Christophe Guilluy, géographe, met en lumière « la France des invisibles »

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Le géographe Christophe Guilly. © Laurent Vautrin
Le géographe Christophe Guilly.
Le géographe Christophe Guilly. © Laurent Vautrin

Dans son livre intitulé Fractures françaises  (Ed. François Bourin), le géographe Christophe Guilluy estime que  l’arrivée de la gauche au pouvoir, le 6 mai 2012, n’a pas réduit le fossé entre les catégories sociales.  Au contraire, les grandes métropoles prennent le pas sur la France « de la périphérie ».

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À propos de l'article

  • Créé le 08/06/2013
  • Modifié le 08/06/2013 à 12:00
  • Publié par :Sophie Laurant
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6805, 2 mai 2013

Pèlerin . Voici un an que François Hollande a été élu président de la République. Comment évaluez-vous la situation de la France ?
Christophe Guilluy. Rien n'a changé ! Sinon que la crise économique s'aggrave et qu'il y a de moins en moins d'argent public pour en amortir les effets. Je crois que la gauche, comme la droite avant elle, ne veut pas voir ce qui se passe sous ses yeux : la fracture sociale ne cesse de s'élargir entre la France des métropoles et le reste du pays.

Comment l’observez-vous ?
Les dernières élections législatives partielles, dans l'Oise, avec un fort vote Front national et, surtout, une très importante abstention, le montrent bien. Les électeurs de ce que j'appelle « la France de la périphérie » savent pertinemment que les politiques ne s'intéressent pas à leur sort. Alors, ils ne votent plus ou se réfugient dans un vote protestataire. De toute façon, les classes populaires et moyennes n'attendent plus rien des partis classiques. Sauf les fonctionnaires, qui ont voté PS, et les retraités, qui ont voté UMP. Deux catégories relativement protégées des effets de la crise.

Vidéo.  Les matins de France Culture.  Parmi les invités : Christophe Guilluy. L'émission, consacrée à la France des invisibles, a été diffusé en 2011, avant l'élection présidentielle. Durée : 45 minutes. 

 

Mais il n'est pas politiquement correct de dire que la majorité des Français se sent en insécurité face à la mondialisation. L'ouverture des frontières aux biens et aux marchandises, que ce gouvernement ne remet pas en cause, se traduit pour eux par la perte croissante d'emplois industriels et par l'augmentation du nombre d'immigrés. Faute de vision lucide des choses, aucune loi, aucune mesure n'a été prise pour les rassurer. Au contraire : le cafouillage autour de la fermeture des hauts-fourneaux de Florange, en Lorraine, en est bien la preuve.

Qu’entendez-vous par « France de la périphérie » ?
Je suis géographe. Mon travail consiste à observer les mouvements sociaux qui se produisent sur des territoires donnés : « Qui arrive ? Qui part ? Vers où ? » Or, j'observe qu'aujourd'hui, le pays se divise entre les gagnants de la mondialisation et les perdants. Les gagnants, auxquels s'adressent tous les partis politiques traditionnels, habitent dans les centres-ville des grandes métropoles et dans leur proche banlieue. Ce sont surtout les cadres supérieurs, les professions libérales et intellectuelles.

Tandis que les perdants ne peuvent plus y trouver leur place : les usines ferment, les loyers augmentent démesurément, le sentiment d'insécurité aussi. Alors, ces gens, qui appartiennent à la classe ouvrière ou à la petite classe moyenne, rejoignent ceux qui leur ressemblent (les agriculteurs, les ouvriers de PME rurales), loin des centres. Ils vont dans la banlieue de la banlieue – par exemple, dans l'Oise – ou dans de petites villes tranquilles ou carrément à la campagne. On les appelle alors les « néoruraux ».

Le problème, c'est qu'ainsi, ils s'éloignent des bassins de formation et d'emploi, des lieux de culture et d'échanges. Et ils disparaissent du champ de vision des « décideurs », de ceux qui dictent l'opinion, et de la plupart des hommes politiques !

Dans votre ouvrage, vous dites qu’ils sont majoritaires mais invisibles…
Oui, la France invisible, c'est tout de même 60 % de la population ! Il s'agit des gens qui habitent des pavillons modestes ou louent des appartements pas trop chers dans le parc immobilier privé. Celui-ci subsiste encore dans les petites villes.

Ils ont le sentiment que la vie est moins chère et plus agréable dans ces zones périphériques, même si, souvent, ils ont sous-évalué le coût du transport ou les possibilités d'emplois. Car la banlieue d'une ville de 20 000 habitants ou le village à 10 km de la ville ne sont pas des lieux très dynamiques, ni économiquement ni en termes de services.

► Lire la suite de l’entretien de Sophie Laurant Christophe Guilluy : « Les politiques doivent s’intéresser à la France des invisibles »,  dans Pèlerin 6805, du 2 mai 2013.

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Auteur(s) : Sophie Laurant , édité par Estelle Couvercelle , photo : Laurent Vautrin - Paru dans Pèlerin n° 6805, du 02 mai 2013

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Paru le 6 décembre 2018

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