Bientôt une nouvelle flèche à la Basilique cathédrale de Saint-Denis !

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© P.RAZZO/CIRIC
Bientôt une nouvelle flèche à la Basilique cathédrale de Saint-Denis !
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Des campagnes de restauration qui se succèdent, un nouveau mobilier liturgique, et ce projet déjà bien avancé de reconstruction de sa flèche… La nécropole des rois de France retrouve peu à peu sa splendeur.

À propos de l'article

  • Créé le 16/02/2018
  • Publié par :Philippe Royer
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7055 du 15 février 2018

Le verre de la transcendance

Le nouveau mobilier liturgique de la basilique cathédrale a été consacré le 14 janvier dernier par Mgr Pascal Delannoy, évêque du diocèse, devant une foule de fidèles autorisés, à la fin de la cérémonie, à monter dans le chœur pour l'admirer de près. Car c'est au pied de l'ouvrage qu'on peut véritablement apprécier sa beauté et sa grâce.

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Le nouvel autel de la basilique © Guillaume Poli / CIRIC

Chacune des deux pièces est constituée d'un socle en travertin d'Arménie (une roche calcaire), extrait d'une carrière au pied du mont Ararat – où se serait échouée l'arche de Noé –, surmonté d'une dalle de verre optique. Un verre « parfait », moulé et sans une bulle. À l'intérieur de l'ambon, la pierre dessine le profil d'un livre ouvert.


Un verre « parfait », moulé et sans une bulle.

Quant à l'autel, il a été creusé de part en part, pour figurer cette fameuse croix dans la crypte, là où saint Denis, premier évêque de Paris et martyr, ainsi que ses compagnons, ont été inhumés, reliant ainsi le passé et le présent. « De la silice – du sable – qu'on transforme pour la rendre transparente : le verre, c'est pour moi la matière par excellence de la transcendance », souffle Vladimir Zbynovsky.

Lorsque j'ai pris la responsabilité de Saint-Denis, voici six ans, j'ai redécouvert un édifice anormalement méconnu

Ce nouvel aménagement du chœur est loin d'être un « geste » isolé dans ce fabuleux vaisseau de pierre, aux portes de Paris. « Lorsque j'ai pris la responsabilité de Saint-Denis, voici six ans, j'ai redécouvert un édifice anormalement méconnu et anormalement oublié, où les choses avançaient péniblement, se souvient Jacques Moulin, architecte en chef des Monuments historiques. L'évêché, la mairie, la Direction régionale des affaires culturelles, propriétaire des murs…


Les verrières du Moyen Âge et du XIXe siècle sont sorties, il y a peu, des ateliers de restauration.

Chacun avait ses propres projets, mais il manquait une dynamique commune. » C'est chose faite. La façade de la basilique a été superbement restaurée. Les verrières du Moyen Âge et du XIXe siècle les plus abîmées sont sorties, il y a peu, des ateliers de restauration. Les quatre premières travées de la nef sont en chantier. Et la restauration de la rose sud, dont les vitraux ont été déposés il y a une dizaine d'années déjà, et remplacés par des plastiques, devrait commencer ce printemps.

Soutenu mordicus par la mairie de Saint-Denis, le projet de reconstruction de la flèche est en très bonne voie (lire ci-contre). Quant au diocèse, il a pu mener à bien celui du réaménagement du chœur, dont Jacques Moulin est le maître d'œuvre.

Pierre, verre, lumière

« Nécropole des rois depuis Clovis, la basilique cathédrale incarne des siècles d'histoire de France, mais aussi son histoire spirituelle, et celle de son architecture religieuse, s'enthousiasme Mgr Pascal Delannoy. Car Saint-Denis est le premier grand monument gothique construit.

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La façade de l'édifice, récemment restaurée (2012-2015) © Guillaume Poli / CIRIC

Cela grâce à l'abbé Suger, ce théologien et bâtisseur audacieux du XIIe siècle qui, inspiré par les avancées techniques qu'il avait vues à l'œuvre à la cathédrale de Sens, a entièrement remodelé la façade, le chœur et le chevet de l'ancienne église abbatiale carolingienne. Nous nous devions de laisser aux générations suivantes, un mobilier liturgique à la hauteur de l'édifice. » La pierre, le verre et la lumière : les trois fondements du gothique.

La flèche de la concorde

La voie est maintenant libre pour la reconstruction de la flèche de Saint-Denis. Le chantier devrait démarrer au printemps 2019.


L’opération consistera à remonter, pierre par pierre, la tour nord de la façade de la basilique.

“Une reconstruction républicaine dans la basilique des rois ! » Ainsi l’écrivain et académicien Erik Orsenna résume-t-il ce projet, intitulé « Suivez la flèche », qu’il soutient depuis de nombreuses années.

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L’opération consistera à remonter, pierre par pierre, la tour nord de la façade de la basilique, (fausse) jumelle de celle du massif sud, avant de la couronner par une flèche identique à l’originale, détruite par la foudre en 1837.


La pointe de la flèche culminera à
86 mètres de hauteur !

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Entreposées depuis au pied de la basilique, mais en mauvais état, les pierres de la tour serviront de modèles aux tailleurs. Quant à la flèche elle-même – une structure en bois –, ses plans ont traversé les décennies. Achevée, sa pointe culminera à 86 mètres de hauteur ! Ce projet, porté par la mairie de Saint-Denis, est dans les cartons depuis la fin des années 1980.

Mais il n’a commencé à se débloquer que quand la ville a proposé de faire du chantier un projet social et touristique, à l’instar de la construction du château de Guédelon (Yonne), ou, un peu plus tard, du navire de Lafayette, L’Hermione, à Rochefort (Charente-Maritime) : deux chantiers menés selon les techniques de l’époque, dont le financement a été assuré par les droits d’entrées


Le héros : le chantier

Jacques Moulin, architecte en chef des Monuments historiques et maître d'ouvrage du projet, a rendu ses premières études début février : le sous-sol du massif occidental peut supporter la tour et la flèche, à condition toutefois de consolider les maçonneries du XIIe siècle, en injectant un « coulis ». Le démarrage des travaux est annoncé pour le printemps 2019.

Les visiteurs (payants) pourront voir travailler les artisans, dans un village installé le long du flanc nord de la basilique.


Nous avons chiffré la reconstruction à
30 millions d'euros.

Ils accéderont ensuite à l'échafaudage, par une rampe, afin d'assister à la pose des sculptures. « Nous avons chiffré la reconstruction à 30 millions d'euros – dont 2,5 millions pour l'échafaudage –, déjà récoltés auprès de mécènes. Le reste viendra en grande partie des visiteurs, à raison de 10 € à peu près le billet », explique Benjamin Masure, responsable de la Mission d'accompagnement du projet Flèche.

« Dans ce programme, le personnage principal n'est pas la flèche mais le chantier », lance Erik Orsenna. Celui-ci devrait durer une décennie et attirer 300 000 visiteurs par an. Une manne pour la ville, mais aussi pour la cathédrale, dont l'espace intérieur est partagé entre le diocèse et le Centre des monuments nationaux – la nécropole des rois, la crypte et le chevet, dont la visite est payante.


Renverser l'image négative de Saint-Denis est un vrai défi.

« La colocation fonctionne bien, assure Serge Santos Echeverria, administrateur de la basilique. Mais nos chiffres d'entrées restent en-dessous de ce qu'on pourrait attendre d'un monument d'une telle valeur. La mauvaise réputation de Saint-Denis ruine nos efforts. L'affaire des terroristes islamistes retranchés dans une rue adjacente, fin 2015, a ainsi fait passer nos entrées de 175 000 à 140 000 l'année suivante ! » Renverser l'image négative de Saint-Denis est effectivement un vrai défi pour la ville et la basilique.

« Nous travaillons, avec la préfecture, à la mise en place d'une zone permanente de sécurité autour de la cathédrale, qui devrait rassurer les touristes », confie le P. Jean Jannin, recteur et curé. Sans oublier la perspective des Jeux de 2024, dont le Village olympique sera à cheval sur Saint-Denis et Saint-Ouen. Une chance à saisir pour les Dyonisiens.

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Paru le 20 septembre 2018

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