Comment vaincre le mal pendant le Carême ?

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Rejeter le mal, c'est possible avec Jésus ! © hikrcn - stock.adobe.com
Rejeter le mal, c'est possible avec Jésus !
Rejeter le mal, c'est possible avec Jésus ! © hikrcn - stock.adobe.com

Le Carême pointe son nez, avec son parfum d'austérité. Vraiment ? Reconnaître le mal, le rejeter, passer au travers de ses filets, vivre plus et mieux, c'est possible avec Jésus. En route vers Pâques !

À propos de l'article

  • Publié par :Christophe Chaland
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    7054 du 8 février 2018

À quoi bon combattre le mal ? il revient toujours à la charge…

Un tremblement de terre ici ; ailleurs, la détresse des migrants, la guerre ; trop répandus, le meurtre, le mensonge, la corruption, la cruauté. La souffrance est partout.

Et puis, il y a le malheur qui me touche personnellement : la dépendance, la maladie, les relations difficiles avec un proche, le deuil, la solitude.

Heureusement, le cœur humain est aussi capable de grandes choses : voir le bien, le rechercher, agir en pesant le pour et le contre. Nicolas Baumard, chercheur au CNRS, soutient, en s'appuyant sur les neurosciences, que l'humain est doué d'un sens moral inné, un véritable « organe de l'esprit », qu'il développe au long de la vie (1).

Il n'est pas pour autant facile d'agir selon sa conscience. Avant que le Christ commence à prêcher, le poète latin Ovide écrivait : « Je désire quelque chose, et mon âme me pousse à une autre ; je vois le bien et je l'approuve mais je vais vers le pire. » Saint Paul dira à peu près la même chose (cf. Rm 7, 19).

Résister au mal est un travail spirituel.

Résister au mal est un travail spirituel. D'ailleurs, ce sont d'abord les religions et les sagesses qui ont permis à l'humanité de nommer le mal et de s'y opposer. La plupart ont en commun un principe, appelé « règle d'or ».

Jésus le formule ainsi : « Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux » (Lc 6, 31). Ah ! Imaginons un instant cette règle appliquée. On n'y est pas… mais les chrétiens affirment, contre les apparences, que le mal, si terrifiant soit-il, est déjà vaincu.

Le Carême est ce moment privilégié où ils reconnaissent l'œuvre extraordinaire de Jésus : il les relève du péché et leur rend l'espérance. Alors ils se remettent à son école par le choix de la conversion, la prière, les actes de charité, le jeûne. Pour gagner en liberté vis-à-vis du mal.

Alors, le diable, il existe, oui ou non ?

Qui n'a pas été marqué par le cri du P. Jacques Hamel, assassiné par deux jeunes fanatiques se réclamant de Daech, en juillet 2016 ? « Va-t-en Satan ! Va-t-en Satan ! » a-t-il jeté à ses agresseurs avant de mourir dans l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime).

Un temps, la figure de Satan a disparu des catéchismes et des prédications. Cependant, elle est présente sous diverses formes dans la publicité, le cinéma, les jeux vidéo, la BD… Mais aussi, discrètement, dans le Notre Père, la prière ordinaire des chrétiens. Dans la demande finale, « Délivre-nous du mal », le mot traduit par « mal » signifie précisément « le mauvais », une façon de personnifier ce mal.

Satan est une personne, et même très rusée

Le pape François lui-même, commentant cette prière, met en garde : « Le mal n'est pas quelque chose d'impalpable qui se dissipe comme le brouillard de Milan. Satan est une personne, et même très rusée », juge-t-il (2).

Dans la tradition judéo-chrétienne, le diable est un ange, un être spirituel parfait, qui a refusé le don de Dieu. Et le monde, créé bon, s'en est trouvé fissuré. Un récent colloque de l'université catholique de Louvain (Belgique) soulignait dans ce sens que « la théologie ne peut se passer du diable pour dire le mystère de la foi et rendre compte des abîmes de l'histoire moderne » (3).

Que l'on pense à la fureur du nazisme, du communisme stalinien ou maoïste, aux génocides du XXe  siècle.Désigner Satan permet de retirer des épaules de l'humanité un peu d'une écrasante responsabilité. Ce diable n'en est pas moins anonyme, insaisissable, et pour tout dire, fumeux ! C'est le bien, le vrai et l'amour qui sont consistants.

La Croix, la souffrance, un passage obligé ?

Chaque lecteur de cet article connaît joies et souffrances. Quel lien avec la spiritualité ?

Une spiritualité doloriste, autrefois, a dangereusement manié l'idée d'une souffrance du Christ rédemptrice. Le cardinal Yves Congar (1904-1995), avec d'autres grandes voix, a précisé : « Ce n'est pas la souffrance de Jésus qui sauve, c'est l'amour avec lequel il a vécu cette souffrance ; c'est tout autre chose. »

Le dominicain Jean-Marie Gueullette fait entendre de façon renouvelée l'appel du Christ à porter sa croix pour marcher à sa suite (cf. Lc 14, 27) : « Il ne t'est pas demandé d'accueillir la souffrance et les catastrophes comme un don de Dieu ; il t'est proposé de te donner à lui et d'accueillir sa présence, jusque dans ces moments-là » (4).

Mais quel est le sens de la croix du Christ ? D'un bout à l'autre des Évangiles, le Christ fait face au mal. Il semble perdre le combat, puisqu'il meurt crucifié. Pourtant, les Évangiles l'ont montré plein de puissance, au début de son ministère. À un « esprit impur » (Mc 1, 25), puis à la mer en furie (Mc 4, 39), il lance : « Ferme-la ! » – oui, c'est le sens du mot en grec : passer une muselière à un animal.

Chacun peut espérer être relevé avec le Ressuscité.

Alors pourquoi cette faiblesse scandaleuse sur la Croix ? Il faut du temps dans la vie spirituelle, et bien des retours en arrière, des plongées en profondeur dans la réalité de sa vie, pour accueillir la révélation de la Croix : la puissance de Dieu est celle de son amour, et la Passion de Jésus est la plus haute expression de la bonté de Dieu. Car chaque être humain, au bout de sa misère, peut se savoir rejoint par le Crucifié. Chacun peut espérer être relevé avec le Ressuscité.

Pour le christianisme, un instrument de torture est ainsi devenu le symbole de la plus grande espérance. Désormais, tout, dans la vie d'un croyant, les joies comme les peines, peut devenir motif d'accueillir la présence du Christ. C'est aussi, pour les chrétiens, le fin mot de l'histoire. Le pape Benoît XVI disait ainsi son espérance en présentant ses vœux à la curie, en 2005 : « À la violence, au mal, s'oppose dans l'Histoire, comme la puissance propre à Dieu, la miséricorde divine. L'agneau est plus fort que le dragon. » Par Christophe Chaland illustrations Sébastien Thibault

Résister à la tentation, facile à dire !

La scène s'est passée dans une Communauté de vie chrétienne (CVX), un groupe de laïcs de spiritualité jésuite. Une fois par mois, ils partagent leur vie spirituelle. « Nous avons échangé sur la nouvelle traduction du Notre Père – “Ne nous laisse pas entrer en tentation” –, puis nous nous sommes dit les uns aux autres nos tentations », rapporte l'un des participants. Nous n'en saurons pas plus…

Examiner ce qui se passe en soi, mettre des mots dessus, c'est un premier pas dans la vie spirituelle. Cette pratique rejoint « l'ouverture du cœur » des moines orthodoxes à leur père spirituel : le moine dit les pensées qui habitent ses jours et ses nuits.

Le dialogue confiant avec un prêtre, à l'occasion du sacrement de la réconciliation, a également cette vertu. Car, dans l'épreuve, il est dangereux de rester seul. Gabriel Mouesca (5), 56 ans, militant de la cause basque dans les années 1980, a passé dix-sept années en détention. Il sait ce qu'il doit à d'autres présences : « J'ai fait quatorze établissements pénitentiaires. J'y ai toujours rencontré des hommes et des femmes porteurs de lumière : instituteurs, personnel médical, aumôniers », se souvient-il.

L’Évangile du jour était ma source d'énergie pour lutter !

Mais comment cet homme, habité par un profond idéal de justice, a-t-il tenu dans le terrible univers carcéral ? « Je n'ai jamais versé dans la haine, affirme-t-il. Parce que j'ai toujours su que j'étais aimé par ma famille et mes amis, et j'ai continué à aimer. » Et puis, dans ce lieu de toutes les tentations, Gabriel s'est appuyé sur sa foi : « Tous les matins, je lisais l'Évangile du jour. C'était ma source d'énergie pour lutter contre ce que j'allais rencontrer dans la journée : le mensonge, les rapports de force, la violence symbolique ou physique. »

Gabriel est sorti plus fort de l'épreuve. Il est aujourd'hui acteur du processus de paix au Pays basque. Dimanche 18 février, le court récit de la tentation de Jésus au désert selon Marc (Mc 1, 12-13) retentira dans les églises, comme une annonce du dimanche de Pâques : le mal, la mort, sont vaincus. Le philosophe Paul Ricœur (19132005) l'a dit : « Aussi radical que soit le mal, il n'est pas aussi profond que la bonté. »  (1) Comment nous sommes devenus moraux.

À lire aussi sur Pèlerin : Trois conseils pratique pour résister au mal.

(1) Une histoire naturelle du bien et du mal, Éd. Odile Jacob, 2010, 320 p. ; 24,25 €.
(2) Quand vous priez, dites Notre Père, entretiens avec Marco Pozza, Éd. Bayard, 2018, 144 p. ; 14,90 €.
(3) En finir avec le diable ? Les enjeux d'une figure emblématique du mal, collectif, Éd. Academia, 2017, 190 p. ; 19 €.
(4) Laisse Dieu être Dieu en toi, Éd. du Cerf, 2002, 128 p. ; 15 €.
(5) La nuque raide, Éd. Zortziko, 2014, 228 p. ; 18 €.

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

SATAN

papygab 16/03/2018 à 17:18

Bien que prêtre, je n'arrive pas à "encaisser" la "figure" de SATAN! Je sais la place qu'il occupe des nes Ecritures, mais pour moi, il n'est que la "personnification" du mal, qui, lui, n'existe que trop! Pardon au Père ... lire la suite

Paru le 2 août 2018

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