Le chemin du disciple

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Les pèlerins traversent la baie du Mont-Saint-Michel. © Léonnard Leroux
Le chemin du disciple
Les pèlerins traversent la baie du Mont-Saint-Michel. © Léonnard Leroux

Dans la Bible, le cheminement du Maître est invitation : le disciple qui désire le suivre doit se mettre à son tour en marche.

Il suffit de relire les évangiles : Jésus est toujours en marche, comme l’évoque très poétiquement et avec force Christian Bobin . Et l’on repense aux travaux de G. Theissen sur Le mouvement de Jésus.

Mais sa marche est vectorisée, c’est Luc qui le dit avec le plus de clarté : il monte vers Jérusalem, dont il a pris résolument le chemin (Lc 9,51, qui comporte une allusion au Serviteur du Seigneur, cf. Is 50), parce que c’est le cœur de la religion de son peuple, jusqu’où il doit aller, parce que c’est aussi le lieu de la demeure de Dieu, qui l’aimante totalement, et que son chemin est aussi révélation en plénitude du visage de Dieu, et par là même contestation de modèles religieux éloignés peu à peu de cet enjeu essentiel, raison pour laquelle Luc insiste : Jérusalem est la ville qui tue et lapide les prophètes :

« Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble sa couvée sous ses ailes..., et vous n'avez pas voulu ! Voici que votre maison va vous être laissée. Oui, je vous le dis, vous ne me verrez plus, jusqu'à ce qu'arrive le jour où vous direz : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Lc 13,34-35).

En chemin, Jésus pose les signes de cet ailleurs dont il vient et qu’il tarde à Dieu de voir réalisé, « sur la terre, comme au ciel » : il guérit, il pardonne, il dit l’étrange proximité de Dieu.

Un moment essentiel où Jésus ne marche pas

Un point mériterait peut-être attention. Jésus marche, on le voit partout marcher, sans trêve, comme lorsqu’il dit à ses disciples : « Oui, allons ailleurs ! » (Mc 1,38). Mais il est un moment essentiel et solennel où il ne marche pas, ou il le fait autrement, chevauchant un ânon, comme les rois d’antan, signe cependant dérisoire face à l’occupant romain qui a d’autres équipages, autrement impressionnants.

Jésus chevauche une monture royale extrêmement humble, qui dit avec qui et… pour qui il marche. Et cette monture est messianique, si l’on se souvient de la bénédiction de Jacob sur Juda (Gn 49,11) et du texte de Zacharie évoquant le roi humble (Za 9,9).

C’est à ce prisme que peut être relue toute la marche de Jésus… et celle de tout disciple ! En repassant par la Galilée, comme l’ange l’indique aux femmes après la résurrection : retour au début de l’histoire, pour la relire, la comprendre désormais autrement. Et parce que cette Galilée est, comme l’a affirmé Matthieu dès le début de son évangile, la « Galilée des Nations » (Mt 4,12-15), préfiguration dès lors d’autres marches immenses, celles que feront les disciples jusqu’au bout… et à la fin du monde (Mt 28,20).

De fait, dans les Actes des Apôtres, la Parole essaimera. Elle le fera parce que l’Esprit pousse, mais aussi parce que souffle le vent glacé de la persécution, qui transforme, peut-être comme au temps de l’Exode, une fuite en naissance, une dispersion en une dissémination, un essaimage.

Un appel strictement personnel à se mettre en chemin

Mais il est un dernier point essentiel : dans le Premier Testament, des gens se sont levés sur l’appel de Dieu pour se mettre en chemin et chercher Dieu. Dans le nouveau testament, cet appel est redit, mais prend d’autres contours, appel strictement personnel du disciple par Jésus, cette voix unique, qui appelle à le suivre. Désormais, il est si configuré au chemin, qu’il est le chemin le plus sûr, « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,1-6 ; cf. He 10,19-22).

Le disciple dès lors est invité à marcher à sa suite, en prenant sa croix comme lui, c’est peut-être le nouveau signe du chemin, nouvelle dimension qui en transparence opaque en fait un chemin aussi de résurrection, pour une vie autre.

De l’épitre aux Hébreux, je retiendrais volontiers en conclusion ce verset, dans un chapitre qui serait d’ailleurs tout entier à lire ou relire: « C'est dans la foi qu'ils moururent tous sans avoir reçu l'objet des promesses, mais ils l'ont vu et salué de loin, et ils ont confessé qu'ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre » (He 11,13). En comprenant bien que dans la Bible la voie et la voix sont très proches en chemin.

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Paru le 14 juin 2018

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