Bruno Pellerin : sous l’aile de l’archange

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Bruno Pellerin. © Valérie Couteron
Bruno Pellerin.
Bruno Pellerin. © Valérie Couteron

Bruno Pellerin a attendu trente-sept ans pour accomplir la promesse de jeunesse faite à saint Michel : aller à pied jusqu'au Mont qui porte son nom. Mais l'archange lui est toujours resté fidèle...

Les chemins de Chartres, Tours et Paris vers le Mont-Saint-Michel

À propos de l'article

  • Créé le 03/03/2014
  • Publié par :Maryvonne Buss
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6659, 15 juillet 2010.

Armure étincelante, épée brandie : au royaume des cieux, l'archange Michel tient son rang avec majesté. Et pourtant, pour Bruno Pellerin, 66 ans, le prince de la Milice céleste est bien plus qu'une figure solennelle : il est un complice affectueux, un ami dans les coups durs.

« C'est le fil rouge de ma vie, n'hésite pas à affirmer cet architecte retraité. Depuis ma jeunesse, il n'a cessé de me faire signe. Je me suis toujours adressé à lui, et je vous garantis qu'il agit ! »

Tout commence au printemps 1966. Inscrit dans une classe préparatoire à l'école des Beaux-Arts, à Paris, Bruno présente pour la 4e fois l'examen d'entrée en section d'architecture. Il sait qu'en cas de nouvel échec, il n'aura plus le droit de concourir.

Désireux de s'entraîner et de mettre ainsi toutes les chances de son côté, il a convaincu quelques camarades d'aller dessiner hors des murs de la capitale. Direction le Mont-Saint-Michel que l'étudiant, d'origine normande, connaît depuis l'enfance.

Alors que le petit groupe, installé dans la nef de l'église abbatiale, copie studieusement sculptures et autres chapiteaux, Bruno aperçoit une porte laissée entrouverte. Il s'éclipse, la pousse...

Le voici entamant l'ascension du fameux escalier de dentelle, vertigineuse rampe de granit ciselé conduisant au clocher. Au sommet, saint Michel déploie ses ailes. Saisi, le jeune homme fixe l'imposante statue qui surplombe la baie. « J'ai ressenti soudain une incroyable impression de présence », raconte-t-il.

L'année précédente, Bruno a été victime d'un grave accident de voiture qui a coûté la vie à l'un de ses frères. Sent-il confusément qu'il a besoin de soutien, alors que la mort l'a frôlé de si près ? Dans un élan, il s'adresse à l'archange : « Tu as été capable de faire construire cette Merveille*, alors, si je dois être architecte, tu peux me faire réussir ce concours ! »

Retour à Paris. Le jour de l'épreuve de dessin, Bruno n'en croit pas ses yeux : le modèle imposé représente une statue médiévale de saint Michel terrassant le dragon ! C'est la première fois depuis plus d'un siècle que le thème retenu n'est pas une antiquité grecque.

Quelques semaines plus tard, les résultats tombent : Bruno est reçu haut la main ! Fou de joie, il fait secrètement la promesse de se rendre à pied au Mont pour remercier saint Michel.

* Selon la tradition, en l’an 708, Aubert, évêque d’Avranches, reçut de l’archange Michel l’ordre de construire un sanctuaire qui lui serait dédié. La « Merveille » est le nom donné aux bâtiments édifiés au sommet du Mont.


Les années passent, le vœu s'efface... « J'ai acheté une fois un sac à dos, puis une autre fois un guide. Mais il y avait le travail, les enfants... Il y avait toujours une bonne raison pour repousser à plus tard. »

En février 2003, près de quatre décennies après sa promesse faite au saint, coup de théâtre. Bruno, qui a acheté une petite maison à Touquettes, dans l'Orne, assiste à une séance du conseil municipal.

Une toute jeune association, qui s'attache à recréer les anciens chemins normands de pèlerinage vers le Mont-Saint-Michel, demande si l'un des itinéraires peut traverser la commune.

La permission est accordée, et une date fixée pour l'inauguration de cette nouvelle route. Cette fois, il n'est plus possible à Bruno de se défausser. « Deux semaines de marche, ce n'était pas rien. Mais si je voulais exaucer mon vœu, je ne pouvais pas reculer. »

Le 25 avril, l'architecte part de L'Aigle (Orne) sac au dos. L'arrivée est prévue pour le 8 mai, fête de la Saint-Michel de printemps. Le petit groupe de marcheurs qu'il rejoint n'est pas particulièrement croyant - l'association, laïque, propose davantage une randonnée qu'un pèlerinage -, mais tous acceptent volontiers la bénédiction du curé.

Les jours qui suivent sont plutôt sportifs - « la Normandie, ça monte et ça descend sans arrêt ! » sourit Bruno -, mais il se sent plein d'allégresse. Très vite, lui qui aime le silence trouve la parade pour échapper aux bavards : il se poste en queue de peloton et médite à sa guise.

Lui reviennent en mémoire les visites en famille au Mont, la prière à saint Michel si souvent récitée par son père : « Saint Michel archange, défendez-nous dans le combat ; soyez notre secours contre la malice et les embûches du diable... »

À l'une des étapes, le saint lui fait un nouveau clin d'œil : « J'ai aperçu par hasard la tante d'un de mes filleuls, Jean-Michel, perdu de vue depuis des années. Si nous ne nous étions pas croisés, je n'aurais sans doute jamais retrouvé sa trace. »

L'arrivée au Mont est une consécration. Au moment où il traverse les herbus, cette zone de prés-salés caractéristique de la baie, Bruno est submergé par l'émotion. « Je m'étais rendu au Mont à de multiples reprises. Mais l'approcher à pied, c'est vraiment autre chose ! »

Son vœu accompli, Bruno n'en a pas fini pour autant avec l'archange. Il devient un membre actif de l'association Les chemins de saint Michel ; teste, par tronçons, les autres routes proposées, comme celles de Caen ou de Rouen ; prend ses habitudes au Mont dont il connaît la moindre venelle, savoir fort utile pour éviter le flot des touristes !

Quand son activité professionnelle subit des hauts et des bas, il n'hésite pas à solliciter un coup de main du ciel : « Sur la fin de ma carrière, j'en ai dit, des neuvaines à saint Michel ! Et jamais en vain. »

Car derrière l'image un peu folklorique de l'ange combattant le dragon, Bruno lit bien autre chose : « Pour moi, saint Michel n'est pas d'abord un guerrier, mais une présence consistante, forte et paisible.

Depuis ce jour de ma jeunesse où il m'a “répondu” je comprends mieux ce que signifient ces autres mondes dont parle l'Écriture. C'est qu'il y en a, des anges et des saints, au ciel ! Ils ne cessent de nous envoyer des signes discrets, pour peu que nous sachions les voir. »

Un dernier clin d'œil ? Le 17 juillet, Bruno marie sa fille avec un bel Italien. Est-il utile de préciser le prénom de l'élu ? Le jeune homme s'appelle... Michele.
 


Contact
Association Les chemins de saint Michel
La Tourelle, Résidence Léonard-Gille, 24 rue de Picardie, 14500 Vire.Tél. : 02 31 66 10 02 ; chemins-st-michel@wanadoo.fr ; www.lescheminsdumontsaintmichel.com

À lire
 Les chemins du Mont-Saint-Michel. En marche vers l'Archange, Éd. Desclée de Brouwer/ Pèlerin, 240 p. ; 20 €.

À se procurer auprès de l'association Les chemins de saint Michel :

- Les chemins aux Anglais ;14 €

- Les chemins des ducs de Normandie ; 15 €

- Les chemins de Paris et de Chartres ;  13 €.

- Le sanctuaire de l'archange Michel, un temps pour Dieu, Éd. du Signe, 48 p. ; 5 €.

Une suggestion
Plusieurs randonnées sont organisées par l’association Les Chemins de saint Michel de juillet à septembre. Rens. : Tél. : 02 31 66 10 02 ; www.lescheminsdumontsaintmichel.com

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Paru le 20 juillet 2017

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