Christophe de Hody, botaniste : "La nature est notre potager"

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© Nicolas Lascourrèges
Christophe de Hody, botaniste :  "La nature est notre potager"
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Christophe de Hody, Botaniste, herbaliste et naturopathe, transmet sa passion des plantes sauvages sur les réseaux sociaux et lors de balades dans les bois. Il rêve de changer notre rapport à la nature.

À propos de l'article

  • Créé le 30/07/2018
  • Publié par :Véronique Badets
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7080-7081 des 9-16 août 2018

Vos vidéos sur les plantes sauvages communes sont très suivies sur Internet. Vous croulez sous les demandes de balades pour apprendre à les connaître ; de grands chefs vous sollicitent pour en agrémenter leurs plats. Comment expliquez-vous cet engouement ?
J’y vois d’abord le besoin de retourner à des choses simples, pour calmer le rythme. La cueillette botanique, c’est une forme de contemplation : on prend le temps d’observer les plantes, c’est très méditatif. S’ajoute à cette dimension le fait de se balader dans la nature: les bienfaits pour la santé sont aujourd’hui prouvés.


Nous pourrions manger des plantes sauvages et du riz, et nous tiendrions le coup.

Enfin, je constate que les gens sont rassurés de savoir qu’autour de nous, se trouve de quoi survivre en cas de problème majeur. Si, un jour, nous nous retrouvions sans rien au supermarché, nous pourrions manger des plantes sauvages et du riz, et nous tiendrions le coup. Savoir cela, symboliquement, change notre rapport à la nature. Elle n’est plus dangereuse, hostile, pleine d’insectes et de plantes moches. Elle devient la mère nourricière sur laquelle on peut compter. Elle offre à profusion, librement, des aliments nutritifs, et aussi de quoi se soigner en cas de petits soucis de santé. On sait que les gens généreux, ça fait du bien. Découvrir la nature généreuse, ça fait du bien aussi. N’importe qui découvrant cela est touché, forcément.


Comment est née votre passion pour les plantes ?
Quand j’étais enfant, j’ai eu la chance de grandir en pleine nature, en Île-de-France. Je passais mon temps libre à monter aux arbres, me baigner dans les étangs, arpenter la forêt et me préparer des « potions magiques » avec les herbes. Mon père avait une petite ferme et j’adorais aller au potager, tendre la main pour cueillir un légume, un fruit. L’abondance de la nature est devenue pour moi synonyme de joie.


L’abondance de la nature est devenue pour moi synonyme de joie.

Par ailleurs, mes parents étaient très soucieux de bien-être. Mon père à travers l’activité physique et la bonne nourriture ; ma mère, davantage à travers le yoga et la spiritualité. Ils ont ainsi semé en moi cette graine : le plaisir de prendre soin de soi. Au début de ma vie d’adulte, j’étais partagé. Est-ce que je devais dédier ma vie à soigner la nature, ou bien à m’occuper du bien-être des humains ? Puis je me suis rendu compte que je pouvais allier les deux. D’un côté, j’ai suivi des formations d’aménagement paysager et de botanique. Et de l’autre, pour savoir comme développer le bien-être des humains, j’ai étudié la naturopathie et l’herboristerie (l’usage médicinal des plantes, NDLR). Et c’est comme cela que j’ai pu créer le job de mes rêves : organiser des balades dans la nature avec des gens sympas pour les aider à connaître et utiliser les plantes sauvages !

Retrouvez Ch. de Hody

→ sur son site Le chemin de la nature

→ sur la page Facebook "Le chemin de la nature"


Avez-vous eu des coups de foudre pour certaines de ces plantes ?
Il en est des plantes comme des êtres humains : l’osmose immédiate est rare. En général, une relation harmonieuse met du temps à se mettre en place. Ce que j’adore, dans une plante, c’est découvrir un stadeoù je ne la connaissais pas. À mesure que je la découvre à différents moments de sa vie, j’apprends à l’aimer. Et après l’avoir utilisée et goûtée de plusieurs façons, j’ai l’impression d’avoir vécu des choses avec elle !


Chaque partie d’une plante a une saveur différente.

Prenez la berce commune. Tout est bon en elle ! D’abord, j’ai découvert ses jeunes feuilles, chez un ami de mon père qui tondait régulièrement sa pelouse et donc ne la laissait pas grandir. Puis un jour, surprise, dans un terrain vague, je tombe sur une berce qui mesure deux mètres, car personne n’avait songé à lui couper la tête… Après l’avoir pelée, j’ai goûté son pétiole, un délice, et plus tard encore, ses graines, très aromatiques, au goût de zeste d’orange. C’est l’une des premières fois où j’ai pris conscience que chaque partie d’une plante a une saveur différente. C’est comme si vous aviez trois ou quatre légumes en un.


Quelles plantes sauvages consommez-vous au quotidien ?
Cela dépend des saisons, mais celles qui reviennent le plus souvent dans mon assiette sont la berce, le panais sauvage, l’égopode, le chénopode, le plantain, la mauve et, bien sûr, les feuilles de tilleul, dont je raffole. J’éprouve le même plaisir à cueillir des plantes qu’à tendre le bras pour saisir un légume ou un fruit dans un potager. Pour moi, la nature, c’est un grand potager.


Vous préconisez de manger des plantes. N'y a-t-il aucun problème ?
Il a quelques précautions de base à respecter comme le fait de ne pas cueillir en bordure de route, de chemin de fer ou de chemin. Ce principe devrait d’ailleurs être valable aussi pour les champs cultivés, dont beaucoup bordent les routes… Il est bon aussi de privilégier des lieux de cueillette où les arbres forment une barrière protégeant de la pollution immédiate des voitures.


Si vous aimez manger les plantes crues, le printemps, c’est bien.

Les quantités de plantes consommées sont faibles en général, donc le risque d’ingérer des polluants – présents dans l’air, de toute façon – est très limité. Certes, quand on mange comme moi de grosses quantités de feuilles de tilleul (crues, directement cueillies sur l’arbre, NDLR), mieux vaut s’en rassasier au printemps, quand elles n’ont pas encore trop eu le temps de se souiller, que l’été. C’est mon régal, elles sont aussi plus tendres, à cette période. Si vous aimez manger les plantes crues, le printemps, c’est bien !


Vous utilisez les plantes pour vous nourrir mais aussi pour vous soigner. Pensez-vous vraiment qu’elles peuvent remplacer la médecine ?
Je n’oppose pas les approches. C’est bien de savoir que les deux sont possibles. Pour un problème d’endormissement ou des soucis digestifs, pas besoin de prendre des médicaments, des plantes suffisent. Mais pour avoir accès à leurs différents usages, une connaissance solide est nécessaire. J’ai à cœur de la transmettre. C’est pourquoi j’ai créé ce printemps une formation en ligne, qui permet d’avoir sous la main tout ce qu’il est nécessaire de savoir pour se régaler de plantes sauvages et les utiliser à des fins médicinales. Mais je précise que ma conception de la santé va bien au-delà de la seule dimension physiologique. Elle implique une harmonie globale avec son environnement naturel et social. La santé, c’est aussi avoir des relations saines avec les autres.


Vous incitez le plus grand nombre à cueillir les plantes qui poussent librement en ville. Or, les espaces naturels sont soumis à une forte pression, les friches reculent devant les constructions. Si votre rêve se réalise, n’allez-vous pas priver les papillons, abeilles et autres insectes d’une ressource végétale très importante pour leur nourriture ou leur reproduction ?
Si mon rêve se réalise, comme vous dites, on laissera pousser ce qu’on appelle aujourd’hui des « mauvaises herbes », on ne tondra plus les pelouses « pour faire propre », ou alors beaucoup moins qu’avant, une à deux fois par an. Il y aura alors mille fois plus de plantes sauvages permettant aux papillons de se reproduire, mille fois plus de fleurs offertes à la nourriture des abeilles.

La plus grande menace qui pèse sur la biodiversité végétale en ville aujourd’hui, ce ne sont pas les cueilleurs mais les tondeuses.

Quand la société en sera là, alors on pourra parler de réguler la cueillette urbaine. On en est encore loin. La plus grande menace qui pèse sur la biodiversité végétale en ville aujourd’hui, ce ne sont pas les cueilleurs mais les tondeuses. Les mentalités changent peu à peu : beaucoup de municipalités, d’entreprises adoptent aujourd’hui pour leurs espaces verts ce qu’on appelle la « gestion différenciée », qui incite à laisser des espaces d’herbes hautes durant les périodes de reproduction des insectes. Mais dans l’esprit de beaucoup de personnes encore, une maison de standing doit avoir une pelouse tondue à ras… C’est ce regard sur la nature que je rêve de voir s’inverser. Pour que demain, le top du top, ce soit d’avoir chez soi un jardin foisonnant, libre, riche de plantes sauvages…

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Biographie

1985 Naissance à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine)

2004 Après le bac, tour du monde en « woofing » (stages à la ferme)

2009 Diplôme de naturopathe.

2010 Premières animations comme botaniste.

2017 Création de l’entreprise « Le chemin de la nature » et sortie du livre

index

 Cueilleur urbain (Ed. Arthaud, 160 p.; 19,00€).




Retrouvez Ch. de Hody sur son site → Le chemin de la nature

et sur la page Facebook "Le chemin de la nature"

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Toutes les plantes ne sont pas commestibles, certaines peuvent être mortelles !

gaby 08/08/2018 à 18:10

L'article "Christophe de Hody, botaniste : La nature est notre potager" est, certes, très intéressant. MAIS à la question : Vous préconisez de manger des plantes. N'y a-t-il aucun problème ? Christophe de Hody répond : Il a quelques ... lire la suite

Paru le 18 octobre 2018

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