Le département du Cher valorise son patrimoine industriel

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L'espace Métal de la Halle de Grossouvre. © Caféine
L'espace Métal de la Halle de Grossouvre.
L'espace Métal de la Halle de Grossouvre. © Caféine

Au sud du département du Cher, le Val d’Aubois vient d’obtenir le label « Pays d’art et d’histoire » pour la mise en valeur de son architecture, liée à la grande époque de la métallurgie. Reportage à l'occasion de la Journée du Patrimoine de pays, qui se déroule le 20 juin 2010.

À propos de l'article

  • Créé le 17/06/2010
  • Modifié le 31/07/2014 à 12:00
  • Publié par :Sophie Laurant
  • Édité par :Alice Méker
  • Publié dans Pèlerin
    31 juillet 2014

Sur le pont-canal, un bateau de tourisme attend que l’écluse s’ouvre. Au-dessous, l’Allier, vigoureux, cours à la rencontre de la Loire, quelques kilomètres en aval, entre les arbres et les bancs de sable. Un peu plus loin, c’est un autre affluent, l’Aubois, qui se jette dans le fleuve.

Un paysage apaisant noyé de verdure, des lacs et des bois qui incitent aux vacances, dès les premiers beaux jours… Qui croirait que le bucolique Val d’Aubois, cette petite région lovée entre des cours d’eau, au sud du Cher, entre Bourges et Nevers, fut jadis une région industrielle de premier plan?

Pourtant, une vingtaine de sites témoignent encore de ce passé productif sont encore visibles : hauts-fourneaux, tuileries, moulins, habitat ouvrier modèle, fours à chaux… la plupart seront accessibles à la visite à l’occasion de la Journée du Patrimoine de pays, qui se déroule le dimanche 20 juin 2010.

Au milieu du XIXe siècle en effet, les villages, peuplés de milliers d’ouvriers, résonnaient du bruit des forges. Dans les nombreuses forêts, des centaines de mineurs extrayaient, en surface, le précieux minerai de fer d’excellente qualité tandis que d’autres fabriquaient le charbon de bois nécessaire à la métallurgie.

Le long du chemin de fer et des canaux, des hommes chargeaient et déchargeaient les marchandises. Ancres de marine, poutres métalliques, rivets… tout juste sortis des hauts-fourneaux et des laminoirs partaient fournir les chantiers d’une France en pleine expansion économique.


« Entre le XVIIe siècle et 1880, il faut imaginer le Val d’Aubois aussi actif que la Lorraine des années 1950 », expliquent aujourd’hui les responsables de l’association Aubois de Terre et de Feu qui a commencé, il y a une douzaine d’année, à faire revivre cette histoire trop oubliée.

Aujourd’hui, un grand pas a été franchi : le Val d’Aubois vient d’entrer au club fermé des « Pays d’art et d’histoire ». Vincent Courtilat, directeur du syndicat mixte témoigne : « Il y a eu, depuis dix ans, une vraie émulation dans la population et le thème de l’industrie a été un atout original pour obtenir ce label. »

Ce label national récompense donc le fructueux travail en commun de tous les acteurs locaux : la Région Centre et le département du Cher, qui intervient par le biais d’un syndicat mixte de communes, mais aussi de nombreux propriétaires privés et des associations culturelles qui se sont pris de passion pour le patrimoine local.

Ainsi, Claude et Dominique Mangeot, qui ont sauvé de la ruine la splendide abbaye cistercienne de Fontmorigny, sur la petite commune de Menetou-Couture, se présentent comme un des maillons de cette mobilisation.

Depuis 1987, ils ont restauré l’abbatiale et les bâtiments conventuels, mettant en lien le passé religieux du lieu avec la métallurgie : « Depuis 1430, il y a eu des forges sur le site, raconte Claude Mangeot. L’abbaye tirait de là sa richesse. Et en 1854, 300 ouvriers métallurgistes et leurs familles étaient logés dans le cloître du XVIIIe siècle, abandonné. » Des cloisons en brique en témoignent toujours.

Pour faire connaître les lieux et leur redonner une âme, les Mangeot ont créé un festival de musique classique de haut niveau qui attire des mélomanes de la France entière.


Mais le site qui symbolise le mieux cette prise de conscience du patrimoine, comme atout d’un développement touristique de la région, c’est le centre d’interprétation de la commune de Grossouvre.

Ce village, dont l’urbanisme a été modelé par les maîtres de forges dès 1832, abrite une halle exceptionnelle à l’architecture « de transition » construite en 1844 : les poutres sont encore en bois, mais déjà, des éléments métalliques apparaissent pour consolider la charpente de cet immense espace.

Transformée en outil pédagogique ultramoderne, la halle de Grossouvre inaugurée l’an dernier, propose à ses visiteurs, un voyage interactif dans l’histoire industrielle de la région, avec pour guide virtuel, Jamy Gourmaud, l’animateur de l’émission scientifique « C’est pas sorcier » sur France 3 ».

Enfants et adultes peuvent ainsi découvrir comment se fabrique le fer et quels grands ingénieurs de la région ont contribué au rayonnement de cette industrie en France.

Au fil de l’Aubois, les visiteurs curieux de la Journée du Patrimoine de pays pourront également découvrir le haut-fourneau de la Guerche, l’un des plus anciens et des mieux conservés, et les ruines de la fonderie de Torteron qui fut l’une des plus importantes de France avec 2000 employés…

A présent que l’Etat s’est engagé derrière les collectivités locales, Vincent Courtilat voit loin : « Nous devons promouvoir la qualité de notre patrimoine industriel, mais aussi celle de notre paysage rural, préservé du "mitage" pavillonnaire. A terme, nous pourrions nous inscrire dans un projet de parc régional et, sur le plan européen, rejoindre la "la route du fer", un réseau qui se tisse entre la Ruhr allemande et la Grande-Bretagne. »

Pour ce petit territoire oublié où l’emploi se fait rare, cette mobilisation autour du patrimoine a déjà contribué à renforcer l’identité du « pays » et offre un réel motif de fierté aux habitants.

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Paru le 18 janvier 2018

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