À Lourdes, Véronique Garnier-Beauvier, témoignera devant les évêques

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© Gauthier Juies - Laurent Ferrière / Hans Lucas
À Lourdes, Véronique Garnier-Beauvier, témoignera devant les évêques
© Gauthier Juies - Laurent Ferrière / Hans Lucas

Les évêques français rencontreront des victimes de pédophilie à Lourdes, le 3 novembre. Parmi elles, Véronique Garnier-Beauvier, 57 ans, abusée par un prêtre, à l'âge de 13 ans.

À propos de l'article

  • Créé le 02/11/2018
  • Modifié le 02/11/2018 à 11:00
  • Publié par :Agnès Chareton
  • Édité par :Sabine Harreau

Pèlerin : Qu'attendez-vous de cette rencontre avec les évêques ?
Véronique Garnier-Beauvier : Cela fait longtemps que j'attends ce moment. J'en avais fait la demande à l'évêque Jacques Blaquart, du diocèse d'Orléans, mais cela n'a pas été possible tout de suite. J'attends de cette rencontre qu'elle ouvre un dialogue entre des personnes qui ont été victimes d'abus sexuels et l'Église. J'ai la chance de vivre déjà ce cheminement, mais ce n'est pas le cas de beaucoup d'autres victimes. nous n'avancerons que par le dialogue.

Pourquoi est-il si important de leur parler face-à-face ?
Quand on se regarde les yeux dans les yeux, la question de la pédophilie dans l'Église n'est plus théorique mais prend chair. Cela permet de « passer de la tête au cœur ». J'espère que nous vivrons une vraie rencontre de personne à personne. Mais pour moi, cette journée à Lourdes n'est pas un aboutissement. Au contraire, j'espère que ce sera le début d'un travail commun au long court pour rendre la maison plus sûre.

Qu'avez-vous envie de leur dire ?
J'ai beaucoup partagé mon témoignage, notamment dans mon livre*. Aujourd'hui, j'en suis à une étape différente. J'aimerais que l'on travaille ensemble à réparer le passé et lutter pour que ces faits ne se reproduisent plus à l'avenir. J'ai envie de dire aux évêques : « N'ayez pas peur de nous ! » Le corps ecclésial doit sortir de la honte et le meilleur moyen d'y parvenir, c'est de se mettre au travail ensemble. C'est possible et ça porte de beaux fruits ! nous l'expérimentons à Orléans, où l'évêque m'a nommée déléguée épiscopale à la protection de l'enfance.

En quoi consiste votre mission ?
Ce travail complète celui de la cellule d'écoute des victimes, que j'accompagne. Nous mettons en place des actions de prévention et de formation destinées à toutes les personnes du diocèse qui sont au service des enfants. Nous avons par exemple organisé des soirées de parole sur le thème « sortir du silence ». Nous avons aussi initié des journées de pastorale avec les personnes abusées, en attente d'une réparation au niveau spirituel.

Pourquoi est-il nécessaire d'associer les victimes aux dispositifs de lutte contre la pédophilie ?
Leur aide est précieuse à l'Église pour l'aider à comprendre cette réalité et donner des idées pour avancer. Travailler ensemble permet d'être plus efficace, mais cela répare aussi le tissu ecclésial qui a été abîmé par ces abus. Des personnes qui ont eu le sentiment d'être rejetées pendant des années peuvent retrouver une place dans l'Église, et c'est réparateur pour l'institution elle-même. On retisse de la confiance. Cela n'a pas de prix.

Certaines victimes reprochent à l'Église son inertie. Et vous ?
Les victimes et l'Église ne sont pas dans la même temporalité. Pour nous, il y a une urgence vitale à agir. Nous ne supportons pas l'idée que d'autres enfants puissent subir ce que nous avons vécu. Les évêques, eux, disent qu'ils ne peuvent pas aller plus vite. L'Église est un gros paquebot : il faut opérer un virage à 180 degrés et cela ne va pas se faire en cinq minutes. D'une certaine façon, elle a besoin d'aide. Quand on s'est trompé, il est difficile de regarder ses erreurs en face, il faut y être un peu obligé.

L'Église fait-elle preuve de bonne volonté ?
C'est inégal. nous voudrions que cela aille plus vite, et voir des gens encore dans le déni ou l'inertie reste douloureux. Mais de plus en plus de personnes se réveillent. Je m'accroche à tous les petits pas. J'ai été très sensible à la lettre du pape François au peuple de Dieu, qui interpelle tous les baptisés. Certains commencent à s'en saisir. Mais il ne suffit pas de prier et de jeûner. Il faut aussi se retrousser les manches. L'Église y gagnera en crédibilité, même si ce n'est pas ma motivation. Je m'engage pour que ce qui m'est arrivé n'arrive pas à d'autres enfants. C'est un drame dont il est difficile de se relever. Chacun peut participer à ce grand chantier à la place qui est la sienne.

Abime

* Au troisième jour, de l'abîme à la lumière, Éd. Artège, 180 p. ; 12,90 €.





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Le 7 novembre 2016, déjà, la Conférence des évêques de France demandait pardon pour le « silence coupable » de l'Église face aux abus sexuels.











© L. Ferrière / Hans Lucas

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Paru le 15 novembre 2018

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