Au Vietnam, un orphelinat pour sauver les enfants

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Les enfants de l'orphelinat s'amusent sur le terrain, acquis par l'Assomption au Nord de Saigon, où sera construit leur nouveau centre d'accueil. © Laurent Weyl
Les enfants de l'orphelinat s'amusent sur le terrain, acquis par l'Assomption au Nord de Saigon, où sera construit leur nouveau centre d'accueil.
Les enfants de l'orphelinat s'amusent sur le terrain, acquis par l'Assomption au Nord de Saigon, où sera construit leur nouveau centre d'accueil. © Laurent Weyl

La congrégation des Augustins de l'Assomption sauve des enfants dans son orphelinat de Saigon (Vietnam). En 2014, les lecteurs de Pèlerin l'ont aidée à acquérir un terrain pour l'agrandir. Les Assomptionnistes ont besoin de votre aide pour finaliser le projet en 2019.

À propos de l'article

  • Créé le 03/12/2018
  • Publié par :Benoît Fidelin / photos Laurent Weyl
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7097 du 6 décembre 2018

C'est reparti dans le dédale de la ville en ébullition ! Saigon, la mégapole grouillante du Vietnam du sud n'en finit pas d'étendre ses tentacules vers les anciennes rizières et palmeraies, d'enjamber avec de nouveaux ponts les rivières brunes et les arroyos fangeux, pour hisser ses tours immenses sur les ultimes terrains vagues. Le chaos urbain n'est pas loin, avec bientôt 13 millions d'habitants et la nuée perpétuelle des motocyclettes dans cette cité rebaptisée Hô-Chi-Minh-Ville depuis la fin de la guerre américaine, en 1975. Pourtant, des centaines de petits quartiers striés de venelles ombragées et de ruelles aux commerces bariolés demeurent des havres de quiétude et de vie sociale apaisée.

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Par 32°C à l'ombre, c'est peu dire si le jus de noix de coco désaltère ! Le terrain acquis par l'Assomption à Saigon, grâce aux dons des lecteurs de Pèlerin en 2014, regorge de fruits et d'arbres tropicaux, qui font le bonheur des enfants lorsqu'ils le découvrent et étanchent leur soif. © Laurent Weyl


Au nord-ouest, non loin de l'aéroport et d'une route bondée filant vers la frontière du Cambodge voisin, la rue Dong-Hung-Thuan n'a pas changé. Elle est toujours bordée de murs colorés et de petits cafés où les clients, assis sur de minitabourets en plastique, dégustent les soupes traditionnelles. elle mène surtout à cette étroite maison carrée qui, derrière un portail en fer surmonté d'une croix, s'élève sur quatre étages dans le ciel d’Asie : l'orphelinat Hoa-Hué, peuplé de 32 garçons âgés de 7 à 22 ans, venus d'une dizaine des 64 provinces du Vietnam.

Beaucoup ont donc perdu un ou leurs deux parents. D'autres sont issus de familles très pauvres ou marquées par de profonds drames sociaux, comme la prison ou la prostitution. Ici, tous vont à l'école publique le matin ou l'après-midi, bénéficient de cours complémentaires dispensés par quinze étudiants bénévoles, participent à la préparation des repas et au ménage.

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Mobilisation générale, un dimanche matin, dans la cuisine de l'orphelinat ! Un fabuleux groupe de femmes catholiques, appelé « Les feux rouges de la cuisine », qui intervient bénévolement dans les maisons d'enfants ou de retraite, vient de débarquer afin de concocter un délicieux repas. La présence féminine de cuisinières, religieuses ou étudiantes est importante pour les enfants, qui ont besoin de leur douceur et de leur écoute. © Laurent Weyl

De 5 heures du matin à 21 heures, l'emploi du temps est immuable, notamment ponctué de prières et d'une messe. En effet, ce sont les prêtres et frères locaux de l'Assomption qui, fidèles au charisme et à la mission sociale de leur congrégation, gèrent et animent ce lieu depuis 2006. À cette époque, Mme Kim Hué, une veuve âgée et fatiguée, leur a confié sa maison où elle accueillait depuis six ans des enfants perdus avec une bonté sans limite, à défaut de ressources stables et d'organisation. Aux Assomptionnistes, en échange, de rénover sa bâtisse, de rationaliser son fonctionnement et d'assurer son financement. Cet objectif a été atteint progressivement, comme Pèlerin a pu le vérifier lors d'un premier reportage en 2014, au cœur « d'un orphelinat offrant l'image d'une immense famille ».

Néanmoins, plein de vie, l'établissement s'est vite révélé trop étroit, avec des enfants dormant tête-bêche à tous les étages, une salle à manger démontable afin de servir aussi de salle de cours, et la rue pour unique espace de loisir. D'où l'idée, en cette année 2014, de bâtir un nouvel orphelinat, plus grand, fonctionnel et accueillant. Aussitôt, les assomptionnistes se sont lancés à la recherche d'un terrain disponible, avec un atout décisif en poche : les dons des lecteurs de notre hebdomadaire. Sollicités à la fin de cette même année 2014, lors de notre traditionnelle opération « Pèlerin solidaire » de l'avent, vous avez répondu en masse. À tel point que, en grande partie grâce à votre aide financière, l'Assomption a enfin réussi, après de longues investigations et négociations, à acheter l'endroit idéal où construire cette bâtisse de l'espoir.

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Nôi et Thiên, deux jeunes sortis depuis peu de l'orphelinat, financent leurs études en travaillant dans une entreprise textile solidaire tenue par des entrepreneurs chrétiens proches de l'Assomption. © Laurent Weyl


Bravo donc à Pèlerin, de retour à Saigon au mois de novembre dernier, pour découvrir le terrain et y discerner de nouveaux projets. La visite démarre sur les chapeaux de roues. Avec tous les enfants et le personnel de l'orphelinat, tassés dans des camionnettes bâchées qui se faufilent comme des anguilles dans les embouteillages. Vingt minutes de slalom. Puis l'arrivée dans un espace naturel, bordant un affluent de la rivière de Saigon où flottent les jacinthes d'eau. Le terrain : 8 500 m2 semés d'herbe drue, plantés d'arbres fruitiers et lacérés, telle une rizière, de petits canaux comme autant d'artères vitales à l'heure des saisons sèches. Un jardin pour les enfants qui, presque tous originaires de la campagne, montent au tronc des cocotiers pour y décrocher quelques noix juteuses, plongent à mains nues dans les ruisseaux pour capturer les crabes d'eau douce et les poissons argentés.

C'est là, dans ce damier tropical préservé et acquis grâce à Pèlerin, que les Assomptionnistes projettent de bâtir, dès l'an prochain, un nouvel orphelinat capable d'accueillir le double d'enfants (64 au lieu de 32 actuellement), dans des conditions pédagogiques et sanitaires épanouissantes, à la hauteur de leur mission.

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Les retrouvailles émouvantes, à Bing Duong, du petit Bao et de sa maman aveugle Tô Thi Hang. © Laurent Weyl

Foyer de vie et centre éducatif

Le projet arrive à point nommé, vu les progrès récemment accomplis dans la gestion de cette action caritative. Il y a quatre ans, l'orphelinat était un lieu d'accueil de gamins égarés ; aujourd'hui, c'est un centre éducatif de jeunes en plein devenir. D'une prise en charge collective des enfants, les religieux et laïcs de l'établissement sont passés à un accompagnement de chacun d'entre eux.

Nous avons fait du chemin pour apaiser ces garçons et être nous-mêmes plus efficaces auprès d'eux.

Meilleure connaissance de leur origine et contexte familial, prise en compte des problèmes psychologiques au cas par cas, soutien scolaire et suivi médical personnalisés… « Nous avons fait du chemin pour apaiser ces garçons et être nous-mêmes plus efficaces auprès d'eux », reconnaît Jean-Baptiste Nguyen Ngoc Thang, frère assomptionniste présent depuis le début de l'aventure, qui gère notamment les relations avec les familles des enfants. Au fil de ces fréquents contacts, le voilà qui nous emmène à Bing Duong, une zone industrielle qui pousse comme un champignon aux lisières nord de Saigon, alignant les usines textiles et de chaussures. Une périphérie en plein boum, peuplée de paysans devenus ouvriers, employés, petits entrepreneurs.

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Ce dimanche, après être allés à la messe, les enfants sont tous examinés, tour à tour, par trois médecins employés des hôpitaux de Saigon qui assurent bénévolement leur suivi médical. © Laurent Weyl

Ainsi de Tô Thi Hang, 29 ans, aveugle de naissance et mère de Bao, 8 ans, recueilli à l'orphelinat. Arrivée du delta du Mékong, séparée de son mari, elle a ouvert, avec deux autres aveugles, un cabinet médical de massage à Bing Duong. Quelle volonté pour en arriver là ! Après des études secondaires menées grâce à l'accueil de religieuses à saigon, Tô Thi Hang est devenue, à force d'entraînement, championne handisport de nage papillon du Vietnam. Avec l'argent obtenu grâce à ses victoires en natation, elle a pu financer sa formation médicale à l'université, dans un cours réservé aux non-voyants. Mais impossible, seule, avec son handicap et ses faibles ressources consacrées ensuite à l'installation de son cabinet, de subvenir aux besoins de Bao. Recueilli par les Assomptionnistes, celui-ci progresse avec la même ardeur que sa maman. Cette dernière lui rend visite chaque mois, suivant un principe intangible à l'orphelinat qui est aussi un foyer de vie : les relations étroites maintenues entre les enfants et leurs familles, où ils passent des vacances deux fois par an.

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De retour à l'orphelinat, situé dans une rue calme au cœur de la cité bouillonnante, la vie reprend avec les pauses lectures ou cinéma, dans des pièces malheureusement bien exiguës. © Laurent Weyl

Autre preuve de cette unité au service de l'éducation, au sud de Saigon cette fois, non loin de Vung Tau, l'ancien cap Saint-Jacques colonial où déferlent les vagues de la mer du Vietnam. Vingt kilomètres avant la cité balnéaire, frère Jean-Baptiste et Tan, 17 ans, s'engouffrent sur une petite route qui mène au pied de collines boisées. Sur un chemin de terre tranchant les cultures maraîchères, accourt Ngyuen Ty Cay, 60 ans, la grand-mère de Tan, qui l'élève depuis qu'il a été abandonné par ses parents. Ne gagnant que 50 000 dongs (2 euros) par jour en vendant ses légumes au marché, elle a dû confier son petit-fils, mais s'enquiert sans cesse de son éducation par l'Assomption. Tous se rencontrent régulièrement pour faire le point sur les études et les progrès de Tan, fou de joie, pour l'instant, de retrouver sa grand-mère et de l'aider à ramasser des liserons d'eau pour le marché du lendemain. De l'orphelinat, aucune famille n'est perdue de vue !

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Des cours de soutien scolaire, animés par une quinzaine d'étudiants bénévoles, sont dispensés chaque jour, le suivi d'une bonne scolarité par les 32 enfants étant l'une des grandes priorités des Assomptionnistes. Très liés à la paroisse catholique locale, les enfants vont aussi au catéchisme et à la messe, tandis que prières et célébrations rythment quotidiennement la vie de l'orphelinat. Les valeurs chrétiennes font intégralement partie de leur éducation, transmises par une Église et des religieux qui, petit à petit, depuis les années 1990, retrouvent droit de cité au Vietnam, après avoir été longtemps réprimés par le régime communiste. Dépourvu de moyens face aux migrations, aux pauvretés, aux inégalités inhérentes au pays en furieux développement, le pouvoir délègue même aujourd'hui aux catholiques une part de l'action sociale. © Laurent Weyl

L'avenir aussi, est scruté de près. Principalement celui des enfants qui, au sortir de l'établissement à l'âge de 18 ou 19 ans, apprennent un métier ou commencent des études supérieures. Six d'entre eux viennent par exemple d'être embauchés par un chef d'entreprise proche des Assomptionnistes. Logés gratuitement, travaillant vingt heures par semaine pour 4 millions de dongs (160 euros) dans la confection d'étiquettes pour vêtements d'une grande marque américaine, ils ont le temps et les moyens d'aller à l'université.

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En visite dans sa famille, Tan, 17 ans, pensionnaire de l'orphelinat, abandonné par ses parents, aide Ngyuen Ty Cay, sa grand-mère, à préparer sa vente de légumes au marché voisin. © Laurent Weyl

Entre ces ateliers à vocation sociale, les dizaines de bénévoles intervenant au quotidien, le lien gardé avec les familles, qui jamais ne « lâchent » les enfants qu'elles ont confiés, et la présence rassurante des prêtres et des frères de l'Assomption, l'orphelinat Hoa Hué prend des allures de galaxie solidaire enfouie dans le chaudron de Saigon. Reste à lui donner un second souffle, avec l'aménagement d'un nouveau bâtiment éducatif sur le terrain acheté grâce à Pèlerin. Nul doute que nos lecteurs, dont l'aide est essentielle à cette construction, répondront à nouveau présents, quatre ans après leur premier geste formidable…

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Avec Jean-Baptiste, frère assomptionniste, une sœur de la Providence (au c.) et une amie, ils font ensuite le point sur l'éducation et la scolarité de Tan. © Laurent Weyl

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Sur le terrain acquis en 2014, en partie grâce aux lecteurs de Pèlerin, ls enfants découvrent le plan du nouvel orphelinat. © Laurent Weyl


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REPÈRES

Superficie : 330 000 km

Population : 96 millions d'habitants.

Espérance de vie : 75 ans.

Principales villes : Hanoï (capitale, millions d'hab.) et Hô-Chi-Minh-Ville (ancienne Saigon) 12,5 millions d'hab.).

1859-1885 : la France étend son protectorat sur la Cochinchine (sud), l'Annam (centre) et le Tonkin (nord).

1946 : guerre d'indépendance contre la France.

1954 : chute de Diên Biên Phu et accords de Genève sur la partition du pays, communiste au nord, pro-américain au sud.

1961 : intervention des États-Unis.

1975 : chute de Saigon et victoire des communistes au sud.

1976 : réunification du pays.





































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Paru le 6 décembre 2018

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