Les bonheurs de la route

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Pèlerin en Aubrac. © Yvon Boëlle
Les bonheurs de la route
Pèlerin en Aubrac. © Yvon Boëlle

Après les passages difficiles ou risqués, il y a les bonheurs de la route, les moments heureux, qui peuvent être, eux aussi, comparés à ceux que nous rencontrons dans notre vie quotidienne.

L’un des bonheurs les plus intenses est sans doute l’hospitalité. D’ailleurs, sur les chemins de Saint-Jacques, tout le monde s’accorde à dire que le phénomène le plus remarquable est aujourd’'hui le fait de retrouver la dimension sacrée de l’hospitalité.

En effet, de nombreux gîtes sont « donativos » (c’est-à-dire en libre participation aux frais), et chacun donne ce qu’il peut, selon ses moyens. L’hospitalier qui accueille le pèlerin dans ces gîtes est lui-même bénévole. Cette organisation nous rappelle le sens primitif de l’hospitalité : dans cette démarche, l’hospitalier reçoit autant que le pèlerin. Le mot « hôte » désigne d’ailleurs aussi bien celui qui accueille que celui qui est accueilli.

De même, dans la vie, l’hospitalité est présente au quotidien : non seulement lorsqu’'on accueille quelq'u’un chez soi, mais quand on rentre dans un magasin, ou dans un moyen de transport. Il y a, là aussi, à méditer sur le rapport à l’hôte qui nous accueille chez lui.


Après avoir retrouvé le sens de l’hospitalité, ils retrouvent donc celui du « compagnonnage » (terme qui vient de « cum panis », « celui qui mange son pain avec »), et donc du partage.

Cette valeur, il faut aussi en raviver le sens au cœœur de nos vies : se dire que, là également, nous allons tous vers le même but, que nos fonctions et nos particularités ne sont que des enveloppes extérieures, et que ce qui importe, c’est cette nature commune que nous avons avec ceux que nous croisons.

De cette fraternité retrouvée devrait découler la valeur de la solidarité, si importante dans notre société. Cette entraide, qui est naturelle sur les chemins de pèlerinage (pour traverser une rivière, pour porter un sac, pour trouver sa route) doit aussi faire partie de notre quotidien.


Enfin, les autres bonheurs vécus sur le chemin peuvent également éclairer notre quotidien. La nature, avec la succession des saisons, nous enseigne, par exemple, qu’il faut suivre un certain rythme dans la vie, sans brûler les étapes.

Quant à la contemplation du patrimoine, elle rééduque notre regard, nous réapprend à apprécier la beauté, à reconnaître les traces du sacré dans notre quotidien, et à retrouver le sens des symboles qui était commun aux populations médiévales, et que nous avons perdu.

Telles sont les épreuves et les joies que le pèlerin connaît lorsqu'’il pérégrine, et que nous pouvons incarner dans notre quotidien. Il faut cependant préciser une chose : c’est que, dans le pèlerinage comme dans la vie, ces moments suivent un rythme.

Pris séparément, ils n’ont pas de sens apparent. Ils n’acquièrent leur signification que si on les additionne les uns aux autres, dans la linéarité du temps.

Ainsi, dans la vie comme pendant la marche, ces moments s’équilibrent : les instants de bonheur aident à dépasser les épreuves. Cette considération peut nous aider à ne pas se laisser atteindre par le découragement, et à ne pas considérer de manière isolée les épreuves que l’on rencontre dans notre existence.

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Paru le 14 juin 2018

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