoir si les frères ont été décapités avant ou après leur mort. C'est un point essentiel car, dans la tradition islamiste, la décapitation est un mode d'exécution (1). On aurait pu aussi recevoir beaucoup plus tôt des témoignages, notamment des islamistes repentis.

Avez-vous vu le film Des hommes et des dieux ?
Oui, et ce film, qui évoque un dossier qui me tient à cœœur, m'a touché. Alors qu'à l'époque, l'Algérie était en feu, ce long-métrage présente très peu de scènes de violence.

J'aime ce cinéma qui suggère plus qu'il ne montre. J'ai notamment apprécié une scène très forte : le pardon de Christian de Chergé, le prieur de la communauté, devant le cadavre d'un terroriste. Je regrette simplement que le film ne montre pas assez la vie des moines avec la population.

Irez-vous sur place, en Algérie ?
Il faudra bien, à un moment ou à un autre ! Mais il faut voir dans quelles conditions et pour quoi faire. J'aimerais entendre des personnes, mais je voudrais m'assurer des conditions des auditions.

Dans ce dossier, comme dans les autres, êtes-vous sensible aux familles des victimes ?
Bien sûr ! Quand les affaires sont compliquées, qu'elles touchent à des relations entre États, si les familles ne s'intéressent pas à l'instruction, comment le juge peut-il trouver une raison d'agir ? Bien sûr, il y a la recherche de la vérité.

Mais quand il existe des personnes qui, elles aussi, ont envie que le dossier avance, c'est précieux. Il y a eu douze autres religieux victimes du terrorisme en Algérie entre 1994 et 1996. Aucun proche n'a porté plainte ; il n'y a donc pas d'enquête. Y aurait-il une dimension de martyre qui justifierait qu'on puisse accepter la mort violente des religieux ?

Au cœœur de l’antiterrorisme, Éd. JC Lattès, 405 p. ; 19,50 €€.

(1) Une décapitation post mortem accréditerait la thèse d’une bavure maquillée de l’'armée algérienne, qui aurait tiré sur les terroristes, tuant du même coup leurs otages, les moines.

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Paru le 10 janvier 2019

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