Sylvie Testud : "Dans le film Lourdes, chacun espère un miracle"


Lourdes Bande Annonce par

Actrice, écrivain et cinéaste, Sylvie Testud est l'héroïne du film Lourdes, qui sort en salles le 27 juillet. Ce récit d'un miracle dans la cité mariale, tourné au milieu des pèlerins, lui a demandé de se plonger dans le monde de la maladie et du handicap. Une expérience dont elle est sortie grandie.

Pèlerin : Comment avez-vous réagi lorsque vous avez découvert le scénario du film ? Il se dit que d’'autres actrices ont décliné l’'offre, parce que son héroïne est handicapée et qu’'il se déroule à Lourdes, au milieu des pèlerins.
Sylvie Testud : Je l'ai tout de suite adoré. C'est vrai qu'avec un titre pareil, j'ai eu peur que le film soit hostile à Lourdes, ou qu'il y adhère sans discernement. Je n'aime ni l'un ni l'autre. À sa lecture, j'ai découvert, au contraire, un scénario extrêmement fin. Comme un conte de fées, mais avec une part d'insolence qui m'a plu.

Car chacun, dans ce film, espère être celui ou celle qui sera touché par un miracle. Comme un dû.Tous, en effet, nous avons le sentiment de mériter qu'un événement positif advienne dans notre vie et remédie à nos souffrances. Or, seul mon personnage, qui n'attend presque plus rien et participe à ce pèlerinage comme à une visite touristique, est miraculeusement guéri, laissant les autres dans un grand sentiment d'injustice.

Atteinte d’une sclérose en plaques, Christine, votre personnage, se déplace en fauteuil roulant, sans autonomie aucune. Comment vous êtes-vous préparée à la jouer ?
J'ai déjà interprété un rôle de paraplégique au théâtre, dans une pièce de Stefan Zweig, La pitié dangereuse. Dans Lourdes, la maladie de Christine est bien définie. La sclérose en plaques touche des gens jeunes. Ses symptômes, la tétanie des muscles, sont très précis, ainsi que son évolution, lente mais inexorable.

Avant le tournage, Jessica Hausner, la réalisatrice, m'a emmenée dans une institution, en Autriche, spécialisée dans le suivi de personnes qui en sont atteintes. J'ai pu en voir tous les stades. Mais surtout la manière dont les malades la vivent. Et vivent, tout simplement. C'est une véritable épée de Damoclès. Nous savons tous que nous allons mourir un jour, sans en connaître la date. Eux la savent approximativement.

Que vous inspire le miracle qui touche votre personnage, au contact de la foi mariale ?
Dès l'enfance, on a l'espoir d'un miracle. Surtout quand quelque chose de difficile vous tombe sur la tête. Croyants et non-croyants en attendent un toute leur vie. L'humanité entière attend un miracle. Car, quels que soient ses moyens, il est difficile pour un être humain de se sentir pleinement heureux.

Votre personnage n’'a pas la foi. Vous-même, quelles relations entretenez-vous avec la religion ?
Dans ma jeunesse, j'ai reçu une solide éducation catholique. J'étais très attachée à une petite église près de chez moi : Saint-Bruno, sur les pentes de la Croix-Rousse, à Lyon. C'était ma paroisse. Pendant le tournage de Lourdes, tout le monde était très étonné que je connaisse les trois quarts des chants religieux.

C'est drôle, mais mon fils, âgé de 6 ans et non baptisé, vient de me demander de recevoir le baptême. Il m'a d'abord questionné : « Maman, t'es pour qui ? Jésus ? » Comme si c'était du foot ! J'ai eu envie d'organiser la cérémonie à Saint-Bruno justement. Le nouveau prêtre de la paroisse m'a donné aujourd'hui son accord.

Votre ascendance napolitaine influence-t-elle ce choix?
Bien que ma mère soit divorcée, la religion catholique a toujours été très présente dans ma famille maternelle. Si je me suis éloignée de l'Église, ces dernières années, ce n'est pas par volonté, mais parce que la vie s'est peu à peu densifiée.

Les tracas vous happent et vous rendent plus égoïste et matérialiste. Beaucoup de mes amis, quand ils ont appris que j'allais à Lourdes, m'ont demandé de leur envoyer une petite fiole d'eau. Avec l'acteur Bruno Todeschini, qui est aussi d'origine italienne, on a passé notre temps libre à remplir des jerricans, et à faire des envois par La Poste.

Photo double page Sylvie Testud

La rencontre avec Sylvie Testud comprend 3 pages à lire dans Pèlerin n°6712, paru le jeudi 21 juillet 2011.

Trouvez Pèlerin chez le marchand de journaux le plus proche de chez vous (entrez "Pèlerin" puis votre adresse postale).

Critique du film Lourdes
Christine, dont la sclérose en plaques est à un stade avancée, s'est glissée dans un groupe de pèlerins, mais sans y croire. Pourtant, la jeune femme se prête de bonne grâce à toutes les étapes du cheminement marial.Jusqu'au jour où elle se lève de son fauteuil roulant...

L'Autrichienne Jessica Hausner, dont Lourdes est le troisième long-métrage, a adopté une distance quasi documentaire. Ablutions à l'eau de Lourdes, bénédictions et moments de dévotions se succèdent pour ce groupe, encadré par des membres de l'ordre de Malte. L'âme ? Le corps ? Que vient-on guérir à Lourdes ?

Cette œœuvre interroge la foi, la religiosité, les miracles, et le rapport entre des êtres, dont chacun pense que sa souffrance vaut plus que celle de l'autre. Pour toutes ces raisons, Lourdes a reçu, à la Mostra de Venise 2009, le prix de la Critique internationale et le prix Signis, décerné par l'Association catholique mondiale pour la communication.

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 14 juin 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières