Lacir, pèlerin brésilien : "Je chante toute la journée"

agrandir Lacir a laissé derrière lui la Coupe du monde de football dans son pays, le Brésil, pour s'engager sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Lacir a laissé derrière lui la Coupe du monde de football dans son pays, le Brésil, pour s'engager sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. © Elise Comarteau
Lacir a laissé derrière lui la Coupe du monde de football dans son pays, le Brésil, pour s'engager sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Lacir a laissé derrière lui la Coupe du monde de football dans son pays, le Brésil, pour s'engager sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. © Elise Comarteau

Le Brésilien de 57 ans est parti de Saint-Jean-Pied-de-Port le dimanche de la Pentecôte. Sept jours plus tard, il passe la soirée dans une petite pension privée de Logroño.

À propos de l'article

  • Créé le 30/07/2014
  • Publié par :Elise Comarteau
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    30 juillet 2014

Dans la vraie vie, l’homme tient un hôtel de luxe à Marliéria dans le centre du Brésil. Mais ce dimanche 15 juin 2014, Lacir est bien loin de la grande piscine et du confort de son établissement.

Affalé sur sa chaise dans la chambre, il a surtout du mal à se concentrer. Pour son septième jour de marche sur le Camino Francès, il a parcouru trente kilomètres, ralliant ainsi los Arcos et Logroño en une journée.

 Je suis épuisé. J’ai mal partout. Mais je suis heureux. Je suis un pèlerin en fait. 

Marcher et vivre

Le Brésilien n’est pas novice en randonnée. « Depuis huit ans, je marche tous les jours. Dix, quinze kilomètres, peu importe. Mais surtout, tous les jours sans exception. Dans mon pays, j’ai lancé le projet caminhar e viver pour promouvoir cette activité. Parce qu’en marchant tous les jours, on soigne tous les maux. »

Lacir dispense ainsi des cours et des conférences pour expliquer les bienfaits de cet exercice. En complétant avec une alimentation saine, il est sûr de pouvoir rendre son dynamisme à n’importe lequel des malades.

Mais pourquoi est-il parti sur le chemin de Saint-Jacques ? « Tout simplement, parce que c’est là qu’on y trouve des gens bien. Tous ceux que j’ai croisés sur ma route par exemple. »

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Et il me présente les personnes qui dorment avec lui dans la pension (photo). « Il y a Lisa qui est italienne et qui voyage avec son chien. Alina qui est allemande et qui voyage sans argent, et beaucoup d’autres. Ils sont devenus des amis. »

Le don du chant

Lacir m’explique ne pas faire cette route pour des raisons religieuses mais spirituelle :  « Je suis baptisé mais je n’ai jamais vraiment pratiqué. »

En revanche, il rentre dans les églises. Pour les visiter, ou pour chanter : 


En arrivant à Roncevaux, je jouais un air de guitare dans la rue et un prêtre m’a entendu. Il a bien aimé, alors il m’a demandé de venir participer à la messe du soir. C’était magnifique.


Les pèlerines qui partagent sa chambre l’écoutent en souriant. Elles me confirment que la soirée était mémorable. « C’était incroyable. Tous les gens pleuraient tellement c’était beau. »

L’une d’elles a filmé Lacir sortant sa guitare sur la route. Elle me montre sur son téléphone comment tous les pèlerins s’arrêtent pour l’écouter. « Seuls les vélo ne prennent pas le temps de faire une pause ! »

Très loin de la Coupe du monde de football

Le Brésilien fait sa star. Il ne s’étonne pas d’ailleurs que je l’interviewe :  « De nombreux journalistes s’intéressent à moi depuis le premier soir à Roncevaux. » Pour ma part, je cherche surtout à comprendre comment avec un tel tee-shirt, on peut être sur le cheminde Saint-Jacques-de-Compostelle et pas dans un stade au Brésil.

« Mon pays a d’autres choses à faire qu’organiser la Coupe du monde de football. Ça coûte trop cher alors qu’on pourrait donner du budget pour construire des vraies maisons dans les favelas par exemple. Et puis, il y a tellement de corruption… Mais comme je ne suis pas pour la polémique, j’ai préféré ignorer. Une semaine avant que ça commence, j’ai pris ma guitare et je suis parti. »

Lacir veut absolument me chanter une chanson. J’accepte. Il retire alors son chapeau pour se mettre à l’aise. J’en profite pour lui demander ce que signifie « Welington » griffonné dessus. « C’est mon mentor. Il m’a soutenu pour mon projet caminhar e viver. Il m’a fait ce cadeau avant de partir. J’aime beaucoup les symboles. Tu vois ce bracelet, c’est un Brésilien qui me l’a donné sur la route. C’est un ruban porte bonheur de Salvador de Bahía au Nord-Est du pays. »

Je distingue la phrase inscrite dessus "Lembrança do Senhor do Bonfim da Bahia". Ce qu’il me traduit par ‘Souvenir du Dieu de Bahia’.

Religieusement, il sort sa guitare de sa housse, et commence. Comme sur la route, il chante une des chansons populaires brésiliennes.

Très calme, très belle, avec une voix très douce. Presque enrouée. Quand il a fini, je me rends compte que j’ai oublié de le prendre en photo tellement j’étais subjuguée.

Son. La chanson de Lacir.

 

« Et encore, j’ai la voix cassée, je commence à avoir mal à la gorge. Je chante toute la journée. En plus de la marche, ça fatigue. Mais l’important, ce sont les paroles. Même si on ne comprend pas le brésilien, on peut être ému. »


Elise Comarteau OK

Elise Comarteau (photo) tire les portraits des pèlerins

« Souvent on interview les pèlerins à leur départ ou à leur retour. Mais ils sont rarement pris sur le vif. Logroño est une étape majeure du Nord de l'Espagne pour les marcheurs qui rejoignent Saint-Jacques-de-Compostelle par le fameux Camino Francés.

De Tours, de Vézelay, du Puy, d’Arles, mais aussi de toute l’Europe et du Monde, ils semblent s’être donné rendez-vous dans la capitale de la Rioja. En 2013, 15 000 pèlerins ont franchi le puente de Piedra, le pont en pierre qui traverse l'Ebre pour entrer dans la ville.

C’est souvent là que je les attends. Au point d’information, mais aussi dans les auberges, ou même dans la rue. Je leur demande pourquoi ils sont là. D’où viennent-ils. Et comment ils se sentent. Pour apprendre à les connaître. Pour me glisser le temps de quelques minutes dans leurs lourds sacs à dos. Leurs portraits sont à découvrir sur mon blog pelerinsdelogrono.wordpress.com »

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Paru le 19 avril 2018

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