Au cœur de la fonderie de Villedieu-les-Poêles (Manche)

La fonderie Cornille-Havard, à Villedieu-les-Poêles (Manche), d'où sont sorties les nouvelles cloches de Notre-Dame de Paris, perpétue une tradition multicentenaire.

À propos de l'article

  • Créé le 21/09/2018
  • Publié par :Philippe Royer
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7086 du 20 septembre 2018

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Les nouvelles cloches de Notre-Dame de Paris sont l’œuvre de la fonderie Cornille-Havard, à Villedieu-les-Poêles.

par Philippe Royer

“Vous pouvez photographier et filmer comme bon vous semble, mais surtout, ne touchez à rien ! » prévient Fabien, l’un des guides de la saison estivale de la Fonderie Cornille-Havard, à Villedieu-les-Pôeles. Avant de se lancer dans la première démonstration : la sonnerie, avec la grosse cloche qui trône, suspendue à son joug, devant l’entrée de l’atelier de fabrication. «… Martelée… Et à la volée ». Les visiteurs les plus proches de la dame de bronze reculent de quelques pas, tant la vibration est intense.

« Mesdames, Messieurs, nous voici devant un moule… » Bon an mal an, la fonderie Cornille-Havard reçoit quelque 50 000 personnes entre février et novembre (1).

« Mes parents ont ouvert l’atelier à la visite dans les années 1980, peu de temps après l’avoir racheté à la famille Cornille, explique Paul Bergamo, son directeur et propriétaire. L’entreprise avait sérieusement besoin d’être modernisée, les visites ont permis de financer son développement. Cela étant, il est de tradition que la fonte de cloches soit publique. Jusqu’au siècle dernier, les saintiers (2) allaient de villes en villages avec leur matériel, et œuvraient au vu de tous sur le parvis des églises et des cathédrales. La profession ne s’est sédentarisée qu’à partir du milieu de XIXe siècle, mais elle a toujours continué à inviter ne serait-ce que le commanditaire à assister à la coulée de sa cloche », poursuit le maître des lieux.

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Vendredi 21 septembre, Paul Bergamo et Aurélie Minard, sa responsable touristique, guideront eux-mêmes la visite de leur fabrique, organisée par Pèlerin dans le cadre de Via Aeterna. Le lendemain, Cornille-Havard servira de cadre à une création musicale, « De cloches en croches… », jouée par Mikrokosmos, l’un des ensembles vocaux invités par le festival. René Martin, son directeur artistique, a eu un coup de cœur – et nous le partageons – pour ce vaste atelier, qui n’a que très peu bougé depuis sa construction, en 1865, au cœur de la ville manchote, à l’initiative d’Adolphe Havard et de son gendre Léon Cornille.

Le bâtiment abrite une série de fosses, au fond desquelles sont fabriqués, couche après couche, les moules des cloches les plus volumineuses. Un « four réverbère » en brique (à deux foyers et à bois), qui pèse lui aussi ses 143 ans, les domine. Il lui faut au moins sept heures pour atteindre 1 200° C, la température de fusion des lingots de bronze (un alliage de 78 % de cuivre et de 22 % d’étain).

Jusqu’à 13 tonnes de métal en fusion iront ensuite remplir les moules en contrebas, via des canaux en briques réfractaires.

« La technique de base n’a pas bougé depuis des siècles, souligne Paul Bergamo. Les moules, un empilement de couches sur un noyau de briques, sont toujours composés d’argile, de crottin de cheval et de poils de chèvres. On n’a pas trouvé mieux pour contenir le bronze liquide et évacuer progressivement la chaleur. » La modernisation de la fabrication s’est en fait jouée autour de la conception et de l’accordage des cloches.

Luigi Bergamo, le père de Paul, a été le premier à modéliser sur écran le profil de ses créations. Aujourd’hui, chaque cloche d’église ou de carillon qui sort de l’entreprise est d’abord conçue numériquement, en fonction de sa note : gabarit, masse, épaisseur, décorations… « L’écart est maintenant très faible entre la commande et la cloche finie. »

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Le 21 septembre, les visiteurs pourront voir les moules quasi-achevés de trois grosses dames de bronze destinées à la cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). Devenues disharmonieuses, celles en place seront descendues du clocher malouin. Elles avaient été fondues en 1894… dans le même atelier de Villedieu-les-Poêles. Autant dire que les murs en ont entendu des cloches sonner !

(1) Rens. : 02 33 61 00 56 ;  www.cornille-havard.fr
(2) L’autre nom pour les fondeurs de cloches.

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Philippe Royer

Grand reporter à Pèlerin accompagnera la visite de la fonderie, vendredi 21 septembre, à 15 heures.

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Paru le 18 octobre 2018

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