Père Ihidoy : "Je voudrais que l'Église s'ouvre davantage aux pèlerins de Compostelle"

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Pendant 20 ans, le Père Sébastien Ihidoy a accueilli les pèlerins en tant que curé de Navarrenx. © Yvon Boëlle
Père Ihidoy : "Je voudrais que l'Église s'ouvre davantage aux pèlerins de Compostelle"
Pendant 20 ans, le Père Sébastien Ihidoy a accueilli les pèlerins en tant que curé de Navarrenx. © Yvon Boëlle

Dans son presbytère de Navarrenx (Pyrénées-Atlantiques), le Père Sébastien Ihidoy a accueilli, pendant plus de vingt ans, les pèlerins de Compostelle. Son expérience d'hospitalier a bouleversé sa vie d'homme et de prêtre.

À propos de l'article

  • Modifié le 27/06/2013 à 12:00
  • Publié par :Muriel Fauriat
  • Édité par :Gilles Donada
  • Publié dans Pèlerin
    6714 du 04 août 2011

Pèlerin : Comment expliquez-vous le succès des chemins aujourd’hui ?
Père Ihidoy : Cela traduit les besoins de la société actuelle. Les gens sont pris dans un rythme effréné. Avec son lot de pressions économiques, de chômage, de cynisme, notre société bafoue notre humanité. La pression de la vie en entreprise, l'éducation des enfants, les devoirs scolaires, les tâches ménagères, les courses au supermarché...

Beaucoup de femmes notamment, m'ont confié qu'elles n'en pouvaient plus de vivre ainsi. Tout doit aller encore plus vite. Et plus on gagne du temps, plus le temps nous manque. Nos contemporains n'ont plus le temps d'écouter leur voix intérieure d'homme ou de femme. Parfois, lassés de passer à côté de leur vie ou à l'aube de faire une bêtise, parce qu'ils n'en peuvent plus, alors ils partent : le chemin de Saint-Jacques est leur planche de salut.

Vous vous êtes retrouvé par hasard sur le chemin.
J'ai été nommé curé de Navarrenx en 1981, sans savoir que cela se situait sur le chemin. Un, deux, trois pèlerins ont frappé à ma porte. J'ai accueilli tout le monde : des jeunes illuminés par la foi comme d'autres en souffrance, prisonniers de la drogue, vagabonds. L'accueil des pèlerins n'est pas seulement un devoir, mais essentiellement un privilège.

J'avais un grand presbytère, et une place pour chacun. Tous dormaient au presbytère, j'allais à ma chambre en enjambant les personnes allongées. Je n'écoutais pas ceux qui me disaient de les envoyer ailleurs. Nous avions trois frigos remplis régulièrement par les paroissiens...

Comment est l’accueil chrétien sur le chemin ?
Je voudrais que mon Église s'ouvre vers les pèlerins, et prenne la mesure de ce qui se joue ici. Que les paroisses, prêtres et chrétiens retrouvent l'accueil gratuit et sans jugement. Malgré de très belles initiatives, comme celle de Mgr Brincard, au Puy-en-Velay, l'Église reste en retrait, prisonnière de ses schémas. Elle s'ouvre à son monde et n'arrive pas assez à s'ouvrir au monde tel qu'il est. Il n'y a pas de bons et de mauvais pèlerins.

Il y a des hommes et des femmes en marche dans leur corps et dans leur tête, pour des raisons totalement différentes, mais qui partagent une quête, une recherche : celle d'une « autre chose », d'une nouvelle voie, d'une lumière. Pour beaucoup, il y a un désir de retrouver la paix intérieure. Nombreux sont les pèlerins qui, après celui-ci, partent le cœur plus léger, débarrassé des lourdeurs des remords ou de la culpabilité.

Beaucoup de pèlerins parlent d’une présence sur le chemin.
Je n'ai jamais aussi bien entendu parler de la Providence que par les pèlerins de Compostelle, même par les agnostiques. Chacun a une ou plusieurs histoires à raconter où, perdu, désespéré, à bout de force, il/elle a rencontré son « sauveur » : un guide, une aide pour la nuit, une parole réconfortante. Cette « présence » sur le chemin est bien réelle. Athées comme croyants expliquent être « portés » par une « force ».

Chacun la nomme comme il veut. Il est d'ailleurs surprenant que les chrétiens eux-mêmes aient du mal à dire le nom de Dieu... Comme si dans la société d'aujourd'hui, il était mal venu de dire que l'on avait ressenti sa Présence. Or c'est une évidence : Christ est là !

Le pèlerinage, c’est un début ou c’est une fin ?
Nous sommes tous faits pour le couchant... Le chemin de Saint-Jacques est le chemin de la vie. Là, les gens se posent les questions les plus radicales, les plus profondes. C'est une expérience qui change profondément. Le pèlerin ne va pas recommencer sa vie comme avant, il va prendre un autre chemin.

Vous-même avez dû prendre un autre chemin. En 2001, votre évêque vous demande de quitter Navarrenx…
J'y suis resté vingt ans, personne ne m'avait rien dit, je pensais que j'allais finir mes jours dans cette paroisse. J'avais fait ma tombe là-bas. Cela m'a coûté de partir. Mais toute expérience est bonne, même si, au début, cela est douloureux. Je suis avant tout au service de mes paroissiens. Ce sont eux qui m'ont appris à devenir prêtre.


■ 1932 : Né à Esterençuby (Pyrénées-Atlantiques).
■ 1961 : Ordonné prêtre. Curé à Lembeye.
■ 1981 : Curé à Navarrenx.
■ 2001 : Curé à Mauléon, puis prêtre auxiliaire à Cambo-les-Bains.

■ De son expérience d'hospitalier, le Père Ihidoy a tiré cette "Prière des accueillants".

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Navarrenx

papy28 24/01/2016 à 14:22

Je suis content de revoir en photo le père Sébastien Ihidoy. Lors d'un premier pèlerinage j'ai eu la chance d'être hébergé par le père Ihidoy à Navarrenx, peu avant sa mutation pour Mauléon. L'accueil dans l'église par les paroissiens, le repas en ... lire la suite

Paru le 23 novembre 2017

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