"Bis repetita placent" sur le chemin de Compostelle

agrandir "Roger reprend sa marche, bien décidé à ce que rien ne vienne obscurcir son bonheur de pèlerin", Martine Marie Muller.
"Roger reprend sa marche, bien décidé à ce que rien ne vienne obscurcir son bonheur de pèlerin", Martine Marie Muller. © Gena Fotografo / Fotolia.com
"Roger reprend sa marche, bien décidé à ce que rien ne vienne obscurcir son bonheur de pèlerin", Martine Marie Muller.
"Roger reprend sa marche, bien décidé à ce que rien ne vienne obscurcir son bonheur de pèlerin", Martine Marie Muller. © Gena Fotografo / Fotolia.com

Notre chroniqueuse Martine Marie Muller (photo), romancière et enseignante, nous fait partager l’expérience de Roger, un de ses amis habitant les Pyrénées-Orientales, qui avait dû interrompre son pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Une belle leçon de vie !

À propos de l'article

  • Créé le 10/08/2015
  • Publié par :Martine Marie Muller
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6923-6924, du 6-13 août 2015

MMM

Martine Marie Muller. © Patrice Normand

Ou en d’autres termes : « Finis ce que tu as commencé », disait ma grand-mère béarnaise qui ne connaissait que le latin de la messe.

Mais cette idée de « refaire ce qui nous a plu » me vient en lisant le courrier de Roger, cet ami de Castetpugon (Pyrénées-Atlantiques), victime d’un petit accident vasculaire cérébral (AVC) sur le chemin de Compostelle, et dont j’ai parlé il y a quelques mois. Il s’était donc promis de refaire, et de finir cette fois, ce pèlerinage interrompu.

Huit mois après son malaise, Roger est de retour à Nasbinals, en Lozère. Son premier geste est de fleurir la stèle posée en mémoire d’un pèlerin, Patrick, dont l’heure était venue, près de l’endroit où Roger était tombé.

Avec sa femme, ils s’y sont recueillis sous le soleil de l’Aubrac et le regard d’un cheval alezan derrière son mur de pierres. Après une prière dans une chapelle au toit de schiste, commencent les affaires sérieuses : vingt kilomètres par jour à travers une nature sauvage et volcanique, sur des chemins caillouteux.

Sous 35 °C et avec la fatigue, l’appréhension saisit parfois Roger. Mais non, « ça tient bien dans la tête », m’écrit-il. Ils rencontrent des Allemands, des Anglais, des Bretons, Roger perd sa femme, la retrouve, ils secourent une pèlerine allongée sur le bord du chemin, croisent les troupeaux de ces magnifiques vaches de l’Aubrac, aux grands yeux noirs et cornes en forme de lyre.

Ils discutent avec le propriétaire de la condition du paysan d’aujourd’hui, ce qui touche particulièrement Roger qui s’est occupé d’un élevage de canards pour le fameux foie gras béarnais et dont la fille a pris la suite.

Là comme ailleurs, la terre et les fermes sont désertées par les jeunes mais Roger reprend sa marche, bien décidé à ce que rien ne vienne obscurcir son bonheur de pèlerin, la grâce de la santé retrouvée, son courage de marcheur qui goûte la joie, chaque jour plus proche, de contempler les flèches de la cathédrale de Saint-Jacques.

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Paru le 14 juin 2018

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