Via Francigena : la traversée de l’Italie à pied

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© Cyprien Mycinski
Via Francigena : la traversée de l’Italie à pied
© Cyprien Mycinski

Enseignant et journaliste, Cyprien Mycinski a traversé l’Italie à pied, d’Aoste, (dans les Alpes) à Otrante (au bord de la Méditerranée), à 26 ans. Il vient de publier le récit de cette marche, sous le titre Via Francigena. Traverser l’Italie à pied. Entretien.

À propos de l'article

  • Publié par :Propos recueillis par Gaël de la Brosse
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7015 du jeudi 11 mai

Vous avez traversé l’Italie à pied d’Aoste à Rome en empruntant la Via Francigena, puis jusqu’à Otrante, à l’extrême sud du pays, soit 1700 km. Quelles ont été les motivations de votre départ et du choix de votre destination ?

Je disposais de plusieurs mois de temps libre à ce moment-là : c’était l’occasion de me lancer dans un grand voyage. Après avoir un peu hésité sur ma destination, je me suis rapidement décidé pour l’Italie. C’est un pays où j’avais déjà voyagé à plusieurs reprises et qui me plaisait beaucoup. J’avais envie de le découvrir en profondeur et j’ai pensé qu’y marcher était la meilleure manière de le faire !

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À ceux qui vous interrogeaient sur la route, vous aimiez à vous définir comme « pellegrino », c’est-à-dire « pèlerin ». Que signifie pour vous ce mot, et considérez-vous que ce voyage était un pèlerinage ?

Au sens strict, je n’étais pas un pèlerin : les reliques, le tombeau des apôtres, l’expiation sur la route pour gagner le Paradis, l’idée qu’un saint pourrait intercéder en ma faveur, tout cela ne me concerne pas. Ce sont des formes de piété dont je suis très éloigné. Pour autant, je disais en effet que j’étais un pellegrino, d’abord parce que je marchais sur un chemin de pèlerinage et que j’étais ému par l’idée de mettre mes pieds dans ceux de milliers de prédécesseurs à travers les siècles, ensuite parce que la marche au long cours m’a ouvert à des formes de contemplation. Il y avait donc une dimension spirituelle à ce cheminement.

Vous aviez effectué à 19 ans le chemin de Saint-Jacques, du Puy-en-Velay à Compostelle. Quelles différences et quelles similitudes avec ce voyage ?

Quand j’ai fait le chemin de Saint-Jacques, c’était en VTT et non à pied. C’était une belle expérience, mais marcher est encore beaucoup plus agréable, selon moi. On voit évoluer le paysage plus lentement, on peut faire davantage de rencontres. Il faut aussi dire que le chemin de Saint-Jacques, en particulier le Camino francés en Espagne, est bien plus fréquenté que la Via Francigena. On peut avoir le sentiment de s’y perdre dans la masse…

Votre récit est émaillé de l’évocation des nombreuses rencontres que vous avez faites, tant des habitants des régions traversées que des pèlerins croisés au hasard des routes. Lesquelles vous ont le plus marquées ?

Je suis devenu très ami avec Robert, un Anglais de 65 ans qui a passé sa vie à parcourir le monde. Pendant les deux semaines où nous avons voyagé ensemble, nous avons beaucoup parlé et beaucoup ri. De manière générale, rencontrer d’autres pèlerins est très enrichissant. Ce sont souvent des gens intéressants, qui n’ont sur le chemin aucun statut social à défendre et qui viennent de toute l’Europe. On apprend beaucoup à discuter avec eux.

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Vers Pont-Saint-Martin © Cyprien Mycinski

Durant votre voyage, vous avez également croisé de nombreux saints, célèbres ou moins connus : Bernadette Soubirous, Ignace de Loyola, Catherine de Sienne, Benoît Labre, Jean-Paul II, Nicolas, Hardouin ou Donnino. Vous êtes-vous senti accompagné par l’un ou l’autre ?

Non. Ce sont pour certains d’entre eux des personnages intéressants, voire fascinants (je pense à François d’Assise), mais je ne peux absolument pas dire m’être senti accompagné. Ce n’est pas de cette manière que je vis ma foi.

Avec ses hébergements pour les étrangers et notamment pour les pèlerins (xenodochia autrefois, ostelli aujourd’hui), la Via francigena possède une vieille tradition de l’hospitalité. Avez-vous été bien accueilli pendant votre périple ?

J’ai dormi régulièrement dans des ostelli relevant de paroisses ou de couvents, ou bien dans d’autres appartenant aux municipalités. Partout, j’ai été très bien accueilli. Même si les conditions étaient souvent assez spartiates, l’accueil était vraiment chaleureux. Je garde un souvenir émerveillé du couvent des Sœurs de la Charité à Sienne, par exemple. Il y a eu quelques exceptions, mais ce n’était que des exceptions…

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Vers Costamezzana © Cyprien Mycinski

Vous citez en exergue de votre récit la phrase de Julien Gracq : « Tout grand paysage est une invitation à le posséder par la marche. » Pensez-vous avoir réussi ce défi ?

Je n’ai pas vu cela comme un défi, mais comme une invitation. Et puisque cette invitation était alléchante, j’y ai répondu positivement. J’ai marché à travers les grands paysages qui s’ouvraient devant moi, ce qui m’a permis de les sentir et les comprendre. Et je suis très heureux de l’avoir fait !

Jean-Claude Guillebaud écrit que « ce livre est une joie ». Fut-ce aussi une joie de l’écrire ?

Ce le fut, dans la mesure où raconter ce voyage fut une manière de le revivre et de l’approfondir. Et, puisque le livre existe désormais, je garde une trace forte de cette belle expérience. Mais je dois aussi dire pendant le temps de l’écriture, j’ai un peu trop vécu le regard tourné vers l’arrière sans être vraiment capable de me lancer dans de nouveaux projets.

Justement… Avez-vous d’autres projets de marche ?

Pas pour le moment. Peut-être qu’un jour je me lancerai dans une traversée de l’Espagne, ou bien dans une autre traversée de l’Italie… en partant du Nord-Est pour aller vers le Sud-Ouest, cette fois !


À lire

CouvLivre

Via Francigena. Traverser l’Italie à pied, Salvator, 320 p., 20,90 euros

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Paru le 20 juillet 2017

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