Compostelle avec un âne

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© Caroline de Danne
Compostelle avec un âne
© Caroline de Danne

À 24 ans, diplômée d’HEC et de Sciences Po, Caroline de Danne s’octroie une année sabbatique pour effectuer le chemin de Saint-Jacques en solitaire, avec un âne. Dans un récit qui vient de paraître, elle livre avec sincérité son cheminement intérieur. Entretien.

À propos de l'article

  • Publié par :Gaële de la Brosse
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    16 août 2017

Ayant obtenu vos diplômes d’HEC et de Sciences Po, vous avez voulu vous accorder une année sabbatique. Pourquoi ?

Mes années d’études ont été très enrichissantes mais si chargées que j’avais besoin d’une pause avant d’entrer dans la vie professionnelle. Par ailleurs, je cherchais du sens à ma vie. C’est pourquoi j’ai décidé de prendre le temps d’écouter ce que je portais en moi plutôt que de me lancer sans réfléchir dans la « voie royale » qui me tendait les bras. L’idée d’une année sabbatique s’est imposée progressivement.

Vous parlez dans votre livre d’un « appel de la route ». Comment s’est-il manifesté ?

Cela a été une surprise ! A quelques jours de la remise des diplômes, il me manquait toujours le projet qui structurerait mon année sabbatique. Soudain, alors que je flânais sur Internet, j’ai compris que je devais aller à Compostelle – ville que, soit dit en passant, je ne savais pas placer sur une carte. Et une telle joie et une telle paix m’ont saisie – qui ne m’ont plus lâchée – que jamais je n’ai remis cet appel en cause !

Comment avez-vous choisi votre lieu de départ et votre itinéraire ?

Il était très clair que je devais partir de chez moi pour que ce périple ne soit pas une parenthèse exotique dans ma vie, mais qu’il prenne ses racines dans mon quotidien. J’aurais pu me lancer depuis Paris où j’ai grandi, mais j’ai préféré la maison familiale en Anjou. Quant à l’itinéraire, j’ai suivi la voie des Plantagenêts, qui vient du Mont-Saint-Michel et rejoint la voie de Tours en Charente-Maritime

Pourquoi êtes-vous partie avec un âne, ou plutôt une ânesse nommée Pépite ?

Simplement parce que l’appel à me mettre en route tel que je l’ai reçu, outre le fait d’aller à Saint-Jacques et de partir de chez moi, impliquait que je voyage avec un âne. L’animal aurait le double avantage de me servir de porte-bagages et d’être vecteur de rencontres au fil du chemin. Pépite m’a été prêtée par un couple d’éleveurs angevins, et je l’ai dressée afin qu’elle m’accompagne dans cette grande aventure.

 

Comment vous êtes-vous préparée à ce pèlerinage, tant du point de vue matériel que spirituel ?

La recherche puis le dressage de Pépite ont été le point clé de ma préparation matérielle. Pour le reste, je suis partie avec peu d’affaires. Quant à ma préparation spirituelle, elle s’est vécue dans la prière, l’accompagnement spirituel, quelques lectures et des méditations répétées du texte « Partir » du jésuite Yves Raguin (1912-1998).

Comment êtes-vous devenue pèlerine, au fur et à mesure de votre progression sur la route ?

Au début du voyage, je voulais tout contrôler et mes pensées se limitaient aux ampoules qui me brûlaient les pieds. Après trois semaines, j’ai pu me détacher de ces considérations et j’ai commencé à lâcher prise, acceptant de m’en remettre à la Providence. Gérant mieux la fatigue des étapes, j’ai aussi crû en disponibilité pour prier et être attentive aux mouvements intérieurs qui m’animaient. Cette évolution s’est approfondie tout au long du Chemin… et depuis le retour !

Vous dites que vous aviez fait le « pari de la confiance en la Providence ». Pari gagné ?

Oh oui ! Car même dans les pires moments, se sont toujours produits des événements et rencontres qui me sont apparus comme le signe tangible que le Seigneur veillait sur moi. Et puis, je mesure chaque jour davantage combien, malgré mes résistances plus ou moins conscientes, le Chemin m’a modelée dans ce que je suis, dans ma relation aux autres, dans ma foi. Que de grâces reçues !

Vous n’aviez jamais voyagé avec un âne et vous expliquez qu’après avoir marché l’une à côté de l’autre, vous avez voyagé l’une avec l’autre. Pouvez-vous nous expliquer cette distinction ?

Les quinze premiers jours avec Pépite ont été très durs, bien différents de la préparation au voyage, au point que j’ai regretté d’être partie avec elle. Puis nous sommes devenues compagnes de route, amies à notre manière. Pépite n’exécutait plus seulement sa mission d’ânesse porte-bagages : elle m’avait accordé son entière confiance, et je savais qu’elle me suivrait au bout du monde si je le lui demandais.

Votre meilleur souvenir ? le pire ?

Je suis incapable de dégager un meilleur souvenir, tant m’ont été offertes de grâces, de rencontres exceptionnelles, de joies… Quant à mon pire souvenir, je dirais les cent derniers kilomètres avant Compostelle. Avec l’affluence de « pèlerins-touristes » passant leur temps à nous prendre en photo, la fin du voyage a été délicate.

Vous écrivez que « le chemin est un Evangile ». Qu’entendez-vous par là ?

Il me semble que sur le Chemin, le Christ se laisse découvrir de manière particulière dans les rencontres, la prière, les blessures qui guérissent, les ressources insoupçonnées qui se dévoilent, les coïncidences qui ne doivent rien au hasard, l’apprentissage que les pèlerins font de la pauvreté, l’humilité, la fraternité, l’écoute. Cette découverte s’expérimente dans le quotidien et touche le cœur en s’imprimant dans la chair. « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie », dit Jésus...

L’« après-Chemin », en quelques mots : continuez-vous à pèleriner dans votre quotidien ? Et envisagez-vous de reprendre la route ?

Après un retour à la vie ordinaire brutal, le Chemin est devenu présence vivante en mon cœur, et je continue à en goûter des fruits nouveaux chaque jour. Je le ressens dans ma vie personnelle comme dans ma vie professionnelle. Je travaille aujourd’hui comme consultante dans une agence lyonnaise qui accompagne des associations et fondations, et j’en suis très heureuse. J’ignore si je reprendrai la route un jour. S’il y a là un appel pour moi, il viendra en temps utile.

Et l’« après-Chemin » de Pépite ?

Pour elle aussi, le retour a été difficile, puisqu’elle a autant souffert que moi de notre séparation. Mais elle a repris du poil de la bête depuis ! Elle accompagne maintenant ses éleveurs qui vendent des produits cosmétiques à base de lait d’ânesse sur les marchés locaux. Cela semble lui plaire. Et je retourne souvent la voir : elle me reconnaît très bien et nos retrouvailles sont toujours une fête !

Les chemins de Saint-Jacques avec un âne : est-ce une aventure que vous conseillez ?

Je le conseille, bien sûr, dans la mesure où l’âne est un animal merveilleux, intelligent et drôle, un incroyable vecteur de rencontres et un compagnon extraordinaire. Néanmoins, il faut être conscient des contraintes logistiques que sa présence génère, surtout en Espagne, et se rappeler que son bien-être passe avant celui du pèlerin. En tout cas, si c’était à refaire, je repartirais avec Pépite sans aucune hésitation !


COUVLIVRE

A lire : Caroline de Danne, Compostelle au pas de l’âne, Médiaspaul (coll. « Grands témoins »), 200 p., 18 euros



A consulter : Le site Internet de Jacques Clouteau.


Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Compostelle avec un âne

GARNAUD JP 17/08/2017 à 09:43

Belle publicité, bien orchestrée par une diplômée de HEC...combien de jeunes peuvent se permettre une année sabbatique après leurs études? Cela n'est pas expliqué dans l'article.

Paru le 21 septembre 2017

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