Sur le chemin de saint Ignace, en Espagne

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Jean-Pierre Musialowski sur le Camino ignaciano, au bord d'une falaise, avant d'arriver à Alda (4e étape). © Jean-Pierre Musialowski
Sur le chemin de saint Ignace, en Espagne
Jean-Pierre Musialowski sur le Camino ignaciano, au bord d'une falaise, avant d'arriver à Alda (4e étape). © Jean-Pierre Musialowski

Après avoir enchaîné différents chemins de pèlerinage, Jean-Pierre Musialowski a effectué le chemin de saint Ignace, qui relie Loyola à Manrese, en Espagne. Il nous livre ses impressions sur cet itinéraire empreint de spiritualité.

À propos de l'article

  • Publié par :Gaële de la Brosse
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    Pèlerin.com, le 19 avril 2017.

Pouvez-vous nous donner tout d’abord quelques indications pratiques sur ce chemin ?

Le chemin de saint Ignace (ou Camino ignaciano), qui s’étend sur environ 650 km, commence à Loyola, ville natale du fondateur des Jésuites, et se termine à Manresa, dans la grotte où il rédigea ses Exercices spirituels. Il traverse le Pays basque, la Rioja, la Navarre, l'Aragon et la Catalogne.

Il faut un mois pour le parcourir. Au début du chemin, le balisage est constitué des bandes bicolores du GR®120 et des flèches orange propres au Camino ignaciano. De Navarette à Logroño (1 étape de marche), on emprunte à l’envers le Camino francés. L'itinéraire correspond ensuite à celui du Camino catalan meridional jusqu'à Montserrat.

Au départ, la credencial est disponible au sanctuaire de Loyola. A l'arrivée, un certificat est délivré au Centre de spiritualité à Manresa.

Enfin, les périodes les plus favorables sont le printemps et l'automne, comme pour la plupart des chemins en Espagne.

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En descendant du col de Biozkornia. © Jean-Pierre Musialowski


Et l’hébergement ?

Il y a quelques possibilités de style jacquaire dans la partie basque, mais la plupart des lieux d'accueil sont de petits hôtels ou des pensions. A partir de Logroño, le pèlerin bénéficie des structures habituelles des chemins de Saint-Jacques.

Quelles sont les étapes les plus marquantes ?

Sur le plan des paysages, les étapes les plus belles sont celles du Pays basque, avec en particulier le franchissement du col de Biozkornia. Une mention spéciale également pour le massif montagneux de Montserrat, en Catalogne.

En ce qui concerne le patrimoine architectural, je citerais les villes de Laguardia, Logroño, Calahorra, Tudela, Saragosse, Lerida et Cervera.

Pour ce qui est des sanctuaires, outre évidemment ceux de Loyola et Manresa : la basilique Notre-Dame d'Arantzazu, la chapelle Notre-Dame d'Ibernalo, Verdu, village natal de saint Pierre Claver (1580-1654), patron défenseur des droits de l’homme ; et bien entendu l'abbaye bénédictine de Montserrat, joyau parmi les joyaux !

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 La montagne de Montserrat. © Jean-Pierre Musialowski

Votre meilleur et votre pire souvenir ?

Mon meilleur souvenir date du dernier jour : je marche sur une large piste le long d'une rivière. A quelques kilomètres du but, un signe, au milieu du chemin : un minuscule caillou avec une petite coquille fossilisée ! Intense émotion qui me rappelle une autre découverte… En octobre 2012, à Jerez de la Frontera, entre Séville et Cadix, je retourne une grosse pierre où je trouve trois coquilles fossilisées. Comme si le Chemin me disait, après mes trois arrivées à Santiago : « Le pèlerinage, c'est aussi ici ! »

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Le sanctuaire de Loyola. © Jean-Pierre Musialowski

Une réminiscence moins agréable : celle de la traversée de Los Monegros, du côté de Bujaralos. Un désert torride où le mercure du thermomètre frôle les quarante degrés…

Vous avez effectué plusieurs autres pèlerinages. Pourquoi avez-vous entrepris celui-ci ?

J’ai en effet emprunté les quatre grandes voies jacquaires en France, je suis allé trois fois à Santiago, et j’ai suivi la plupart des chemins de Saint-Jacques en Espagne. J’ai également pérégriné de Czestochowa (Pologne) jusqu'à Fatima (Portugal) en passant par Lourdes, et cheminé de Canterbury (Angleterre) jusqu'à Jérusalem en passant par Assise et Rome (Italie). Et si j'ai voulu marcher sur les traces de saint Ignace (qui, lui aussi, s'est rendu au Vatican et au Saint-Sépulcre), c’est pour découvrir sa spiritualité dans l'itinérance.

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Calahorra, dans la Rioja. © Jean-Pierre Musialowski

Etait-ce une manière d’effectuer les Exercices spirituels que saint Ignace nous a laissés ?

Ne me sentant pas prêt à suivre les Exercices spirituels préconisés par le saint homme, ce qui de toute façon ne peut être entrepris sans accompagnateur, j'ai imaginé une démarche toute personnelle.

J'ai emporté avec moi l'Évangile selon saint Matthieu. Il comporte 28 chapitres, ce qui correspond au nombre d'étapes que j'ai parcourues. J'en ai lu un chaque soir avant de m'endormir. En cheminant le lendemain, me référant à cette lecture, je me suis remémoré un moment sombre de ma vie où mon comportement n'a pas été des plus glorieux, sans éprouver de ressentiment à l'égard d'autrui ni de culpabilisation excessive à mon endroit.

J'ai ensuite tenté de prolonger cette évocation par une introspection critique (dans le sens étymologique du terme) en réfléchissant à la manière d'en tenir compte dans mes actions futures.

Qu’est-ce que cette pérégrination vous a apporté ?

À la lumière du message ignacien, j'ai conforté en moi l'idée que « tout acte libre est un lieu de rencontre avec le Christ ». Qu'avoir la foi, c'est tout simplement avoir confiance en Lui !

Eric-Emmanuel Schmitt écrit : « A la lecture de l'Évangile, je suis bouleversé par cette figure de Jésus qui parle d’amour et qui meurt par amour. L’amour doit être le ciment de la relation avec l’autre. Il faut remplacer la défiance par l’amour. C’est de la dynamite, cette idée-là ! » Je partage cette conviction. Et si la conversion permanente, c'était cela : revenir inlassablement à l'amour inconditionnel ? Etre capable de s'abandonner, ne pas vouloir tout contrôler, tout planifier. Cette compétence, je tente de la construire au fil de mes pérégrinations, et ce n'est pas facile. Mais je sais que Quelqu'un veille sur moi !

En conclusion : Ignace et ses frères vivaient en Compagnie de Jésus. Leur spiritualité invite à faire de même... sans majuscule !

Quel est votre prochain pèlerinage ?

Fin avril, je partirai faire le tour des Pyrénées sur les chemins de Saint-Jacques : voie du Piémont pyrénéen jusqu'à Narbonne, passage de la frontière au col de Panissars par Perpignan, Camino gironi jusqu'à Montserrat, Camino catalan par San Juan de la Peña, Camino aragonés jusqu'à Pampelune, puis voie du Baztan pour rejoindre la voie du Piémont pyrénéen... et ainsi boucler la boucle !



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Pour aller plus loin

Site Internet de Jean-Pierre Musialowski : www.chemin-faisant.fr

Pour en savoir plus sur le chemin de saint Ignace :
http://caminoignaciano.org/fr

Vos commentaires

2 Commentaires Réagir

Pélerin un jour

Monesi64 26/04/2017 à 17:15

J'ai commencé mon pèlerinage sur le camino del norte en 2011. Désormais à la retraite et depuis notre dernière rencontre autour "de bons mots, du bon pain et du bon vin", je repars sur le camino depuis Bilbao début juin. Rendez-vous en ... lire la suite

Les chemins de Jean Pierre

jp86 21/04/2017 à 22:02

Bonjour, Jean Pierre, c'est magnifique tout ces chemins et ces photos que tu nous permets de vivre à distance.Tu es génial et plein de richesse, Merci de nous partager ces Camino de rêve. Jean Paul de Maisoncelle 86

Paru le 7 décembre 2017

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