Climat : mobiliser, mais comment ?

agrandir Climat : mobiliser, mais comment ?
© Colcanopa
Climat : mobiliser, mais comment ?
© Colcanopa

Alors que l'urgence d'agir pour le climat n'a jamais été aussi criante, la France est secouée par le mouvement des « gilets jaunes ». Est-il encore possible de rassembler tous les citoyens dans une guerre contre le changement climatique ?

À propos de l'article

  • Créé le 08/12/2018
  • Publié par :Véronique Badets illustrations Colcanopa
  • Édité par :Sabine Harreau

Le changement climatique n'est plus l'affaire des générations futures. C'est une réalité dont chacun peut faire aujourd'hui l'expérience. En France, la sécheresse historique de cet été, les épisodes caniculaires alternant avec des pluies extrêmes, ont secoué les consciences. et pourtant… Le pays qui a relevé le défi de faire naître un accord universel sur le climat il y a trois ans déjà, lors de la COP21, n'arrive pas à tenir ses engagement.


Nos émissions de gaz à effet de serre ont augmenté en 2016 et 2017 au lieu de diminuer.

Nos émissions de gaz à effet de serre ont augmenté en 2016 et 2017 au lieu de diminuer. Le phénomène est mondial. D'où le cri d'alarme de l'ONU, lancé fin novembre : pour tenir l'objectif vital de stabiliser le climat en deçà de 2 °C d'augmentation, l'humanité doit tripler ses efforts de réduction des gaz à effet de serre (les « GES »), dont le dioxyde de carbone (Co2). Un véritable effort de guerre, rapide et massif, est nécessaire pour changer nos façons de consommer, de produire, de nous déplacer. Défendre le climat peut-il rassembler la nation ? Et comment ?

1 Redonner du sens à la fiscalité écologique

Qui a vraiment expliqué pourquoi la taxe carbone (qui a allumé la colère des « gilets jaunes » en renchérissant le carburant) était un instrument indispensable pour lutter contre le changement climatique ? « Sa fonction première n'est pas de rapporter de l'argent pour renflouer l'État ni même financer la transition énergétique, explique l'économiste Alain Grandjean. mais d'envoyer à tout le monde (ménages, entreprises, investisseurs, collectivités locales…) le signal très clair qu'il faut apprendre à se passer d'énergies fossiles. Et que chacun fasse ses choix d'investissements en conséquence. » La taxe carbone n'est pas une fantaisie fiscale française : une cinquantaine de pays la mettent aujourd'hui en œuvre afin de préparer progressivement leurs économies à un monde sans charbon ni pétrole.

Capture d’écran 2018-12-08 à 14.15.27

« Pour qu'elle soit acceptée socialement, elle doit s'insérer dans une politique climatique cohérente et ambitieuse, souligne Alain Grandjean. Les ménages ne doivent pas éprouver le sentiment d'être les seuls à faire des efforts. » Ainsi, par souci de cohérence, le kérosène des avions, le fioul des cargos ou encore le gazole professionnel (transports routiers, agriculteurs…) ne devraient pas être exemptés, même partiellement, de cette taxe. Par ailleurs, tous les pays ayant réussi à mettre en place la taxe carbone ont eu un débat national transparent sur l'utilisation de ses revenus.


Le kérosène des avions, le fioul des cargos ou encore le gazole professionnel (transports routiers, agriculteurs…) ne devraient pas être exemptés, même partiellement, de cette taxe.

Chose que la France a esquivée. « La Suède l'a introduite au début des années 1990 au sein d'une large réforme fiscale, en parallèle d'une baisse des impôts sur le revenu et des taxes sur le travail, explique Benoît Leguet, directeur de I4Ce (Institute For Climate economics). Les Suisses, eux, utilisent les revenus de la taxe carbone pour réduire les primes de l'assurance santé, la Californie pour aider les ménages pauvres à supporter le renchérissement des coûts de l'énergie. Et nous, Français, que voulons-nous en faire ? Il n'est peut-être pas trop tard pour en débattre. »

2 Construire les solutions avec les citoyens

Sous l'impulsion de Nicolas Hulot, la France s'est dotée en 2017 d'un objectif national cohérent avec l'accord de Paris sur le climat : être neutre en carbone en 2050. Autrement dit émettre très peu de gaz à effet de serre, et « absorber » par les forêts et les terres agricoles ce qui reste émis. « Cet énorme chantier va signifier une transformation profonde de la société en trente ans à peine ! La façon de construire les villes, de se déplacer, consommer, travailler, tout cela va changer », précise Alain Grandjean.


Les citoyens ne veulent plus rester au bord de la route à regarder leur vie quotidienne changer sans participer activement aux décisions.

Ce que dit, au fond, le mouvement des « gilets jaunes », c'est que les citoyens ne veulent plus rester au bord de la route à regarder leur vie quotidienne changer sans participer activement aux décisions. « Inventer une société très différente, adaptée au changement climatique, nécessite un modèle politique participatif et décentralisé, plaide le politologue Bastien François, coauteur du livre Inventer la démocratie du XXIe siècle. L'Assemblée citoyenne du futur (1). La transition écologique est indissociable d'une transition démocratique. Sinon, elle sera rejetée, vécue comme punitive. »

Les concertations territoriales annoncées par Emmanuel Macron le 27 novembre constituent un petit pas. Elles devraient permettre aux Français de débattre durant trois mois de la transition écologique et des solutions à mettre en place près de chez soi. Mais trois mois seulement, est-ce à la hauteur de l'enjeu ? Ces débats seront-ils purement formels pour tenter de « calmer le jeu » ou bien suivis de mesures concrètes ? « Les gens ne veulent pas seulement qu'on leur demande leur avis, souligne Bastien François. Ils souhaitent peser sur les décisions. »

Capture d’écran 2018-12-08 à 14.14.22

3 Lancer un "plan Marshall" du climat

Rénover rapidement sept millions de passoires énergétiques et logements insalubres. Investir massivement dans les transports en commun, inciter au covoiturage et à toutes les alternatives possibles à la voiture individuelle. Accompagner financièrement les agriculteurs dans une conversion vers des modèles de production plus respectueux du climat et de la biodiversité. Toutes ces mesures indispensables demandent de l'argent, beaucoup d'argent. « Même si les quatre milliards supplémentaires que va rapporter en France l'an prochain la taxe carbone étaient entièrement affectés à la transition écologique, cela ne suffirait encore pas, explique l'économiste Pierre Larrouturou. Il en faudrait dix fois plus pour se montrer à la hauteur de l'enjeu. »


Chaque État pourrait accéder à des prêts à taux zéro pour financer sa transition écologique, correspondant à 2 % de son PIB.

Comme la France, tous les pays en Europe se voient aujourd'hui freinés dans leur politique climatique en raison du manque d'investissement public. Main dans la main avec le climatologue Jean Jouzel, l'économiste a donc lancé depuis un an le projet de créer en Europe un véritable « Plan Marshall » pour le climat, afin de sauver la paix mondiale. Comment ? « L'idée consiste à créer un budget climat européen alimenté par un impôt sur les bénéfices de 5 %, explique Pierre Larrouturou. Il dégagerait chaque année 100 milliards d'euros. Par ailleurs, chaque État pourrait accéder à des prêts à taux zéro pour financer sa transition écologique, correspondant à 2 % de son PIB. Soit 45 milliards pour la France. Là, on serait vraiment dans les clous de ce qu'il faut faire ! » Le projet est appuyé, notamment, par le Vatican, qui pousse à mettre la finance au service de ce bien commun que représente le climat. Aura-t-il aussi, bientôt, le soutien des « gilets jaunes » ?

livre_affiche_527

 1) Ed. Les Liens qui libèrent ; 8 €

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Planete

penelope 12/12/2018 à 17:54

Certes il y a à faire pour le climat, aucun pays ne veut changer leurs habitudes, tout comme aucun ne veut renoncer à envoyer missiles et satellites, des tonnes de métaux et d’électronique, qui tournent pendant des mois ou des années en polluant et ... lire la suite

Paru le 10 janvier 2019

Notre Librairie

Voyages et croisières