Le Compostelle d'Alix de Saint-André

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"Compostelle est un énorme aimant qui vous attire", confie Alix de Saint-André © Vincent Pancol
 Le Compostelle d'Alix de Saint-André
"Compostelle est un énorme aimant qui vous attire", confie Alix de Saint-André © Vincent Pancol

Catho impertinente sur Canal +, grand reporter de magazines féminins, drôle et passionnée, Alix de Saint-André est partie sur un coup de tête pour Compostelle. Elle s'y rendra trois fois, en 2003, 2004 et y goûte la simplicité de vie de pèlerin.

À propos de l'article

  • Publié par :Christophe Henning
  • Édité par :Gilles Donada

Pèlerin. Alix de Saint-André, vous aimez la fête, vous allez en reportage partout dans le monde, vous baignez dans le monde littéraire et médiatique…. Et vous êtes partie pour Compostelle.

Alix de Saint-André : trois fois, oui... Et j'irai sans doute encore cette année. Le chemin, on y retourne toujours ! C'est à chaque fois unique. La première fois, j'étais obsédée par l'idée d'arriver. Et puis, petit à petit, je me suis rendu compte qu'arriver n'est pas le but : c'est sur le chemin qu'il se passe quelque chose.
Avant le départ, j'imaginais que le chemin était un monastère, que j'allais méditer dans la solitude, le silence, et m'élever vers je ne sais quel sommet. En fait d'âme, j'ai découvert que j'avais d'abord un corps et qu'il me faisait mal, et qu'en fait de solitude, il y avait un monde fou...

Il a fallu prendre la route par trois fois !
Le vrai chemin, c'est de partir de chez soi, s'éloigner lentement. On quitte aussi ses souvenirs d'enfance, sa propre vie. C'est très humble de partir en fermant la porte de sa maison. Le premier soir, j'ai dormi à Montreuil-Bellay. À une demi-heure de voiture : ça n'impressionne personne. Sur la route, vous dites que vous venez de Saint-Hilaire-Saint-Florent : « Ben dites donc, vous n'en êtes pas loin ! » m'a dit un vieux curé sur la route...
Et puis il y a un moment où ça y est, « on est loin ». On rejoint le chemin, le rythme se fait, le corps s'habitue, la pensée se met en route. Et puis j'ai lu quelque part : « Nos prières engagent l'honneur de Dieu. » Alors j'ai récité des chapelets.

► Vidéo. Alix de Saint-André dans l’émission VIP. Source : KTO. Durée : 52 minutes.

 

Et vous sentez qu’il faut « lâcher prise » ?
On ne peut pas « se la jouer ». Une dame m'a dit : « On ne "toupette" pas sur le chemin », selon l'expression « avoir du toupet ». Le pèlerin n'est jamais sûr de repartir le lendemain.

Est-ce un chemin qui mène aussi à soi ?
On se découvre et on s'étonne soi-même. Mais on ne découvre pas que de bons côtés ! Au début, on se demande ce qu'on fait là. Vous marchez aussi pour savoir pourquoi vous marchez. Il y a une quête, qui va se révéler doucement. Il existe une grande proximité entre les pèlerins, mais aussi une grande pudeur.

Le pèlerin marche, parle… et s’'émerveille!  Ça fait partie du « métier » de pèlerin. Les paysages sont là pour qu'il y ait un être humain qui les regarde. En même temps, on n'a le temps que de traverser. Pour regarder, il faut s'asseoir, rester un bon moment, parfois une vie entière. C'est une autre façon de voyager. Proust disait ça aussi. Le voyage, c'est le regard qui change, ce n'est pas le paysage.

Le temps s’écoule différemment…
Vous vivez à 4 kilomètres à l'heure. Les journées sont comme des vacances d'enfants, très longues et très courtes. Quand on va lentement, on apprend à devenir pauvre. On se met à vivre lentement, simplement... Acheter un sandwich, c'est grotesque. Il faut acheter du pain, du fromage, du saucisson. Non seulement l'argent n'a pas d'importance, mais la pauvreté a une valeur. Et la joie de la pauvreté qui va avec le partage.

Et puis, c’est aussi mettre ses pas dans les pas de pèlerins qui, depuis le Moyen Âge, empruntent cette route… On marche vers un lieu sacré. C'est un lieu habité et c'est « chez nous ». Quand les pèlerins débarquent dans les églises, ils sont chez eux. Beaucoup d'entre eux n'ont aucune culture religieuse, mais ils mettent des cierges. Et les pires athées assistent aux bénédictions.

Vous vous dites croyante, mais vous parlez d’une foi en « courant alternatif ». C’est-à-dire ?
J'ai l'impression qu'au siècle dernier, les gens étaient croyants ou pas croyants. Aujourd'hui, nous pouvons être à la fois croyants et pas croyants. Je me sens très catholique au milieu des athées, et quand je suis au milieu des chrétiens, gentils, souriants, polis, je ne m'y retrouve pas. Depuis la sortie du livre, je découvre qu'il y a beaucoup de gens comme moi...

Croise-t-on Dieu sur le chemin ?
Au début, j'espérais avoir des illuminations mystiques : Dieu vient, arrive, me parle et dit « Alix... » Eh bien, pas du tout ! Un jour, une religieuse m'a dit : « Jésus est le chemin. » C'était la clé. Jésus dit dans l'Évangile : « Je suis le chemin, la vérité, la vie. » Et nous, nous sommes au creux du chemin, dans le cœoeur de Dieu !

Vous écrivez : « S’il y a une leçon à tirer du chemin, c’est qu’on n’y apprend rien »
Au retour, les amis vous prennent pour une sainte, une mystique... Pour tous, faire 700 bornes à pied est un exploit. Alors que le pèlerin sait que ce n'est pas de cet ordre. En fait, il y a des gens qui font le chemin, et des gens que le chemin fait.

Au début, il y a les paysages. Et puis tu te souviens des visages. On apprend qu'on a tout à apprendre. C'est un lieu de pauvreté. On récite des prières de pauvre, toutes simples. Les pensées sont toutes simples. La vie du pèlerin est ramenée à une authenticité de valeur évangélique. Avec des doutes, aussi. Parce que les pèlerins cachent en général qu'ils ont envie de tuer leur insupportable voisine de marche, le voisin ronfleur... Vous en avez ras-le-bol, vous êtes révolté : ce n'est pas facile ! Certains n'arrivent jamais...

La dernière fois, vous êtes allée encore plus loin, jusque Finisterre, la pointe extrême de la Galice….

Compostelle est un énorme aimant qui vous attire : ça y est, vous êtes arrivé, vous avez réussi. Et après ? Mon confesseur m'avait dit : prends ton temps. Je suis allée jusqu'à la mer. Ce sont des étapes beaucoup plus courtes. J'ai pu décélérer de cette longue marche.
C'est fini, on marche pour soi jusqu'à la mer. Après tant de terres traversées, c'est une surprise magnifique. Face à l'océan, on brûle le vieil homme en brûlant les vêtements du pèlerin, comme à l'origine, pour revêtir l'homme nouveau. C'est la fin des terres, le bout du chemin. Et la vie continue !

Le livre d'Alix de Saint-André
En avant, route ! Éd. Gallimard, 310 p. ; 19,50 .

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Paru le 22 juin 2017

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