Pieds nus jusqu’au Mont-Saint-Michel

agrandir La baie du Mont-Saint-Michel est un site classé au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1979. La traverser à pied permet de découvrir la richesse de son écosystème.
La baie du Mont-Saint-Michel est un site classé au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1979. La traverser à pied permet de découvrir la richesse de son écosystème. © Yvon Boëlle/Onlyfrance.fr
La baie du Mont-Saint-Michel est un site classé au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1979. La traverser à pied permet de découvrir la richesse de son écosystème.
La baie du Mont-Saint-Michel est un site classé au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1979. La traverser à pied permet de découvrir la richesse de son écosystème. © Yvon Boëlle/Onlyfrance.fr

Du Bec d’Andaine jusqu’au mont : trois heures de randonnée mythique dans la baie – patrimoine mondial de l’Unesco– sur les traces des pèlerins du Moyen Âge.

Les chemins de Chartres, Tours et Paris vers le Mont-Saint-Michel

À propos de l'article

  • Créé le 15/07/2015
  • Publié par :Muriel Fauriat
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6920, du 16 juillet 2015

Plage du Bec d’Andaine. 13 heures. La mer s’est retirée sur des kilomètres. Le ciel bleu se reflète dans les flaques d’eau brillantes au sein d’un camaïeu d’ocre.

Pieds nus sur le sable, le regard tourné vers la Merveille, loin sur la gauche ; sur le roc Tombelaine, plus proche. À côté des dunes, les coquillages brisés piquent les pieds et, dans l’immensité, six groupes de marcheurs, unis dernière leur guide, traversent. Nous sommes trente-sept emmenés par Jack Lecoq.

Au Moyen Âge, les pèlerins traversaient de tous côtés. Avec Rome et Compostelle, le mont était l’un des principaux pèlerinages. Aujourd’hui, il accueille 2,5 millions de touristes par an. 

Le guide au visage buriné de la Maison de la baie, coupe-vent et chapeau, s’arrête devant le cordon dunaire. « Pas de construction, pas d’éolienne, grâce à la loi « littoral » (votée en 1986, NDLR). Attention, on ne jette pas de caillou, précise-t-il à un enfant. Le gravelot à collier interrompu niche à terre, on peut casser ses œufs ! »

Un sable noir craquelé apaise la plante des pieds. Voici la Leyre, premier fleuve traversé. « Elle menait au port de Genêts, désormais ensablé, explique Jack. Les prés salés, vastes étendues vertes inondées aux grandes marées, s’étendent sur la gauche. »

Nous traversons, de l’eau jusqu’à mi-cuisse et un sacré courant. « Grand-mère, grand-père, ça va ? » lance Arthur, 7 ans. « On est là pour l’héritage, on les laisse s’envaser ! » réplique le père.

L’ambiance est à l’humour. Des canards tadorne de Belon s’envolent. « La baie est une autoroute à oiseaux », explique Jack. Ou plutôt leur restoroute ! Souchets, oies rieuses se reposent ici, lors des migrations.

14 h 30. Mille cris nous accueillent à l’îlot de Tombelaine, rocs gris-blancs surmontés de buissons. Les goélands argentés se battent.

« L’îlot compte 380 de leurs nids, 200 nids d’aigrettes garzettes. Interdiction d’y aller pendant la nidification, jusqu’à fin juillet ! prévient le guide. Et il n’y a pas que des oiseaux dans la baie. Les eaux sont riches de soles, de crevettes ; au loin vivent des phoques, des baleines et des pingouins. »

Nous croisons notre deuxième fleuve, un bras de la Sée, et nous enfonçons délicieusement dans l’eau tiède. Au loin, derrière le mont, une rangée de peupliers se découpe. À gauche : la Bretagne, à droite : la Normandie.

15 heures. Arrivés ? Non. Nous traversons encore un fleuve, en fait deux en un, la Sée et la Sélune, immense ! Singulier d’arriver au mont par la face nord, toute boisée. Un point de vue idéal pour évoquer son origine :

En 708, l’archange Michel est venu demander à l’évêque d’Avranches, saint Aubert, de construire un sanctuaire, raconte Jack. Devant sa mauvaise volonté, il a dû revenir et a enfoncé son index dans la tempe du prélat, afin que celui-ci lui obéisse… C’est vite devenu un lieu de pèlerinage. Des églises ont vu le jour. Des religieux s’y sont installés. Aujourd’hui, douze moines et moniales des Fraternités monastiques de Jérusalem y vivent.

La marche continue, cap sur la statue de saint Michel sculptée, dorée à l’or fin, là-bas dans le ciel.

15 h 30. Voici le « grand fleuve », le Couesnon, sur qui on compte pour désensabler la baie. « Les travaux pour rendre son origine maritime au mont sont finis, explique le guide. La digue-route, créée en 1879, a été remplacée par une passerelle. Les anciens parkings ont disparu, au profit de places sur la terre, au départ de la navette. Et d’une zone commerciale… »

Après avoir traversé le turbulent fleuve, nous marchons sur de larges bancs de sable qui vont disparaître grâce aux « chasses » du Couesnon (lâchers d’eau du barrage). Nous glissons, dérapons. Une patinoire !

16 heures. Devant les remparts du Mont-Saint-Michel, les sables mouvants. Le couple belge se souvient. Il y a quinze ans, une quinzaine de Liégeois sont restés prisonniers des sables. Ils ont cru leur dernière heure arrivée.

Mireille raconte : « Sans guide, mal équipé, âgé, notre groupe était épuisé, ensablé jusqu’à la taille. Un sauveteur en hélicoptère a hélitreuillé les ensablés. » Plus de peur que de mal. Les enfants s’essaient aux sables mouvants. Ça aspire bien. Pas étonnant que nombre de pèlerins, pêcheurs… en aient été victimes, coincés alors que la marée montait.

Au pied du mont, il reste à grimper les marches de la Merveille, dont l’entrée a été magnifiquement rénovée, et à visiter l’abbaye… pour les plus sportifs. Les autres la visiteront le lendemain.

18 heures. Retour en navette et bus au Bec d’Andaine, le temps d’admirer les nouveaux aménagements. Magnifique ! Le mont est libéré, de sa digue et de ses voitures.

Diaporama. Le mont-Saint-Michel vu du ciel

 


En pratique

© Wojtek Buss/Onlyfrance.fr

© Wojtek Buss/Onlyfrance.fr

Équipement : bermuda, coupe-vent, chapeau, crème solaire, serviette, affaires de rechange et chaussures, eau.

Choix des randonnées :  la version aller à pied et retour en bus est idéale pour les randonneurs moyens. Les plus aguerris font l’aller-retour en un jour.  Dès 7 ans.

► Maison du guide : 02 33 70 83 49 ;  www.traverseebaie.com

À visiter  :
L’écomusée de la baie. Renseignements : 02 33 89 06 06.
L’abbaye. De 9 à 19 heures.Le public peut assister aux offices. Jusqu’au 29 août,promenade sonore de 19 heures à minuit (sauf le dimanche). Renseignements : 02 33 89 80 00.


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Paru le 16 novembre 2017

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