Luc Mellet, le pèlerin de Saint-Gilles du Gard

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P. Luc Mellet : "À la différence d'un pèlerinage comme Saint-Jacques-de-Compostelle, où les pèlerins se mettent en route de façon individuelle, on entre sur le chemin de Saint-Gilles dans une démarche collective" © Rémi Boissau
P. Luc Mellet : "À la différence d'un pèlerinage comme Saint-Jacques-de-Compostelle, où les pèlerins se mettent en route de façon individuelle, on entre sur le chemin de Saint-Gilles dans une démarche collective"
P. Luc Mellet : "À la différence d'un pèlerinage comme Saint-Jacques-de-Compostelle, où les pèlerins se mettent en route de façon individuelle, on entre sur le chemin de Saint-Gilles dans une démarche collective" © Rémi Boissau

Pendant douze ans, le P. Luc Mellet, originaire de Nîmes, a marché et accompagné des groupes de pèlerins vers Saint-Gilles du Gard. Une expérience de vie fraternelle "structurante" durant laquelle il a découvert la spiritualité du marcheur.

À propos de l'article

  • Publié par :Isabelle O'Neill
  • Édité par :Gilles Donada
  • Publié dans Pèlerin
    6662 du 05 août 2010

C'est à 2 heures du matin, par courriel, que le P. Luc Mellet répond à notre demande d'entretien. Rendez-vous est pris pour le lendemain, "en espérant que la réunion précédente se terminera à l'heure". Le pèlerin de Saint-Gilles est-il un bourreau de travail ?

"Il faut bien, lâche celui qui est directeur du Service national de la catéchèse et du catéchuménat, le boulot est passionnant ! La seule chose que je regrette, c'est le morcellement de mon temps." Allusion à son ministère partagé entre Paris et Nîmes, qui rend plus difficile "un enracinement fidèle auprès des gens". L'esprit de compagnonnage est cher à ce prêtre habité par l'image des pèlerins d'Emmaüs.

"Dans la figure de la route et de la rencontre, il y a, dit-il, une clé de lecture de ma vocation et du sens de ma vie." Un nouveau coup de fil interrompt la discussion. Par la fenêtre, l'orage gronde. Les premières gouttes éclatent. Le prêtre semble en effet très sollicité. Le pèlerinage à Saint-Gilles du Gard, il l'a fait une bonne douzaine de fois.

"J'ai commencé à marcher en 1988. J'étais alors diacre à Bagnols-sur-Cèze : un couple m'a proposé d'accompagner un groupe d'adolescents qui s'apprêtait à marcher vers Saint-Gilles du Gard." Habitué aux colonies et aux camps de jeunes, le futur prêtre accepte sans hésiter : "J'y allais pour les lycéens et je me suis régalé."

Sur les routes vers Saint-Gilles du Gard, il y a une spiritualité de pèlerin

De saint Gilles, quoi qu'étant de la région, le jeune diacre ne sait pas grand-chose avant de se mettre en route. "Je ne le connais pas beaucoup plus aujourd'hui, lance-t-il. C'est un homme de l'Orient qui a tout quitté pour suivre le Christ en allant vivre dans la forêt. C'est à peu près tout ce que l'on sait. Il n'a rien laissé, rien écrit."

Et d'ajouter : "Saint Gilles, c'est le but, ce n'est pas le contenu du pèlerinage. On ne marche pas vers le saint gardois comme on marche vers Assise et la figure de François, qui donne une coloration toute particulière à chacun de nos pas. Sur les routes vers Saint-Gilles du Gard, il y a une spiritualité de pèlerin plus qu'une spiritualité de ce saint. "

Alors, que viennent donc chercher de particulier les personnes qui choisissent ce pèlerinage ? "La fraternité ! Sur les routes du Gard, on vit un temps convivial et gratuit où l'on apprend à renoncer à soi." Et cela tient au fait de vivre le pèlerinage en groupe. Une proposition originale de l'association des Chemins de Saint-Gilles*, créée en 1983 et encadrée par le diocèse de Nîmes qui, pour le P. Mellet, en fait toute la spécificité.

"À la différence d'un pèlerinage comme Saint-Jacques-de-Compostelle, où les pèlerins se mettent en route de façon individuelle, on entre ici dans une démarche collective." Le P. Mellet en mesurera toute la fécondité dès son premier voyage et rempilera donc pour les dix années suivantes.

"Quelle audace tout de même de partir marcher pendant dix ou quinze jours, avec des gens d'âges et d'horizons différents, qui n'ont pas tous les mêmes attentes. Des gens que l'on n'a pas choisis en plus !"

Car bien évidemment, l'association veille à la constitution des groupes. "Pas question de laisser partir ensemble une bande d'amis ou les membres d'une même famille. " Objectif : l'ouverture à l'autre et, plus difficile parfois, l'accueil de l'autre avec tout ce que cela comporte d'acceptation de ses limites et de ses différences.

"Il en faut de l'humilité pour se laisser guider par les deux ou trois personnes qui auront préparé la route pendant l'année. Il en faut du renoncement pour accepter des décisions prises par d'autres. C'est une expérience fondamentale, structurante, martèle le prêtre qui reconnaît avoir goûté avec délice la joie de n'avoir à penser à rien. Cette démarche apprend à ne pas être formaté, à se laisser transformer."

L'aventure, c'est la relation et le partage

À condition toutefois d'avoir le sens de l'humour... comme lors de cet épisode cocasse où les quinze membres du groupe se sont retrouvés à balayer un poulailler à la nuit tombée, à cause d'une erreur d'appréciation quant au lieu d'hébergement... Mais théoriquement, l'intendance tourne ! Une camionnette est même prévue pour transporter le matériel trop lourd.

"Les pèlerins de Saint-Gilles ne partent pas à l'aventure au sens technique du terme, mais ils partent à l'aventure dans la relation et le partage", reprend le P. Mellet.

On imagine sans peine combien un sac sur le dos, des ampoules aux pieds et une chaleur torride permettent de débarrasser les conversations de toute forme de superficialité.

"On va vite au coeœur, dit le prêtre qui se remémore nombre de confidences très intimes glanées en chemin. J'en ai confessé du monde au milieu de la garrigue !"

Car le prêtre entend bien insister là-dessus : ce pèlerinage n'est pas une colonie de vacances ou "une école de vie psycho-éducative" :"L'expérience de la rupture et de la désappropriation du confort, nous la vivons à la lumière de l'Évangile."

Et cela change tout : "J'y ai appris à être Homo viator (homme qui voyage), c'est-à-dire à ne pas vouloir bâtir ma vie sur le mode de racines. Nous sommes de passage ! Le sens ne vient pas de ce que l'on produit, mais de ce que l'on reçoit."

À lire 

■ Parmi les ouvrages de Marcel Girault, aux Éd. Lacour : Le chemin de Regordane (192 p. ; 24 €) ; Les chemins de Saint-Gilles (348 p. ; 22 €) ; La vie de saint Gilles (216 p. ; 22 €).  Pour en savoir plus : www.editions- lacour.com

■ Un guide pratique recensant les services (hébergements, restauration, etc.) du Puy-en-Velay à Saint-Gilles : Miam Miam Dodo. Le Chemin de R. L. Stevens on, Le Chemin de Saint-Gilles (voie Regordane), de Marie-Virginie Cambriels, Éd. du Vieux Crayon, 192 p. ; 19 €.

■ Le topo-guide du GR 700 édité par la Fédération française de la randonnée pédestre : Le chemin de Regordane, du Puy-en-Velay à Saint-Gilles du Gard, 96 p. ; 13,30 €.

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Paru le 20 juillet 2017

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