Emotion et sidération à Saint-Etienne-du-Rouvray

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Mercredi 27 juillet, vers 10 heures, des habitants de Saint-Étienne-du-Rouvray se recueillent devant le domicile du Père Jacques Hamel. © Michael Bunel/CIRIC
Mercredi 27 juillet, vers 10 heures, des habitants de Saint-Étienne-du-Rouvray se recueillent devant le domicile du Père Jacques Hamel.
Mercredi 27 juillet, vers 10 heures, des habitants de Saint-Étienne-du-Rouvray se recueillent devant le domicile du Père Jacques Hamel. © Michael Bunel/CIRIC

Notre envoyée spéciale a passé deux jours à Saint-Étienne-du-Rouvray. Reportage.

Des dizaines de bougies scintillent encore, le mercredi 27 juillet, sur le trottoir face à un portail en ferraille bleu ciel, donnant sur le domicile du P. Jacques Hamel, assassiné la veille par deux terroristes, dans la paroisse où il était prêtre auxiliaire. L’incompréhension et l’émotion ont envahi les rues de la ville encore occupée par les policiers armés.

Le matin, sous un ciel gris, des dizaines d’habitants de cette cité ouvrière de la banlieue de Rouen, font la queue à la mairie, pour écrire dans les cahiers à leur disposition. Les messages sont explicites : « notre père tu ne méritais pas cela », « tu laisses un grand vide ». Des fleurs et des mots inscrits à la main sur des bougies blanches jonchent le parvis de l’hôtel de ville.

La veille, dans l’après-midi suivant le drame, Djamila, 27 ans, poussette devant elle, ne pouvait réprimer ses larmes en évoquant le prêtre Jacques Hamel. « J'ai les jambes coupées. Je n’arrête pas de pleurer en pensant à ce monsieur. Quelle cruauté ! Les terroristes disent "Allahou akbar", mais ils ne connaissent rien aux valeurs de ma religion. L'islam, ce n'est pas tuer, c'est protéger et respecter son prochain qu'il soit juif, catholique ou musulman », martèle la jeune femme, mère de deux enfants.

A 18 heures, en ce funeste mardi, se tenait, à la cathédrale de Rouen, une messe en mémoire du père Jacques Hamel. Plusieurs centaines de personnes étaient réunies pour écouter les mots apaisants du vicaire général, Philippe Maheut : « Que le seigneur fasse grandir en nous l'espérance malgré l'effroi qui nous assaille. Ce soir, nous sommes en communion avec les jeunes des JMJ, avec notre archevêque, Mgr Lebrun, et avec les autres religions. Nous ne sommes pas seuls pour célébrer le repas de l'amour. »

Ces paroles ont particulièrement touché Ophélie Basse, 29 ans, qui a passé toute son enfance à Cléon, la ville où le P. Jacques Hamel officiait avant Saint-Etienne-du-Rouvray. En sortant de son travail, elle tenait à prier pour celui qui l'a baptisée. « C'est vraiment un choc. Le Père Jacques Hamel était un symbole de Cléon. Avec mes cousins, on allait à ses messes toutes les semaines. Il a baptisé mes cinq frères et sœurs. Il sera toujours associé à mes souvenirs d'enfance. Je me rappelle qu'il fallait être discipliné au catéchisme, si on discutait au fond de l'Eglise, il nous faisait un de ces regards », raconte la jeune femme, le sourire aux lèvres, mais les yeux emplis de larmes. « C'était quelqu'un de disponible, poursuit-elle. Il allait vers les gens. On ne peut que prier, prier pour que ça ne se reproduise plus. »

Très affecté, Bachar El Sayadi, président de l'Union des musulmans de Rouen (UMR), a aussi assisté à la messe. « Le P. Jacques Hamel était un modèle de vivre ensemble, dit-il. Il était notre frère. On a perdu un ami. La religion musulmane a été salie. Cela nous montre que le chemin est encore long contre le radicalisme. Le but de ces terroristes est de casser l'union nationale, de briser cette amitié entre nos religions. La meilleure des réponses est de consolider ces liens pour faire face à l'inhumain. »

Bernadette, 71 ans, et Rémi, 72 ans, infirmière et médecin retraités, acquiescent : « il fallait venir ce soir, pour être ensemble, pour maintenir un lien fraternel. Cette atrocité nous révulse. Nous ne sommes pas pratiquants, mais on se sent en communion avec tous ceux qui veulent lutter contre la haine. Cela nous paraît important de résister, de maintenir une cohésion car nous craignons que les musulmans soient stigmatisés et ça nous fait horreur. »

A 22 h 30, à Saint-Étienne-du-Rouvray, Thierry, 56 ans et ses deux filles, Marjorie et Elise, 16 et 14 ans, sont venus rendre hommage au P. Hamel, qu'ils côtoyaient depuis dix ans. Ils ont déposé une bougie face à son appartement. « Il avait célébré le baptême de mon petit-fils l'année dernière et les communions de tous mes enfants, souffle Thierry. Je suis stupéfait. C'était un très brave homme. Voir sa photo à la télévision m'a donné des frissons. Ce soir je faisais la vaisselle et j'ai dit à mes filles, venez, on va allumer un cierge. »

A 23 heures, deux voitures de police foncent à toute allure en dehors du centre-ville. La tension est palpable. « Un simple contrôle d'identité », affirme-t-on du côté des forces de l'ordre. À minuit, les barrages dans le centre se débloquent. L'accès à la rue donnant sur la paroisse est rouvert. L’église éclairée brille dans la nuit noire, face à trois camions de police.

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

rouvray

penelope 28/07/2016 à 10:51

Il ne pouvait en être autrement. Ce crime abject touche toute personne sensée. Chez moi, j'ai aussi allumé une bougie de la messe de Pâques que j'avais gardée. J'en ai une autre que j'allumerai demain, en signe d'union avec les veillées et les ... lire la suite

Paru le 20 septembre 2018

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