Des étudiants tchèques sur les chemins de l’art

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Les « Historiens de l’art migrateurs » de retour à Brno, 2 juillet 2017. © Faculté des Lettres, Université Masaryk
Des étudiants tchèques sur les chemins de l’art
Les « Historiens de l’art migrateurs » de retour à Brno, 2 juillet 2017. © Faculté des Lettres, Université Masaryk

Onze étudiants et un professeur tchèques en histoire de l’art, viennent d’effectuer 1500 km à pied en 3 mois et demi, de Lausanne (Suisse) au Mont-Saint-Michel. Cette expérience nous invite à jeter un nouveau regard sur notre patrimoine médiéval… et sur l’accueil de l’étranger.

À propos de l'article

  • Publié par :Gaële de la Brosse
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    Pèlerin.com le 7 août 2017.

« Historiens de l’art migrateurs » : tel est le nom du projet qui a été mené par onze étudiants et un professeur du département d’histoire de l’art de l’université Masaryk de Brno (République tchèque). Du 1er mars au 13 juin 2017, pendant 3 mois et demi, ces étudiants-pèlerins ont effectué 1500 km à pied à travers la région du lac Léman, les montagnes de la Haute-Savoie et de l’Isère, les collines du Massif central, les plaines de l’Aubrac, les vallées de Conques (Aveyron) et de la Dordogne. Puis, en suivant la Loire, ils sont arrivés en Bretagne et enfin, sur les rives de la Manche, au Mont-Saint-Michel.

 

Quand le rythme de la marche modifie le regard

« Cette expérience nous a aidés à considérer différemment les monuments : les sens aiguisés par la marche permettent de vivre ces découvertes avec plus d’intensité », explique Martin, l’un des étudiants-pèlerins. « En ralentissant notre rythme, en vivant en harmonie avec la nature, loin de la course frénétique des villes et du monde virtuel, complète Ivan Foletti, professeur responsable de ce projet, nous avons expérimenté une nouvelle relation aux objets d’art : la longue attente modifie la perception. Une fois le lieu atteint, notre corps fatigué a également appris à apprécier les zones de repos tels les bancs de pierre à l’entrée des églises, conçus par les architectes médiévaux. »

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 Deux étudiants, Daniela et Amalia, en face du portail de l’église de Beaulieu-sur-Dordogne, 25 avril 2017 - © Historiens de l’art migrateurs

Ce nouveau regard, ces étudiants l’appellent, à la suite de l’historien de l’art Herbert Kessler, « l’œil spirituel » : c’est un regard contemplatif qui induit une relation intime avec l’image et l’objet, d’église en cathédrale et de chapelle en basilique.

Le miracle de l’hospitalité

L’accueil, témoignent ces étudiants, a été magnifique dans les trois lieux où ils ont séjourné plusieurs jours, reçus par trois communautés religieuses : les prémontrés à Conques (Aveyron), les bénédictins à Saint-Benoît-sur-Loire (Nièvre) et les sœurs des Campagnes à Lombreuil (Loiret).

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 Chez Frédérique en Bretagne, 10 juin 2017 - © Historiens de l’art migrateurs

Mais cette hospitalité a aussi été un miracle quotidien. Sur 64 jours de marche, les « Historiens migrateurs » ont été hébergés 40 fois de manière improvisée. « Des personnes seules, au SMIC, nous ont accueillis comme des rois. Jean-Christophe, professeur de mathématiques vivant avec un esprit d’ermite en haut d’une falaise, nous a ouvert sa maison en partageant avec nous sa nourriture. Céline, une fermière de l’Isère, nous a offert son gîte en nous faisant goûter les merveilles culinaires de sa ferme. Frédérique, une Bretonne, nous a préparé un véritable festin autour d’un feu. Pierre, le maire de Louchy-Montfand (Alier), nous a invités dans un restaurant. »

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En vue du Mont-Saint-Michel, but ultime du voyage, 13 juin 2017 - © Historiens de l’art migrateurs

Cette générosité restera gravée dans la mémoire de ces voyageurs. « Nous sommes partis pour (re)découvrir des objets d’art, conclut Ivan Foletti, et ce que nous avons découvert, c’est l’Homme, bien meilleur qu’on nous le présente parfois. Ce projet académique est ainsi devenu un lieu d’espoir. » Les voyageurs ont donc souhaité le partager : depuis la mi-avril, ils ont produit une vidéo par semaine.


 

Pas de doute, Goethe avait raison : l’Europe s’est construite sur les chemins de pèlerinage. Et elle continue à y cheminer.

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Paru le 7 décembre 2017

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