"25 ans après, ce pèlerinage de Bruxelles à Lourdes marque encore mon quotidien"

agrandir  "25 ans après, ce pèlerinage de Bruxelles à Lourdes marque encore mon quotidien"
© wiiki commons
 "25 ans après, ce pèlerinage de Bruxelles à Lourdes marque encore mon quotidien"
© wiiki commons

À 54 ans, Anne Martin s’est lancée dans un projet un peu fou : celui de relier, Bruxelles à Lourdes, seule, en 25 jours. Un pèlerinage de 1200 km. Dans un livre qu’elle vient de publier, elle raconte, comment, 25 ans après, son aventure marque encore son quotidien, son rapport aux autres, sa foi…

À propos de l'article

  • Créé le 18/10/2017
  • Publié par :Gaële de La Brosse
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    19 septembre 2017

Pèlerin. Vous avez effectué ce pèlerinage à 54 ans. Pourquoi venez-vous d’en publier le récit, vingt-cinq ans plus tard ?

Anne Martin. À chaque fois que je parlais de ce voyage à des proches, ceux-ci m’encourageaient à le relater par écrit et à témoigner des nombreuses grâces reçues en chemin. Comme ces souvenirs étaient encore très présents en moi, j’ai pris la plume. Les lettres émouvantes que j'ai reçues de lecteurs me confirment que j'ai vraiment été guidée pour la rédaction de ce récit, comme je l’ai été sur la route.

02Lourdes


Vous aviez promis de vous rendre à pied à Lourdes (Hautes-Pyrénées). Pourquoi ?

Alors que nous avions de grands soucis avec nos enfants, mon mari et moi avions adressé une sorte de supplication au Ciel : « Si un jour nous sortons de ces problèmes de famille, nous irons à pied à Lourdes… » Cet horizon familial s'étant éclairci, je me suis acquittée de cette promesse seule, car mon mari a été retenu par ses obligations professionnelles.

Avez-vous rencontré des difficultés ?

Les difficultés se sont limitées aux douleurs musculaires et articulaires, à la soif et à la chaleur, surtout à partir du sixième jour, quand j'ai traversé la partie sud de l'Aisne, à l'est de Paris. Et ces petites contrariétés ne m’ont jamais incitée à interrompre mon pèlerinage. Sur la route, mon leitmotiv était « Joie et confiance ». Il ne m’a jamais abandonné.

Pour tenir un rythme aussi soutenu (50 km/jour), étiez-vous entraînée ?

Pas vraiment. Je m’étais juste astreinte à aller à la piscine tous les matins pendant un mois, avant le départ. A chaque fois, je me forçais à nager au-delà de la fatigue. C’est là un bon entraînement pour l’endurance, qui aide à ne pas se décourager devant les difficultés. Par ailleurs, j'aime marcher et un rythme de 5 km/heure est pour moi normal, même encore aujourd'hui.

Une grande partie de votre récit est consacrée l'accueil reçu...

Chaque accueil chez des particuliers était émouvant par sa spontanéité et sa cordialité. J’ai été tout particulièrement touchée par l’hospitalité du frère Clément, frère missionnaire des Campagnes à Lorris (Loiret). Il m’a accueilli dans une maison très modeste, et n’avait qu’une planche de bois pour dormir et une couverture à m’offrir. Mais il dégageait une joie extraordinaire. Ce fut là la nuit la plus ascétique de mon voyage, et pourtant l’une des meilleures.

J'ai aussi été très impressionnée par la confiance d’un pharmacien à Nogent-l'Artaud (Aisne) qui, cinq minutes après m'avoir montré la chambre où je pouvais dormir, quittait sa maison pour la soirée. Je ne l'ai plus revu, car il dormait encore quand je suis partie le lendemain matin. Mais sa mère m’a écrit une lettre à mon retour, me disant qu’elle avait prié tous les jours pour moi – et avec moi.

Cela n’a-t-il pas été difficile de frapper aux portes ?

Étonnamment non, alors que je suis de nature plutôt discrète. Le début n'a pas été évident, car dans les campagnes, il y a peu d’hôtels ou de chambres d’hôtes. Puis cette hospitalité mendiée est devenue partie intégrante du voyage. Chaque soir, j’ai senti que j’étais guidée pour frapper à la bonne porte, chez des personnes qui pouvaient et voulaient m’aider à arriver à mon but. Leur sollicitude, leurs demandes de prier pour eux devant la Vierge Marie et de leur écrire dès mon arrivée prouvent que c'est Lourdes qui a ouvert les portes et les cœurs.

01LourdesOUVERTURE


Vous aviez choisi le mois de mai (mois de Marie) pour partir, et vous récitiez le chapelet pour les personnes qui vous sont chères...

Après ma deuxième halte, arrivée en France, la prière du rosaire m'est venue spontanément pour remercier Marie de l'aide reçue durant les premiers jours. Un ami a résumé ma démarche par un verset de l'Exode (23, 20) : « Voici que je vais envoyer un ange devant toi, pour qu'il veille sur toi en chemin et te mène au lieu que je t'ai fixé. »

Par ailleurs, le chapelet m’a aidée à intégrer dans mon pèlerinage toutes les personnes rencontrées sur ma route. Chaque matin, c'était ma première prière, et chaque matin j’ajoutais une famille, une communauté religieuse, des hommes, des femmes et aussi des enfants qui m’avaient accueillie ou montré le chemin : auparavant inconnus, ils étaient devenus si importants pour moi !

Ce pèlerinage m'a donné une force inébranlable

Vingt-cinq années se sont donc écoulées depuis ce pèlerinage. Se prolonge-t-il aujourd’hui ?

Ce pèlerinage est inoubliable. Il m'a donné une immense confiance en Dieu et en l'Homme, une force inébranlable et une grande joie de vivre. Je vis aujourd’hui ma foi sans aucun doute : le contraire serait un manque de reconnaissance de ma part.

Pour rester dans cet esprit, je marche chaque année pendant une semaine sur les chemins de Saint-Jacques. Mais j’essaie aussi de prolonger ce pèlerinage au quotidien, en exerçant les vertus de persévérance, d’ouverture, d’hospitalité et de disponibilité. Et quand je croise des inconnus, je les regarde différemment : même le plus pauvre, le plus malmené par la vie a quelque chose d’important en lui, qui ne demande qu’à être partagé.

05LourdesCouv

À lire

Anne Martin, Mon fardeau est léger, Ed. Hugues de Chivré, 104 p., 12 € (droits d’auteurs reversés aux sœurs servites de Marie à Butembo (Congo).

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 23 novembre 2017

Notre Librairie

Voyages et croisières