Vivre Noël à la lumière de Bethléem : des pèlerins témoignent

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L'église de la nativité à Bethléem. © Laurence Simon / AGF / Photononstop
L'église de la nativité à Bethléem.
L'église de la nativité à Bethléem. © Laurence Simon / AGF / Photononstop

Comment vit-on Noël lorsqu’on s’est rendu en pèlerinage sur les lieux de la Nativité ? Les témoignages de sept pèlerins, de 12 ans à 71 ans, nous invitent à aborder cette fête dans la fraternité et le dépouillement.

À propos de l'article

  • Publié par :Gaële de La Brosse
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    20 décembre 2017

Capucine Vassel, 38 ans, artiste peintre

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© Capucine Vassel Noël 2013. Ce soir-là, une étoile, une seule, brillait dans la bonne direction. Avec nos 4 enfants, nous étions arrivés à Bethléem après un pèlerinage de 5 mois (1), à vélo et à pied, depuis Pellevoisin (Indre). De drôles de rois Mages, venus de l'Occident cette fois ! « C’était un truc vrai, commente l’aînée (16 ans). Être sur les lieux m’a permis de mesurer la réalité de l’événement. Noël, aujourd’hui pour moi, c’est plus concret. »

Noël, aujourd’hui pour moi, c’est plus concret.

Ce 24 décembre était unique, si longtemps cherché, et soudain là, si ordinaire et si prodigieux. Inconfortablement courbés dans notre petite grotte du champ des Bergers, nous avons vécu une jolie messe et accueilli la grâce comme elle venait, au plus près d’un jeune couple en voyage 2000 ans plus tôt. Là, nous avons perçu l’immensité de la petitesse.

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© Capucine Vassel

« C’était froid et dur, c’étaient pas des conditions pour accueillir un roi. Il s’est humilié jusqu’au bout », remarque notre n° 2 (14 ans). « C’était super marquant d’être sur les lieux où Jésus est né. Ce Noël, je m’en rappelle chaque année. Je voudrais y retourner », ajoute notre n° 3 (12 ans).

Nous avons perçu l’immensité de la petitesse.

Il a été compliqué, depuis, de retrouver l’abandon et le dépouillement qui faisaient notre richesse en cet instant. En réalité, nous n’y sommes pas vraiment parvenus. Noël reste un paradoxe trop criant, dans notre microcosme occidental, pour être facile d’accès. Nous voudrions retourner à cette pauvreté, encore infuser ce mystère dans nos âmes : il nous manque.

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  ← (1) Capucine Vassel a raconté ce pèlerinage dans son livre Un an vers Jérusalem (Parole et Silence, 184 p., 19 euros).

(2) Lieu situé près de Bethléem où, selon l’Evangile de saint Luc, les bergers reçurent l’appel des anges les invitant à venir à Bethléem.


Françoise et Claude Barré, 69 et 71 ans, retraités

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© Claude Barré

En avril 2010, nous avons quitté le Mans avec Enée, notre chariot, pour rallier Jérusalem et passer Noël à Bethléem. Un voyage de 6000 km qui dura 8 mois, à travers la Suisse, l’Autriche, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, la Turquie, la Syrie, le Liban, la Jordanie, pour rejoindre Israël. Nous avions déjà marché jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle et souhaitions, par cette nouvelle marche, approfondir la connaissance de nos racines  judéo-chrétiennes. Durant tout ce voyage, la Providence a été à nos côtés.

Arrivés à Jérusalem le 10 décembre, nous souhaitions passer Noël à Bethléem. Ce haut lieu de l’Histoire sainte est situé en Palestine, dans les territoires occupés. Nous avons cependant tenu à y aller à pied, de Jérusalem, même s’il nous fallait traverser le « mur » de séparation : une frontière en béton de huit mètres de haut, derrière laquelle on se sent un peu prisonnier.

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© Claude Barré

À Noël, en dépit de cette situation, Bethléem était en fête, comme pour envoyer un message de paix au monde entier.

Nous avons pu assister à la messe de minuit dans la basilique de la Nativité, construite sur le lieu même de la naissance de Jésus. Il avait fallu s’inscrire préalablement car la taille de la basilique est limitée. Les nombreux participants étaient debout, serrés, comme parqués.

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© Claude Barré

La présence de Mahmoud Abbas, président de l’Etat de Palestine, apportait une dimension particulière, compte tenu du service d’ordre armé qui l’accompagnait. Malgré cela, la ferveur, sans artifice, sans excès, était au rendez-vous.


Chaque célébration de Noël est à présent l’occasion de nous remémorer ce que nous avons vécu là-bas, et de vivre plus intensément la liturgie de cette fête qui décrit les circonstances de la naissance du Christ. Sur le lieu même de cette Nativité, nous avons retrouvé le vrai sens de la fête de Noël. Nous étions partis en voyage et nous sommes revenus de pèlerinage.


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(1) Françoise et Claude Barré ont relaté ce pèlerinage dans le DVD Deux roues et quatre semelles à pied du Mans à Jérusalem (15 euros frais de port compris, à commander à cbarre@noos.fr – recettes au profit des enfants de la Syrie). Voir aussi le blog http://cfbarre.com.over-blog.com




Cyril Boland, apiculteur, 39 ans

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© Cyril Boland

Déjà dix ans.

Ce Noël 2017, il y aura exactement une décennie que j'ai passé le mur et le check point de Bethléem, point final de mon pèlerinage. Parti quasi agnostique de Compostelle en mars 2007, je suis arrivé croyant en Terre sainte. À pied. Je venais de parcourir plus de 8000 km en l'espace de 9 mois, le temps d'une grossesse. Le temps de renaître à soi.

Privilège des pèlerins au long cours : alors que, depuis des mois, les places pour la messe de minuit à la basilique de Bethléem étaient épuisées, j’ai pu en obtenir ! Agglutiné dans la foule compacte, c’était bouleversant de se tenir là où naquit l’Emmanuel – et d’y être arrivé à pied, aussi. Même 2000 ans plus tard, quelle liesse !

Chaque 25 décembre est pour moi la fête de l’Altérité

Depuis, chaque 25 décembre est pour moi la fête de l’Altérité, une actualisation de cette mystérieuse marche à l’Étoile qui m’a conduit en Orient, au Christ.

Membres d’un chœur polyphonique, nous passerons donc cette Nativité en famille à Toulouse dans notre belle paroisse orthodoxe multiethnique (avec des Français, des Russes, des Ukrainiens, des Géorgiens, des Libanais, des Grecs, un Congolais etc.) à veiller, prier, chanter la liturgie byzantine devant le mur d’icônes. Puis, passé minuit, pour rompre le jeûne, nous partagerons ensemble les spécialités culinaires de chaque pays, généreusement préparées par tous.

Surtout, je serai en communion avec José Manuel – pèlerin de Jérusalem espagnol rencontré au fin fond de la Turquie – avec qui j'ai partagé mes dernières semaines de marche, mon arrivée à Bethléem et cette inconcevable nuit où Dieu s'incarna, pauvre et différent, et tellement vulnérable.

Il est un témoin de mon propre chemin, comme je suis témoin du sien. Un autre frère en humanité.

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Vivre Noël à la lumière de Bethléem

Chemin-Faisant 22/12/2017 à 14:48

Bethléem, c'est notre coeur ! C'est là que crèche Jésus ... Partir en pèlerinage, c'est aller l'y rejoindre. Fêter Noël, c'est vivre une renaissance, un nouveau départ. Comme celui du pèlerin qui chaque matin reprend le chemin ! Bethléem, c'est ... lire la suite

Paru le 21 juin 2018

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