Réinventer sa vie sur les chemins de Compostelle

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Alexandre Thébault à Fisterra (Espagne) © Alexandre Thébault
Réinventer sa vie sur les chemins de Compostelle
Alexandre Thébault à Fisterra (Espagne) © Alexandre Thébault

À 30 ans, Alexandre Thébault, cadre en entreprise, a démissionné pour aller découvrir sa vocation sur les chemins de Saint-Jacques. Il partage ce cheminement dans un récit au titre évocateur : J’avance, tu conduis. Entretien.

À propos de l'article

  • Publié par :Propos recueillis par Gaële de la Brosse
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    Pelerin.com, le 13 mars 2017

Vous aviez engagé une carrière prometteuse chez Areva, de nombreux amis, un bel appartement… Pourquoi avez-vous démissionné pour partir sur les routes ?

À 30 ans, j’ai voulu m’éprouver. Je voulais savoir si j’étais capable de quitter ma zone de confort pour me repenser. J’étais très heureux chez Areva, mais je sentais que, d’une part j’arrivais à la fin d’un cycle et que, d’autre part, j’étouffais depuis trop longtemps une question à laquelle je devais trouver une réponse claire : à quoi étais-je appelé ? J’ai donc pris le parti de quitter mes avoirs pour être davantage…

web02Les Pyrénées - France

                                                                                                            Dans les Pyrénées françaises © Alexandre Thébault

Cette décision a-t-elle été facile à prendre ?

Non. Ce qui est éprouvant c’est le discernement qui précède la prise de décision. J’ai pesé le pour et le contre, et inévitablement, j’ai pris conscience de tout ce que je devrais abandonner, un peu à la manière du jeune homme riche dont il est question dans les Evangiles. L’inconnu, tout en m’exaltant, a engendré une peur certaine. Mais c’est parce que j’ai la conviction qu’on ne peut fonder une décision sur la peur que j’ai pris le parti de forcer ma nature. Et une fois ma démission posée, j’ai été soulagé. On dit souvent que le choix est libérateur, j’en ai fait l’expérience à cet instant.

Je voulais savoir si j’étais capable de quitter ma zone de confort

Vous avez marché du Puy-en-Velay à Saint-Jacques-de-Compostelle. Pouvez-vous résumer les phases de votre cheminement durant ces 1600 km que vous avez effectués en deux mois (septembre-octobre 2015) ?

Pour ma part, le cheminement a été assez linéaire. Chaque jour passé sur les chemins a constitué un plus grand pas vers la connaissance de moi-même. J’ai certes eu le désir, au bout d’un mois, de faire demi-tour le temps d’un court week-end afin de me rendre au mariage de deux bons amis ; mais j’ai vite saisi que je ne répondrais pas favorablement à cette envie, car j’aurais alors perdu le bénéfice de ces quelques semaines d’introspection.

Quels ont été les étapes les plus décisives dans le discernement de votre vocation ?

Une rencontre m’a particulièrement marqué : celle du père Ronan de Gouvello, alors recteur du sanctuaire de Rocamadour, qui a su trouver les mots juste pour orienter ma quête. C’est également dans la prière, devant le Saint-Sacrement, que le bon Dieu s’est révélé : la première fois à Lourdes et la seconde fois à León, en Espagne.

Cela peut paraître étrange à beaucoup de personnes de penser que Dieu « parle ». Mais c’est bien là le fondement de la foi des catholiques. Nous avons la ferme conviction, parce que nous en avons fait l’expérience, que le Dieu auquel nous croyons est un Dieu vivant, qui n’est pas figé dans le temps et qui s’implique dans nos vies à tous, simplement parce qu’Il s’en soucie. D’où le titre évocateur de cet ouvrage : J’avance, Tu conduis !

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                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    La Meseta, Espagne © Alexandre Thébault

Vous citez cette belle formule du poète britannique William Blake : « J’ai cherché mon âme et je ne l’ai pas trouvée. J’ai cherché Dieu et je ne l’ai pas trouvé. J’ai cherché mon frère et je les ai trouvés tous les trois. » En quoi les rencontres des autres pèlerins vous ont-elles également aidé dans cette entreprise ?

Dieu s’est toujours exprimé à travers les hommes. Depuis le commencement, malgré nos faiblesses, Il a fait un choix : celui de passer à travers nous. Chaque personne, croyante ou non, exprime quelque chose de Dieu. J’ai rencontré une grande majorité de pèlerins qui ne croyaient pas mais j’ai vu, j’ai entendu leur soif de spiritualité. Leurs témoignages, simples et sans ambages, m’ont édifié et m’ont aidé à grandir. Comme « le fer aiguise le fer, ainsi un homme aiguise un autre homme » dit le Livre des Proverbes


Chaque jour passé sur les chemins a constitué un plus grand pas vers la connaissance de moi-même

« On ne fait pas le chemin seulement pour soi, écrivez-vous, on le fait aussi pour tous ceux qui ne peuvent pas le faire. » Pendant ce pèlerinage, comment avez-vous porté la centaine d’intentions de prières qui vous avaient été confiées ?

Je dirais plutôt que c’est cette litanie d’intentions qui m’a porté. J’avais, avant mon départ, invité mes amis et ma famille, s’ils le souhaitaient, à me donner leurs intentions de prières. Croyants ou non, ils furent plus d’une centaine à me confier leurs peurs, leurs espérances et leurs doutes. Chaque jour, j’ai donc prié pour chacun d’entre eux. Ainsi, je ne me suis jamais désintéressé de la vie que mes proches menaient loin de moi. Je crois même que je n’ai jamais été aussi près d’eux pendant ces instants.

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                                                                                                                                        Alto Del Perdon, Espagne © Alexandre Thébault

Tout au long de votre voyage, vous ressentez très fortement les drames de l’actualité, notamment l’exil des migrants et, à la fin de votre voyage (à Fatima, que vous avez ensuite rejointe en car), l’attentat du 13 novembre au Bataclan, à Paris. Comment êtes-vous passé de la révolte à une action constructive ?

La colère ne mène à rien. Et puis, il est très important d’apprendre à accepter qu’il y a, dans la vie, des événements sur lesquels nous n’avons pas de prise directe. Mais je suis également habité d’une certitude, les chrétiens ont quelque chose de précieux à apporter à ce monde : l’espérance.

Pour ma part, c’est donc dans le champ de l’action politique que j’ai décidé d’œuvrer. Certes, l’environnement est parfois âpre mais les enjeux, si importants, rendent nécessaire l’engagement de tous ceux qui souhaitent, comme l’a dit en son temps Saint Exupéry « moins prévoir l’avenir que le rendre possible ».

Quel conseil donneriez-vous à celui qui se sent attiré par l’aventure du Chemin ?

Je lui dirai tout simplement ce que le pape Jean-Paul II n’a cessé de nous clamer : « N’ayez pas peur ! » Je crois que nous avons tous, au plus profond de nos entrailles, un vif désir qui se rappelle à nous régulièrement. Il y a ceux qui font le choix de l’étouffer. D’autres qui, un jour, décident de s’y confronter et quittent alors leur confort.

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                                                                                                                                                                                   © Alexandre Thébault

Ce que m’a appris le chemin, c’est de ne pas chercher à prévoir « le coup d’après ». Avoir un fil conducteur dans sa vie est important, mais sachons être souples pour autant. Restons perméables aux événements de la vie afin de répondre favorablement aux opportunités qui s’offrent à nous !


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À lire

Alexandre Thébault, J’avance, tu conduis, Parole et Silence, 274 p., 18 euros

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Paru le 10 août 2017

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